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Essais

Fabricants d’intox La guerre mondialisée des propagandes, Christian Harbulot

Ecrit par Ivanne Rialland , le Vendredi, 01 Juillet 2016. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Lemieux éditeur

Fabricants d’intox La guerre mondialisée des propagandes, février 2016, 165 pages, 11 € . Ecrivain(s): Christian Harbulot Edition: Lemieux éditeur

 

 

On le sait bien aujourd’hui : notre société de l’information est aussi une société de la désinformation. Informations non vérifiées ou manipulées circulent abondamment sur le web et les réseaux sociaux – voire dans les médias traditionnels. Le public de son côté doit trouver une voie difficile entre une adhésion peut-être naïve et une méfiance parfois excessive, pouvant l’attirer dans les marécages dangereux de la pensée complotiste. L’essai de Christian Harbulot, en soutenant l’idée d’une guerre de l’information impliquant États, groupements d’intérêts, grandes entreprises, peut rebuter tout d’abord, en semblant nous entraîner sur le terrain d’une défiance généralisée : « Les fabricants d’intox œuvrent dans tous les camps », proclame la quatrième de couverture. Mais à la lecture, l’essai, par moments un peu allusif, se révèle souvent éclairant.

Extra pure, Voyage dans l’économie de la cocaïne, Roberto Saviano

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mercredi, 22 Juin 2016. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Italie

Extra pure, février 2016, trad. italien Vincent Raynaud, 544 pages, 8,20 € . Ecrivain(s): Roberto Saviano Edition: Folio (Gallimard)

Cinquième livre d’un auteur révélé en 2007 par son extraordinaire Gomorra, qui a fait couler tant d’encre et a valu à son auteur d’être un nouveau Rushdie pourchassé, Extra pure est un recueil d’enquêtes au plus près de cet enfer de la drogue, analysant lieux, moteurs et phases de production.

En 2016, Roberto Saviano, Robbè pour les intimes, poursuit son œuvre de dénonciation des mafias, du blanchiment de sommes colossales, des violences causées par ce gigantesque marché blanc. Il le fait par sa chronique de La Repubblica, il en dresse des analyses plus fouillées dans cet essai, divisé en 7 parties (aux titres de Coke#1 etc.)

A l’heure où notre auteur a le courage exemplaire d’écrire en dépit de tout – la solitude, la garde serrée – sept policiers de vigilance –, la quête si difficile de la vérité, et surtout les attaques de pure vilenie : ne le voilà-t-il pas accusé de tous les maux, et en prime dans les zones où il a dénoncé le mal ? à Secondigliano, à Scampia, à Napoli, il est traité de la pire espèce (par voie d’affiches, d’accusations publiques…), un peu comme si l’on reprochait à Marta Hillers de Une femme à Berlin d’avoir dénoncé les centaines de milliers de viols perpétrés par les Russes libérateurs en mars-avril 45, un peu comme si l’on rendait responsable du Goulag ce courageux Chalamov qui a vécu l’enfer gelé de la Kolyma (bagne sous Staline). C’en est à vomir tant les gens sont oublieux de la générosité et des risques pris. « Le premier qui dira la vérité sera exécuté » comme le chantait si bien Béart.

La littérature sans idéal, Philippe Vilain

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Samedi, 18 Juin 2016. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

La littérature sans idéal, mars 2016, 162 pages, 16 € . Ecrivain(s): Philippe Vilain Edition: Grasset

 

Nombreux sont les écrivains, romanciers et/ou théoriciens de la littérature, qui ont, à travers les décennies, dénoncé une baisse de qualité de la littérature française contemporaine due à son asservissement aux modes, à la facilité d’écriture, aux lois du marché de l’édition, voire au désintérêt grandissant du public pour ce type d’écrit, c’est-à-dire la fiction, et en particulier le roman. On peut citer en tout premier lieu Julien Gracq et sa Littérature à l’estomac (1950), pamphlet virulent contre le milieu littéraire parisien et l’attribution des prix littéraires et, plus récemment, La littérature en péril de Tzvetan Todorov (2007), qui fustige la conception étriquée de la littérature dans l’enseignement, parmi les critiques littéraires et même chez certains écrivains, pour redonner toute sa place au lecteur et à sa recherche de sens, le Nous on n’aime pas lire de Danièle Sallenave (2009), qui cherche l’espoir dans les livres étudiés à l’école, et L’Adieu à la littérature de William Marx (2012), qui s’essaie à expliquer les raisons de la lente déconsidération du public pour la littérature depuis le XVIIIe siècle.

76 Clochards célestes ou presque, Thomas Vinau

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 13 Juin 2016. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Le Castor Astral

76 Clochards célestes ou presque, mai 2016, 160 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Vinau Edition: Le Castor Astral

 

« Charles Bukowski : Le vieux Buk est né en 1920 et il était déjà vieux. Le vieux Buk est mort en 1994 flétri comme un bébé juteux. Le vieux Buk est le fils unique de l’Amérique »

« Albert Cossery : Albert Cossery pratique la paresse (tout comme Perros) comme un art martial. Celui de la contemplation séditieuse »

« Michel Simon : Accusé d’être juif pendant l’Occupation, d’être collabo à la Libération, d’être agent soviétique ensuite. Une tête à se prendre des gnons. Il est le poupon tordu qui fait tapiner la tendresse »

L’art de l’esquisse et du portrait éclate à chaque ligne des 76 Clochards célestes ou presque. Chaque mot y est pesé. Chaque miniature brossée avec finesse et justesse, les mots dévoilent, les phrases soulignent, éclairent ces croquis savants et savoureux. C’est l’art bref du regard porté sur Antoine d’Agata, Nicolas Bouvier – Il se sert de ses chaussures pour écrire. La rosée est son encre –, et Blaise Cendrars, Billie Holiday, et Georges Perros – Notes et poèmes, petites choses de rien, aiguisés et pointus, ses mots sont tout ce qui résiste au toc et à l’insignifiance (c’est aussi ce qui pourrait être écrit à propos de Thomas Vinau), ou encore Elliot Smith et Lester Young.

Voir et entendre Critique de la perception imaginative, Santiago Espinosa

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 08 Juin 2016. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Voir et entendre Critique de la perception imaginative, éd. Encre Marine, présenté par Clément Rosset, avril 2016, 168 pages, 21 € . Ecrivain(s): Santiago Espinosa

 

« L’homme recherche la vérité : un monde qui ne se contredise pas, ni ne trompe, un monde vrai – un monde où l’on ne souffre pas… Il ne doute pas qu’il existe un monde tel qu’il doit être… Visiblement la volonté de vérité est ici le simple désir de se trouver dans un monde qui demeure »

Nietzsche, Fragments posthumes

 

Ce livre est une invitation au cheminement philosophique de l’être, de ce que l’on croit voir et savoir pour veiller à son secret, tout en préservant l’inviolabilité du possible. De la prédominance de la vision au détriment de l’écoute. Et pourtant : « si ce n’est pas moi, mais le Sens, que vous avez entendu, il est sage alors de dire dans le même sens : Tout est Un ».