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La Une CED

Entretien avec Antoine Bello, le marchand de fables

Ecrit par Frédéric Aribit , le Lundi, 28 Janvier 2013. , dans La Une CED, Les Dossiers, Entretiens

 

« L’imaginaire est ce qui tend à devenir réel », disait Breton. Il est loin, très loin d’un Breton. Et pourtant… En deux romans, son histoire de « Consortium de Falsification du Réel » impose l’éblouissante virtuosité d’un romancier qui s’inscrit, non sans amusement, à rebours d’un certain paysage littéraire français. C’est qu’Antoine Bello ne fait rien comme les autres. Des études à HEC, une société au développement fulgurant, une conviction libérale qui le conduit à soutenir Sarkozy en 2007… Il y a mieux pour « faire l’écrivain » à la mode germanopratine. Mais surtout, une imagination à revendre, et des histoires, encore des histoires, toujours des histoires à raconter pour ce grand admirateur de Borges, infatigable Shéhérazade du réel aux mille et une pages, installé à New-York. Rencontre dans les pas de Sliv, le héros des Falsificateurs et des Eclaireurs, avec Antoine Bello, à quelques jours de la sortie de son nouveau roman, Mateo.

 

Votre diptyque Les Falsificateurs et Les éclaireurs détonne plutôt dans le paysage littéraire français. Vous sentez-vous plus proche, en terme d’influences et de style, d’une écriture du « storytelling » à l’américaine, que d’une certaine « poétique du nombril » à la française ?

Art de consommer - 22

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 28 Janvier 2013. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

« Une relation amoureuse, quand elle a lieu, c’est parce que l’autre a fait un choix ; et, curieusement, ce choix ne nous concerne pas. Il concerne l’autre : ses disponibilités, ses désirs, ses projets. »

Note 1 (feuillet 0) du carnet (D48) de Jeannot Reveiri.

 

Il était resté avec une fille pendant trois ans. C’était son record. Au bout de la deuxième année, elle n’arrêtait pas de lui dire qu’elle aimait le couple qu’ils formaient. Il la rendait heureuse. Elle lui rappelait qu’elle était bien aussi dans son boulot.

Il comprenait qu’elle voulait lui signifier qu’elle n’était pas comblée. Il n’était pas enthousiaste par l’idée d’avoir un enfant si vite.

En réalité, il n’était pas enthousiaste par l’idée d’avoir un enfant.

52.dimanche (II)

Ecrit par Didier Ayres , le Samedi, 26 Janvier 2013. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

ce dimanche 8 janvier 2012

 

le réel s’adresse à soi par le discours

par exemple, ce morceau de jardin, si cher à Sartre, qui disparaît, happé par le regard de l’autre, me semble quand même une affaire de discours

ou plutôt, deux phénomènes qui s’adossent et se font exister réciproquement, réalité et langage

alors, ce morceau de ruelle, ici, est une ruelle qui n’existe pas pour elle seule, ni dans la continuité de l’inertie des pierres, mais comme ruelle dite, qui prend vie comme paysage, qui fait horizon vivant

de cette manière, décrire est une affaire morale, ou philosophique car le petit peu de réalité qui détoure la page, vient à la fleur du texte après un voyage inaugural dans le réel

Un critique littéraire singulier à l'aurore du XXème siècle : Alfred Jarry (1/3)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 24 Janvier 2013. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

Comme l’écrit Julien Schuh, « [l]a première période de l’écriture de Jarry », qui correspond à « la première moitié » de sa vie d’écrivain, de 1893 à 1899, « peut être analysée comme une forme de quête de l’absolu littéraire : dans le sillage du décadentisme et du symbolisme, et sous l’égide de Remy de Gourmont, Jarry livre des ouvrages d’une obscurité calculée, synthèses voulues de son univers, prétendument libérées des contingences » (1). Cette « obscurité calculée » s’inscrit pleinement dans la mouvance du « rêve mallarméen du livre », rêve qui correspond à toute une époque, étant ontologiquement relié au symbolisme.

Ce rêve est, comme le note Bertrand Marchal, « d’abord un rêve narcissique d’identité absolue, le rêve d’un livre […] total qui enferme dans sa plénitude jalouse, comme les missels à fermoir ou les grimoires des alchimistes, la plénitude du sens » (2). Et cette plénitude du sens ne doit pas être octroyée à quiconque. Pour Jarry comme pour Mallarmé, la lecture est vue comme « un viol » (3). Et, de fait, l’œuvre est « livr[ée] » à la « subjectivité » perçue comme « parasite » (4) du lecteur.

Le pertuis, quelques propos sur "Consens à n'être rien", Marie de la Trinité

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Janvier 2013. , dans La Une CED, Les Dossiers

 

"Consens à n'être rien" Carnets 1936-1942

de Marie de la Trinité, ed. Arfuyen, 2002, 15 euros

 

Comment écrire quelques mots sur ce livre, qui est dans ma bibliothèque depuis plusieurs années, et qui, à mon sens, est de la même importance pour la vie de l'esprit que les écrits de Maître Eckhart, pour la langue française. Il n'est pas inutile, d'ailleurs, que je parle de la langue française car, la question de la langue est très importante ici. En effet ces carnets sont en quelque sorte un livre de dialogue, en même temps qu'une interrogation intérieure. Car Marie de la Trinité est une mystique complexe et très particulière par la manière dont elle aborde le divin, puisqu'il lui prête parole, et la transmet avec une langue concise et nette. On peut dire qu'il est difficile de qualifier avec une grande science ces apophtegmes, dans la mesure où la femme, dans cette communication extatique, converse directement avec le divin et les puissances de verbe.