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Essais

Mélanippe la philosophe, Séverine Auffret (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 08 Avril 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Mélanippe la philosophe, Séverine Auffret, collaboration de Geneviève Javary, 352 p., éd. des femmes – Antoinette Fouque, avril 2026, 10€ Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

Séverine Auffret (agrégée de philosophie, essayiste, couronnée du prix Simone Veil en 2018), exhume les traces effacées de la pensée philosophique des femmes dans l’Antiquité grecque. Et ce, à travers les fragments d’une œuvre d’Euripide (vers 480 avant J.-C.-406 avant J.-C.), intitulée Mélanippe la philosophe et Mélanippe la prisonnière. Le manuscrit d’Euripide, abîmé, quasi perdu, traite, dans son théâtre, d’une femme savante : « Mélanippe (…) une figure effacée - tronquée, morcelée, mutilée » ; une curieuse coïncidence de destins communs entre l’affirmation philosophique de la fiction poétique d’une femme de l’Antiquité à travers un texte théâtral et la quasi disparition de l’ouvrage original.

Séverine Auffret choisit ces textes (ce qu’il en reste), à un moment où la discipline savante (la philosophie) n’est pas encore définie. L’autrice relève comment « aux origines de la philosophie », les femmes ont été ridiculisées, évincées puis censurées et invisibilisées dans leur participation active à la littérature. À partir du grec ancien, Séverine Auffret démontre la façon dont le sens du vocabulaire, des mots, se métamorphose, « minore ou majore » le féminin. Elle démontre ainsi la manière dont les philosophes ont défini et genré les catégories, en instaurant leur « conformité », c’est-à-dire, une obligation à la soumission d’un unique décret.

Karl Popper, La Quête inachevée (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 20 Mars 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Les Belles Lettres

Karl Popper, La Quête inachevée, traduit de l’anglais par Renée Bouveresse et Michelle Bouin-Naudin, Paris, Les Belles-Lettres, septembre 2025, 350 pages, 17 €. . Ecrivain(s): Karl Popper Edition: Les Belles Lettres

 

Très rares sont les autobiographies philosophiques qui commencent ainsi : « À vingt ans, je devins apprenti chez un vieux maître ébéniste à Vienne, Adalbert Pösch. J’ai travaillé avec lui de 1922 à 1924, peu de temps après la Première Guerre mondiale. Sa ressemblance avec Georges Clemenceau était totale, mais c’était un homme aimable et très doux. J’avais gagné sa confiance, de telle sorte que, lorsque nous étions seuls dans son atelier, il me faisait profiter bien souvent des inépuisables richesses de son savoir ». Il n’est jamais mauvais, pour quelqu’un qui se vouera à la philosophie, de se frotter, voire de se heurter à la matière, à la réalité : cela pourra lui éviter d’écrire n’importe quoi ensuite. Cet ancrage « réaliste » n’empêchera par Karl Popper de mettre son esprit et son talent au service des abstractions de la logique et de la théorie de la connaissance, même si l’œuvre qui lui valut la célébrité – La Société ouverte et ses ennemis – ressortit à la philosophie politique. Au même titre que Haendel, Popper fit partie de ces cadeaux imprévus que le monde germanique fit à la Grande-Bretagne, avec une importante étape intermédiaire.

Petit traité de la vertu à l’usage de ceux qui ne sont pas sages, Marc Alpozzo (par Marjorie Rafécas Peydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Lundi, 16 Février 2026. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Petit traité de la vertu à l’usage de ceux qui ne sont pas sages, Marc Alpozzo, Ed. Guy Trédaniel Septembre 2025, 129 pages, 9,90 €

 

Qui croit encore en la vertu ? Mot hérité du temps des romains, la vertu semble ennuyer notre époque qui préfère ruminer la « moraline », pour reprendre cette expression nietzschéenne. C’est donc une gageure, de la part de Marc Alpozzo, d’avoir voulu la dépoussiérer et tenter de la hisser vers les devants de la scène.

Nous confondons à tort « vertu » et « morale ». Pourtant, André Comte-Sponville avait déjà tenté une réhabilitation ambitieuse de la vertu avec son Petit traité des grandes vertus en 1995. Contrairement à la vertu qui cherche à nous libérer, la morale est un système de contrôle et un moule « prêt-à-penser ».

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, En Vitrine

Méditations sur Don Quichotte / José Ortega y Gasset / Traduction Mikaël Gómez Guthart / Editions Fario / novembre 2025 / 145 p / 17,50 €

 

Où il est question de sublime et de ridicule


La question « Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? » que l’on soumet volontiers - et à juste titre - aux apprentis philosophes, n’en finit pas de faire naître toutes sortes de méditations, d’interrogations et de réflexions. Qu’en est-il de la nature d’un chef-d’œuvre, de son intérêt et de la place qu’il joue dans nos vies ? Rien ne vaut se frotter presque quotidiennement à ces textes intemporels, quitte à délaisser nos contemporains, des fâcheux pour nombre d’entre eux. Et de continuer à lire les chefs-d’œuvre et les relire. Ils nourrissent notre imaginaire, brillent ainsi que des références et jouent comme des miroirs de nous-mêmes au point qu’il nous est impossible de nous en passer. Ainsi de « Madame Bovary », ou encore de « L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche ».

Un peu de soleil dans les rayons, Christine Epstein - aphorismes (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 23 Janvier 2026. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Un peu de soleil dans les rayons, Christine EPSTEIN - aphorismes, Pierre Mainard éditeur, 64 pages, octobre 2025, 12,5€

Ce petit recueil d'aphorismes, particulièrement vif et réjouissant, a trois originalités : il est écrit par une femme, il a germé dans la tête d'une psychothérapeute, et enfin il fait la part belle moins aux idées qu'aux mots, ou plutôt : il part le plus souvent d'expressions toutes-faites, qu'il confronte les unes aux autres dans un même fragment, afin de faire comme s'entre-choquer ces poncifs ou s'entre-dévorer ces expressions et, ce faisant, d'interloquer et déstabiliser leurs usagers (nous tous). Par exemple, mariant deux expressions routinières comme "untel n'est pas une flèche" et "avoir plusieurs cordes à son arc", obtenir le percutant (et dérangeant) :" À quoi bon avoir plusieurs cordes à son arc si l'on n'est pas une flèche ?" (p.27-2). Ou joignant "râle d'agonie", et "les Français sont des râleurs", établir (doctement, et cruellement ...) : "Les Français aiment râler jusqu'à leur agonie" (p.35-2). Dernier exemple : réunir singulièrement la "place du mort" de tout passager-avant transporté et "fourgon mortuaire" donne : "Le corbillard est la seule voiture où il y a la place pour deux morts" (p.59-6). On peut ainsi saisir le ressort de la citation initiale : l'effort à faire pour actualiser sa paresse obligeant au deuil même de son indolence ... "Je suis trop paresseuse pour déplier une chaise-longue" (p.58-4)