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La Une CED

Ekphrasis 5 - Le grand parasol multicolore

Ecrit par Marie du Crest , le Samedi, 07 Septembre 2013. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Le grand parasol multicolore


Le jardin en gradins est de l’autre côté de la paroi de verre. Un petit cabanon de bois bleu se dresse au centre comme sur une plage. Une jeune fille vend des boissons rafraîchissantes et des confiseries à ceux qui sont venus les voir. Nul ne peut entendre le bruit de la mer. Des tables et des sièges attendent les visiteurs. Boulevard Raspail. Paris. De loin, je les aperçois de dos ainsi que le reflet coloré de la grande ombrelle.

Couple sous un parasol. Matériaux divers, 300x 40 x 350 cm. Ils ont tous deux à peu près le même âge. Septuagénaires géants, retraités, installés sans vergogne au milieu de la grande salle d’une fondation d’art contemporain. Je ne peux pas m’approcher d’eux, leur adresser une tape amicale : Que faîtes-vous ici, en tenue de bain en plein Paris ?  Ils sont sculpture que l’on ne touche pas ; périmètre sacré délimité au sol par un trait gris épais, jalousement surveillé par un gardien jeune et sérieux. Je tourne autour d’eux sept fois. Un parasol leur sert de dais nuptial, légèrement incliné pour les protéger de l’absence du soleil imaginé par l’artiste. Jaune bleu rouge, pétales de toile et tige de métal blanchi.

52.dimanche (XXVIII)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 07 Septembre 2013. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

les ciels

la lumière du matin est encore claire, et les ciels qui font l’horizon de la rue, se superposent dans un camaïeu de gris et de blanc

je dis cela à dessein, car cette lumière matutinale est en quelque sorte la stricte expression de l’activité de l’écrivain, dans son travail de coupe et de retrait

je m’explique

ce ciel est un instant de grâce qu’il me faut différer, et qui ne prendra sa forme qu’avec la mise au net que j’opère à l’instant

nonobstant, il est possible de chercher l’épure, tout autant que la métaphysique, des ciels de John Ford par exemple, ou d’Anthony Mann, et cela dans le peu, dans le petit, dans le détail modeste, sans cependant pouvoir se défaire de l’écrasante expression de la figure du ciel et de ses phases

Portrait d'un éditeur : Olivier Rougerie

Ecrit par Didier Ayres , le Vendredi, 06 Septembre 2013. , dans La Une CED, Les Chroniques

 

Quatre livres :

G. Hons, Petites proses matinales

S. Nunez Tolin, Noeud noué par personne

M. Dugardin, Quelqu’un a déjà creusé le puits

J.-C. Leroy, Aléa second suivi de Nuit élastique

 

La peau du chroniqueur me va. Non pas tant pour le pouvoir bien limité du critique, mais pour la qualité de l’identification, qui fait le sel de cette pratique, à mon goût. Cependant, je me trouve depuis quelques jours avec quatre livres que publient les éditions Rougerie et dans l’obligation voulue, désirée en un sens, de me mettre dans la peau de l’éditeur – pour le plus grand bien d’écrire.

Carnets d'un fou - XXII

Ecrit par Michel Host , le Samedi, 31 Août 2013. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

Le 28 juillet 2013

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

« Je me sens très optimiste quant à l’avenir du pessimisme » : Jean Rostand (Cité par Michel Host, dans son Petit vocabulaire de survie aux Éd. Hermann, 2012)

 

Ces Carnets d’un fou sont un tissu d’observations et de réflexions. Tissu déchiré parfois, car enfoui dans le sépulcre de l’impubliable : deux éditeurs, craintifs, ont fait marche arrière tant les timides et rares audaces qu’il enveloppe leur ont paru devoir contrarier leur bonne réputation, leur chiffre de vente et leur belle complicité avec la chronique littéraire parisienne. Seule une publication en revue est donc accessible à ces notations. La Cause littéraire, après La Vie littéraire, les accueille à son tour : qu’elles en soient remerciées. Ravaudages et reprises, donc ! Mis sur le métier en 1999, on y verra défiler des « vues » d’un passé de quelques années auxquelles, ici ou là, des commentaires touchant à notre proche actualité fourniront d’autres perspectives. Nous attendons monts et merveilles de ces travaux d’aiguille.

52.dimanche (XXVII)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 31 Août 2013. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

le bois ouvré

c’est avec difficulté que je fais cette lettre à cause d’une grande veille dont j’ai parfois l’habitude, mais qui, là, a désorganisé le plan de cette lettre que j’élabore souvent dans la nuit qui précède

une nuit non dormie, disons

de fait, je voulais évoquer le labeur de toute personne qui doit avancer dans le monde du langage pour y trouver des formes non encore écrites

le chantier, plein d’échafaudages, de mises en ordre préalables, de vues de l’esprit, de diverses répétitions et ritournelles – deleuziennes – pour faire apparaître une page sans défaire la profondeur du bois ouvré qu’il faut toujours pour la chose écrite – ici, le petit brouillon depuis lequel je mets au propre cette note

dans cette veillée d’hier, je préparais, si je puis dire, les grandes étapes des travaux universitaires auxquels il est possible que je sois confronté, et là, en propre, il s’agit de bois ouvré