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Essais

Bleuets, Maggie Nelson (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Vendredi, 10 Janvier 2020. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Biographie

Bleuets, Maggie Nelson, Editions du Sous-sol, août 2019, trad. anglais (USA) Céline Leroy, 112 pages, 14,50 €

 

Du bleu au cœur

Etes-vous déjà tombé amoureux d’une couleur ? Maggie Nelson, oui, et c’est le sujet de Bleuets, bref et dense ouvrage traduit et publié par les Editions du sous-sol, dix ans après sa parution aux Etats-Unis, en 2009. Mêlant essai et autobiographie, il raconte l’histoire d’une passion, d’une fascination, d’un envoûtement même, qui a suscité l’« illusion choisie » que chaque objet bleu serait un « buisson ardent » ou un « code secret » à décrypter. L’auteure, après avoir mené tous azimuts une quête des bleus, se propose d’expliquer ce que cette couleur signifie et représente pour elle, à côté de ses significations et connotations admises. Son livre prend la forme de 240 fragments, de longueur irrégulière, au contenu hétéroclite mais reliés par un fil céruléen parfois ténu, parfois lâche, mais jamais coupé. Les épisodes autobiographiques, qu’ils concernent ou non la déliquescence d’un amour qui, pour être né avec la cueillette de bleuets, n’a rien d’un conte bleu, nous ont semblé d’un intérêt inégal – peut-être parce que, ne connaissant pas Maggie Nelson, nous n’entretenons pas – ou pas encore – avec elle cette intime et ancienne familiarité qui nous lie aux écrivains aimés, et qui rend curieux de leur vie aussi bien que de leur personne.

Chorus, Philippe Blanchon, Jacques Sicard (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 06 Janvier 2020. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Chorus, Philippe Blanchon, Jacques Sicard, éditions La Nerthe, novembre 2019, 118 pages, 15 €

« Samuel Beckett : Pénétrer loin dans la langue, jusqu’en son défaut, pour y trouver l’arrangement sonore qui en sera l’ultime cahot : fin ».

Cette formule de Jacques Sicard effleure l’essence de cet opus magnifié par une langue sauvage et singulière, telle une garrigue au crépuscule. Un opus perpétré par un duo, Jacques Sicard et Philippe Blanchon, deux rameaux pour une même plume, gracile et gracieuse, fragile et précieuse, rosée aurorale d’un automne en pente douce…

« Et c’est Elle, à fumer l’attendant à travers un rideau de feuilles, Il la voit avec ses yeux à Elle, la belle vêtue de noir, à l’unisson de la nuit nue des campagnes, l’annuitée désirée, voulue à l’exception de tout, et qui au tréfonds, au plus secret le restera… ».

Au gré d’impressions fugitives ou de songeries percussives, le tandem file d’improbables et sublimes correspondances, tel un Baudelaire sous absinthe, esquissant une quadrature aux arabesques elliptiques où flamboient les arts du cinéma, de la peinture, de la musique et de la littérature. Une farandole où Artaud et Beckett côtoient Murau, Antonioni et Godard, où Coltrane et Bach croisent Cézanne, Van Gogh et Renoir.

Bernard Noël, François Lunven (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 17 Décembre 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fata Morgana

Bernard Noël, François Lunven novembre 2019, 88 pages, 19 € Edition: Fata Morgana

 

Bernard Noël : portrait d’un artiste maudit et saint.

Poussé par son amitié et la fascination qu’il éprouvait à son égard, mais pas seulement, Bernard Noël a écrit les plus belles pages sur un artiste « maudit » qui se suicida à 31 ans : François Lunven. Ces textes collationnés et réunis permettent un « turn-over » sur l’homme et l’œuvre aussi habités par Satan Trismégiste que sacrés (mais c’est un peu la même chose).

Avec le poète et un autre graveur (Ramon Alejandro), le trio iconoclaste – comme le rappela ce dernier – redéfinissait la position du diable « dans le livre des Etudes carmélitaines que nous étudiions assidûment en nous esclaffant de rire devant l’autorité bafouée de notre sainte Mère défunte ».

Un personnage en quête de sublimations, Mathilde Girard (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 16 Décembre 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Un personnage en quête de sublimations, Mathilde Girard, octobre 2019, 128 pages, 12,50 euros Edition: Gallimard

Sublimation : passage d’un corps de l’état solide à l’état gazeux. En psychanalyse, cette notion conceptualisée par Freud désigne la dérivation de l’énergie sexuelle vers un but artistique, ou plus largement vers un objet socio-culturel valorisé par le Surmoi. En somme, l’œuvre prend le relais de la libido, le plaisir sexuel cède la place au plaisir représentatif, ce plaisir si particulier, si complexe, si résiduel, tourné vers un idéal de beauté formelle. Et Lacan de badiner sérieusement : « L’œuvre, ça les apaise, les gens, ça les réconforte. Ça leur élève l’âme, comme on dit, c’est-à-dire ça les incite, eux, au renoncement. En d’autres termes, pour l’instant je ne baise pas, eh bien ! Je peux avoir la même satisfaction que si je baisais ».

Dans le sillage des écrits freudiens sur le sujet, Mathilde Girard explore les efflorescences de la sublimation, à sa façon, tournicotante, à son rythme, adagio. Elle convoque notamment Monsieur Teste (Paul Valéry), Léonard de Vinci, Lou Andréas-Salomé et Rilke, Virginia Woolf… en vue d’analyser les modalités de la transformation de cette énergie intérieure et invisible en une matière subtile et concrète, texte, récit ou poème, idée, concept ou système, dessin, toile, sculpture, partition… Cela étant, un simple geste comme une main effleurant une chevelure révèle d’ores et déjà la rosée sublimatoire.

Eloge des fantômes, Portraits, Jean-Michel Olivier (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 06 Décembre 2019. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Âge d'Homme

Eloge des fantômes, Portraits, Jean-Michel Olivier, octobre 2019, 200 pages, 22 € Edition: L'Âge d'Homme

 

« Pour un écrivain, Paris est peuplé de fantômes. Des fantômes familiers, silencieux, bienveillants. Nous sommes dans l’ancien hôtel particulier de Beaumarchais, où l’écrivain, musicien, homme d’affaires, mais aussi marchand d’armes et espion, aimait se réfugier quand les fâcheux le harcelaient » (Simone Gallimard).

Eloge des fantômes est un merveilleux livre, habité de fantômes admirés, rendus à la vie par la plume miraculeuse de Jean-Michel Olivier. Des portraits d’écrivains, de penseurs, d’éditeurs, de graveurs que l’auteur a croisés, longuement ou furtivement, et admirés. Des artistes devenus des amis d’un temps passé, des complices en lettres, et en art éphémère, dont il a partagé des instants de complicité, de travail, qu’il décrit comme l’on décrit un miracle, une visite, un éblouissement, mais aussi une profonde tristesse lorsqu’il apprend leur disparition.