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La Une CED

¡ Vamos a la playa !

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 12 Décembre 2012. , dans La Une CED, Ecriture

Deux photographies de Martin Parr

 

Les plages parfois font penser à d’immenses champs de bataille ensoleillés. Des centaines de corps gisent là, étendus sur le sable, immobiles, sous la mitraille des U.V.

A la plage, nous nous abandonnons au sommeil, à la nudité, à un érotisme de bikinis et de strings. Les seins se montrent et les sexes d’hommes se sculptent sous l’étoffe chatoyante du Lycra léger. Pourtant, les baigneurs (je les nomme ainsi même si peu d’entre eux ont le pied marin) ne font que se regarder. Regarder des corps humains, tous les corps humains. Ceux encore dans le ventre-ballon de leur mère qui trempe ses pieds dans l’eau, sur le rivage. Ceux des petits enfants, filles ou garçons. Les petites filles ne portent pas encore de soutien-gorge. Leur corps nu bondit terrifié par la vague bruyante. Les corps des adolescents ne sont plus ceux de l’été dernier : naissance des seins, pénis triomphants et joues duveteuses. Les corps ont grandi, minci. Les garçons et les filles se sont rapprochés sur le sable, ils se sont enlacés sur le même drap de bain ; le ventre plaqué contre la silhouette d’un superman en éponge. Corps qui commencent à vieillir, à se rider, à se déformer.

Art de consommer - 16

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 10 Décembre 2012. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

- Et si on allait au ciné ?

Elle a dit ça sans réfléchir. Ça ne fait même pas cinq minutes qu’ils sont enlacés.

Il y a justement un film que j’aimerais voir, et la séance est dans moins d’une heure. À l’Accatone, tu sais, rue Cujas. Non, il ne savait pas. On n’a qu’à prendre le métro.

 

Les lumières restent allumées au début du film en noir et blanc sous-titré, projeté dans la plus petite salle. Sur les quatre spectateurs, un se lève (il reviendra plus tard, sans que le noir se soit fait dans la salle, parlera de façon expressive à la femme près de qui il sera retourné s’asseoir, avant de se caller dans le fauteuil). « C’est la salle Télérama, ironise Jeannot. Ils laissent les lumières allumées pour que les spectateurs prennent des notes pendant la projection. »

Elle se blottit contre lui.

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 08 Décembre 2012. , dans La Une CED, Les Chroniques

On a tous nos humeurs ; la bonne – recherchée, se faisant rare de nos jours – la mauvaise, devenue si banale, facteur d’explication de tout un peu. Le bonheur, la tristesse ou la colère de nos « hauts et de nos bas » finit par se confondre avec notre quotidien : « je suis basse, aujourd’hui ; moral dans les chaussettes ! ». Rien à voir, pourtant avec ces autres hauts, ces autres bas : ceux d’une personne atteinte – dûment repérée médicalement – d’une maladie bipolaire, ou manie dépression ; alternance pathologique de périodes d’accélération, d’intense exaltation, avec des dépressions abyssales. Causée par des modifications de la chimie du cerveau, avec, du coup, incriminée, une combinaison de gènes à caractère familial, c’est, de nos jours une maladie invalidante, sévère, mais rémissible et traitée.

Flaubert, en écrivant son « Madame Bovary », en a fait un prototype de dépressive – bien autre chose, déjà, qu’une simple déprimée. Quand on dit de quelqu’un : « c’est une Bovary », s’inscrit aussitôt en fond d’écran la mélancolie d’une province qui s’ennuie ; un automne trop mouillé, le soir qui tombe tôt, le silence qui entrecoupe de chiches conversations au coin d’une cheminée, dans laquelle le feu s’étiole aussi ; l’insupportabilité des lieux, des choses, des gens… bref, tout ce qui fait qu’on « bovaryse ». Mot, du reste, réservé au genre féminin, associé, sans doute dans l’imaginaire collectif, aux fluctuations brusques et imprévisibles de l’humeur, aux larmes (non, aux pleurnicheries), à l’instabilité… alors que le mâle, lui, est solide et raisonnable, accroché au réel – l’autre, décrochant et rêvant…

Entretien avec Eric Arlix

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 07 Décembre 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Entretiens

 

 

LE 14 novembre dernier, au théâtre des Ateliers, à Lyon dans un petit bureau avec vue sur la Saône, je rencontre Eric Arlix, auteur de Programme. Il vient assister à la deuxième version de l’installation sonore, visuelle, présentée déjà dans ce même lieu en 2011, née de son texte.

Eric Arlix est auteur, et éditeur. Il travaille « à quatre mains » avec Jean-Charles Massera : Programme est suivi d’ailleurs du Guide du démocrate, coécrit par les deux auteurs.

 

Marie Du Crest : Eric Arlix, Quelle est la genèse de « Programme » ?

Nécessité de lire la poésie contemporaine ... (2/5)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 06 Décembre 2012. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

Ou de l’importance des sites Internet la faisant exister

 

En lisant la poésie contemporaine de cette manière tout à la fois hasardeuse, libre, sauvage et précautionneuse, on la lit en l’éprouvant, en faisant en sorte qu’elle se communique à nos vies et ainsi on fait peu à peu tomber tous les a priori (d’illisibilité) la concernant, car il existe de très nombreuses formes de poésie contemporaine, lesquelles, pour beaucoup d’entre elles, ne résistent pas du tout, ou très peu, face à la compréhension que l’on peut immédiatement en avoir. Immédiatement. Et, pour les autres plus difficiles d’accès, plus audacieuses dans le travail effectué sur la langue, l’illisibilité (toute relative) ou l’inintelligibilité apparente visent à nous pousser à réinventer notre façon de lire, à envisager la langue qui s’offre à nous comme une altérité radicale nous présentant la possibilité d’y être soudain plongé comme en terre étrangère. Merveilleux présent que nous fait la poésie contemporaine qui est celui de nous faire nous sentir en terre étrangère au plus intime de notre terre quotidienne, de notre terre de tous les instants. Nous avons alors, pour reprendre la formulation deleuzienne, en lisant semblable poésie le sentiment d’être étranger au sein de notre propre langue maternelle.