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La Une CED

La mère Michel a lu (17)

Ecrit par Michel Host , le Mardi, 12 Novembre 2013. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

La Mère Michel n’a jamais perdu son chat. Elle le tient attaché, ne le lâche pas de l’œil. Le félin est un livre, il n’a pas d’âge. D’hier, d’aujourd’hui, de toujours, il miaule derrière la porte.

 

L’Esprit des Lettres, recueil d’articles, vol. I (1948-1952), vol. II (1952-1965), Jacques Laurent, Éditions de Fallois, préfaces de Christophe Mercier, respectivement 415 et 390 pp., 22 € chaque volume

 

L’intelligence et le rire du temps de Jacques Laurent

« J’ai l’orgueil de penser qu’une partie de mon œuvre, si notre civilisation dure, passera le cap des décennies et peut-être des siècles. Si j’ai très peu de vanité dans ma vie terrestre – je n’en ai aucune –, j’ai un orgueil non pas pour moi, mais pour mon œuvre. J’aime ce que je fais. Mon œuvre est un ami, auquel je souhaite une vie éternelle », Jacques Laurent, Entretien (vers 1970)

52.dimanche (XXXVI)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 09 Novembre 2013. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

le clair et l’obscur

obscurité, pensée ici comme ce qui disparaît, ce qui est retiré, ce qui n’est pas la partie claire, la partie visible, la densité de la littérature

cela, d’ailleurs, revient à modifier sa propre personne, car c’est en cherchant dans l’épaisseur – donc dans l’obscurité – que l’on trouve quoi dire – et qu’on laisse là sa personne, sa dépouille parfois

donc, le clair, l’apparent, le visible, le su

l’obscur, la profondeur, l’ambiguïté, la peur, l’angoisse

écrire se formule entre ces deux extrémités, car la lumière n’existe pas sans l’ombre, et il faut dire clairement l’ombre pour ce qu’elle est, et taire parfois ce que l’on comprend de la lumière ; d’où cette double nature

Ode à Clovis Trouille

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 06 Novembre 2013. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

« J’ai choisi des sujets qui m’impressionnaient, la guillotine, des masques tragiques d’assassins ayant un caractère mystérieux avec ectoplasmes, une femme aux mains érotiques et branlantes comme des dents, venant de poignarder l’hostie sur la planche devant le trou de la guillotine », Clovis Trouille, Quiberon, 13 août 59.

 

I.

Un carnaval érotique

 

L’œuvre de Clovis Trouille (1889-1975) est largement présente dans le grand et beau livre consacré à son sujet, paru chez Actes Sud en 2003 (réédité), préfacé par Jean-Hubert Martin, avec un texte de Bernard Marcadé, et le tout dirigé par Clovis Prévost qui réunit des correspondances, des textes d’écrivains et de penseurs de renom comme Pierre Reverdy, René Crevel ou Ghérasim Luca.

52.dimanche (XXXV)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 26 Octobre 2013. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

la substance

ce beau mot de « substance » me vient d’une lecture d’un traité de peinture du 17ème siècle

on y apprend Cora, la première peintre de l’antiquité, et d’autres figures, et ici ou là, il y a vraiment des merveilles

permettez-moi ainsi de prendre le train de sa dissertation sur la question de la couleur, qui semble, en son livre, être une limite, la limite où aboutit la substance

d’ailleurs, les couleurs me préoccupent beaucoup personnellement

par exemple le sang, cette humeur humide, prend la couleur rouge à l’instant où il quitte la peau et vient éclairer la pâleur de l’épiderme ou sa noirceur, par son éclat purpurin et violent

Réflexions sur la mort d’un voisin

Ecrit par Kamel Daoud , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Hier un vieux voisin est mort. J’ai discuté avec lui un jour avant. On a parlé du monde et de notre vieille rue. On les partageait. Puis, deux jours après, il est mort parce que son cœur s’est arrêté. Ce fut invraisemblable : il y a entre la mort et la vie un manque de mesure juste, de proportions. L’une a la taille du cosmique, la seconde a le volume d’une petite et dernière expiration. Il y a quelque chose qui ne colle pas. Après, j’ai longtemps réfléchi. Je me suis dit que cet homme ne savait pas que hier était son dernier jour. Le monde était « plein », durait depuis si longtemps que l’on s’y oublie, le vieux voisin avait des milliers de vies devant lui et il cédait comme moi à l’insignifiance et à l’insouciance et au soliloque fondamental qui est l’illusion de toute vie sur elle-même. Je ne sais pas comment le dire mais, cette certitude du vieux voisin « qui ne savait pas » est aussi la mienne. Mon monde est atteint par la même éternité et la même brièveté et le même aveuglement. Je veux dire qu’à chaque instant je suis aussi idiot que ce mort et je peux être aussi surpris que lui. La même possibilité d’interruption est derrière chaque souffle. Je vois le monde et je fais le constat de sa monstruosité : il va continuer sans moi. Ce que disait Arthur Rimbaud je crois à l’agonie : vous êtes au soleil et je serais sous terre.