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Les Chroniques

L’ange du mascaret, Murielle Compère-Demarcy (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 01 Septembre 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

L’ange du mascaret, Murielle Compère-Demarcy, Editions Henry, Les Ecrits du Nord, mai 2022, 111 pages, 14 €

Murielle Compère-Demarcy nous offre avec cet ouvrage dense et fluide un poème fleuve ayant pour personnage… un Fleuve !

Le texte, cela va sans dire, coule de source poétique, coule de bouche, et s’écoule de diverses façons, et traverse différents contextes, tout comme l’élément naturel, dont la représentation est personnifiée en un Tu/Vous qu’invoque, qu’interpelle, qu’apostrophe le JE en qui se coule la poétesse.

Le recueil se subdivise en trois parties, après un prologue, lui-même hautement poétique, de Laurent Boisselier intitulé « Dit du Fleuve » :

poème-fleuve, la vie

de la bouche à l’estuaire, l’amour

l’immense mascaret

Avoir 20 ans à l’été 1968 (par Mustapha Saha)

Ecrit par Mustapha Saha , le Mercredi, 31 Août 2022. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

« On vivait une parenthèse enchantée »

Avec le sociologue Mustapha Saha, la philosophe Martine Storti, le photographe Thierry Baïze. Reportage Louis Borel

 

Ils avaient une vingtaine d’années quand, à l’approche des beaux jours, un événement a tout précipité. En août, ELLE revient sur ces moments où de simples trajectoires personnelles se mêlent, plus ou moins par hasard, au destin commun. Pour ce premier épisode, la « parenthèse enchantée » de Mai 68 racontée par deux étudiants engagés et un photographe de l’époque.

Et soudain, tout le monde se parlait, sans barrière. Vous vous baladiez, vous alliez au café, vous discutiez, avec n’importe qui. De tout, de rien, du présent, de l’avenir. C’était Mai 68.

Rachilde, Homme de lettres, Cécile Chabaud (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mardi, 30 Août 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Rachilde, Homme de lettres, Cécile Chabaud, éditions Ecriture, août 2022, 240 pages, 18 €

 

La vie d’artiste est souvent vallonnée d’ombre et de lumière. Mais celle des femmes artistes du XIXème siècle était redoutablement chaotique tant l’énergie, l’audace, voire la folie étaient nécessaires pour s’échapper de la gangue fangeuse. C’est toute l’œuvre et le talent de Marguerite Eymery, femme de lettres autoproclamée « Rachilde », que retrace avec brio Cécile Chabaud, professeur de lettres.

C’est toujours dangereux de convoquer les morts quel que soit le siècle. Et pourtant le spiritisme était à la mode au XIXème siècle. Était-ce lié à l’influence du spirite Allan Kardec ? Comme le pratiquait Victor Hugo dans l’espoir de retrouver sa fille Léopoldine, les grands-parents de Marguerite, Urbain et Isoline, avaient l’espoir d’entrer en communication avec leur fils défunt. Le spiritisme était une façon de prolonger la vie et l’espoir des retrouvailles.

Un soir, lors d’une séance de spiritisme où le ciel était insondable et voilé, Marguerite entendit un fantôme lui parler… C’était un certain « Rachilde », comte Suédois né en 1523 à Göteborg. La sonorité étrangère et exotique de ce nom lui plut et elle décida d’en faire son nom de plume. La musicalité des mots joue parfois la partition du virage d’une vie.

Zone franche, Jacques Ancet (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 29 Août 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Zone franche, Jacques Ancet, éditions Tarabuste, avril 2022, 216 pages, 14 €

 

Dénuder

Ici la cendre du poème – sa combustion tardive, son altération intérieure – se manifeste par des effets graphiques, des décrochés, des blancs au milieu du vers, avec pas ou peu de ponctuation, sans aucune majuscule et parfois des occurrences en langue étrangère. Le poème va comme en une zone non atteinte, indépassable, voire hors d’atteinte. La poésie ne vaut que pour ce qu’elle a d’essentiel. Le rêve du poète est-il peut-être celui de récréer la langue entièrement, sans poids, toujours nouvelle, profonde et ductile ? Tel est là le projet de ce recueil, à mon sens. J’y distingue la cendre de la cendre (comme le signifie Jacques Derrida).

J’ai dressé dans mes notes une petite liste d’épithètes qui pourraient correspondre à mon impression première de lecteur : effacer, retirer, ôter, enlever et enfin, dénuder. Cette prosodie, où la quantité de vide se calcule grâce à la quantité de tentatives pour créer un langage personnel, se réduit à des cercles de vocabulaire stricts, voire pauvres.

Les Prénoms épicènes (2018, 154 pages), Pétronille (2014, 168 pages), Amélie Nothomb (par Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 25 Août 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Les Prénoms épicènes (2018, 154 pages), Pétronille (2014, 168 pages), Amélie Nothomb, Albin Michel

 

Deux titres en perspective pour une expérience de lecture. Durée moyenne, deux jours. Commencez par Les Prénoms épicènes. Premier jour. Lisez en position allongée comme Amélie aime le faire. Ne plus avoir à porter le corps pour ne porter que le livre (il va de soi que nous parlons ici du format livre, papier, couverture, composition, impression française, Albin Michel imprime en France). Éclairage, musique ou champagne, à votre discrétion.

Il s’agit, ni de comparer, ni de confronter mais de créer un contraste, une lumière particulière entre deux surfaces. Une expérience, une narration. Deux œuvres pour les discerner autrement en modifiant le contexte. Acmé du décalage que chérit Amélie.

Une façon donc bien particulière de raconter l’horrible de façon anodine. Amélie adore distordre la réalité et les morales humaines. Elle énonce les faits avec la plus pure simplicité, ingénue et candide. Elle est glaçante. Aussi glaciale que la température requise pour le champagne. Boire vite de peur que le breuvage ne s’échauffe. Il en va de même de ses livres.