Identification

La Une CED

Art de consommer - 17

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 17 Décembre 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Jeannot sonne à l’interphone. Octave présente Lise à Pierre. Pierre salue Jeannot. Jeannot dit qu’il se charge de faire les présentations. Il y a plein de monde, dis donc. Quelle popularité. Lise interrompt Jeannot pour dire qu’elle trouve l’appart immense. Allez, suivez-moi…

 

Près du vase noir effilé d’une hauteur avoisinant le mètre, placé à gauche de l’écran plat de 94 cm de diamètre, contenant un processeur Aquos Pixel System II contrôlant automatiquement le rétro éclairage en fonction de la luminosité ambiante, il faudra penser à changer les orchidées, Jean-Marc.

Il avait été classé un temps 1/6 au tennis, se contentait maintenant de regarder les matchs sur Euronews en buvant des Bloody Mary du fauteuil Voltaire qui était un cadeau de son oncle à sa mère, et en deuxième instance un cadeau de sa mère pour son emménagement.

Non, ce n’était pas trop chiant à préparer, 4 cl de vodka, 12 cl de jus de tomates, un trait de jus de citrons, 1 cuillère à café de sauce worcestershire (ail, sauce soja, écorce de tamarin, mélasse, citron vert, vinaigre, épices, et autres ingrédients dont il avait oublié le nom), 2 gouttes de tabasco, du sel de céleri, du sel et du poivre, et pour ne pas s’embêter, il multipliait les doses, conservait au frigidaire ce qu’il ne buvait pas dans l’instant.

Nécessité de lire la poésie contemporaine ... (3/5)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 14 Décembre 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Ou de l’importance des sites Internet la faisant exister

 

Tous les faisceaux de voix extrêmement différentes les unes des autres présentes dans Poezibao, Recours au poème, Sitaudis, Terre à ciel…, convergent vers le quotidien, ou plus exactement s’élaborent en résonnances profondes avec le quotidien, le donnant à voir, à ressentir, et même plus qu’à ressentir. Toutes les écritures poétiques (ou les écritures prosodiques fictionnelles, du reste, quand le travail opéré sur la forme, en ce qui les concerne, confine aux exigences du poème) présentent la substance du quotidien (le sédiment du courant du quotidien, son hypostase, ce terme devant être pris, comme cela a été évoqué en ouverture, dans le sens médical) telle qu’elle est visible lorsqu’elle a été passée au crible de la théorie prenant en charge l’Histoire et le corps comme outils structurels d’analyse concernant la matière brute drainée par le langage (le réel qui n’est jamais tout à fait soluble dans le dire) et l’émotion que l’auteur cherche à (res)susciter dans la tension qui s’élabore entre lui et cette matière par l’utilisation notamment, savante, des images poétiques. En somme telle qu’elle est visible alors que le courant du quotidien a été véritablement asséché.

Jim Harrison, la Terre des hommes

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 13 Décembre 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques régulières

 

Quelle alchimie opaque fabrique le lien secret et indélébile qui se tisse entre un lecteur et l’œuvre d’un écrivain ? Faut-il la chercher dans les espaces de la ressemblance, dans les échos plus ou moins muets qui s’établissent entre les deux êtres qui sont à chaque bout de l’écriture ? Y a-t-il vraiment un statut du « ah imbécile qui crois que je ne suis pas toi ! » de Victor Hugo dans la rencontre parfois vitale d’un lecteur et d’un livre ? Il y a peu je posais la question ici de « qui écrit ? » à propos de Guy De Maupassant. La question consubstantielle en est « Qui lit ? »

 

Il ne faut pas tenter de répondre à cette interrogation troublante. Il n’y en a sûrement pas, ou trop. Peut-être qu’adolescent, j’ai entendu les terreurs et les dégoûts de Baudelaire parce que j’en éprouvais une part. Peut-être que j’ai avalé London parce qu’il portait une part de mes idéaux. Sûrement ai-je mythifié Fante parce qu’il parle, à chaque ligne, de mes douleurs et de mes joies.

Lumières

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 12 Décembre 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

A propos de Camera Work dans la collection Photo-Poche 1983

 

Après la lecture des chroniques sur la photographie d’Hervé Guibert qu’il a fait paraître de 1977 à 1985 dans le journal Le Monde, j’ai appris beaucoup. Non seulement sur l’art de chroniquer, grâce à sa manière fine et libre, tout en faisant infuser le sentiment de partage de ce qu’il aime, mais aussi sur la photographie. Dans ce sens, je me suis procuré quelques livres de photographie, de celles que pouvait avoir vues et traitées Guibert dans ses chroniques, et moi aussi m’exercer à ce travail difficile sur l’image.

Ainsi, comment décrire la lumière sirupeuse et plastique de cette nature morte de 1908 du baron de Meyer ? Il faudrait un vocabulaire de glace, de givre ou de cristal pour redire la composition de ces quelques fleurs, pivoines ou nénuphars, qui gisent dans un petit peu d’eau au milieu d’une coupelle plate, laquelle se reflète sur un morceau de table en verre, qui répète la scène voluptueuse et ces deux fleurs qui se perdent dans un reflet aléatoire. Car c’est bien ainsi que la possibilité nous est donnée de dire quelque chose sur la photographie.

Art de consommer - 16

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 10 Décembre 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

- Et si on allait au ciné ?

Elle a dit ça sans réfléchir. Ça ne fait même pas cinq minutes qu’ils sont enlacés.

Il y a justement un film que j’aimerais voir, et la séance est dans moins d’une heure. À l’Accatone, tu sais, rue Cujas. Non, il ne savait pas. On n’a qu’à prendre le métro.

 

Les lumières restent allumées au début du film en noir et blanc sous-titré, projeté dans la plus petite salle. Sur les quatre spectateurs, un se lève (il reviendra plus tard, sans que le noir se soit fait dans la salle, parlera de façon expressive à la femme près de qui il sera retourné s’asseoir, avant de se caller dans le fauteuil). « C’est la salle Télérama, ironise Jeannot. Ils laissent les lumières allumées pour que les spectateurs prennent des notes pendant la projection. »

Elle se blottit contre lui.