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Les Chroniques

Le grand combat, Ta-Nehisi Coates (par Jeanne Ferron-Veillard)

Ecrit par Sandrine-Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 25 Mars 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Autrement

Le grand combat (The Beautiful Struggle), Ta-Nehisi Coates, Les éditions Autrement, 2017, trad. anglais, Karine Lalechère, 272 pages, 19 €

 

La romancière Toni Morrison avait écrit Dans l’origine des autres, paru en France en 2018 aux éditions Bourgeois : « Il n’y a pas d’étranger, il n’y a que des choses étrangères à soi ». Ta-Nehisi Coates avait rédigé alors la préface. Auteur et journaliste, Ta-Nehisi travaille ses textes comme ses articles et réciproquement. La rigueur, la distance, le détail et la source vérifiée, ici, la source c’est lui. Rigueur, distance, détail. Sa famille. Sa mère. Son père. Ses frères et sœurs. Description crue de la réalité, voire fantomatique, une exploration physique et mentale dans l’hyper réalisme ou une fiction augmentée dans laquelle l’entrée est celle de l’adolescence. Les identités éclatées, les plaies des adultes comme autant d’alvéoles dans la peau des plus jeunes, les hormones qui la soulèvent et cette peau qui, pour survivre, doit se tendre jusqu’à la rupture. Les percussions des djembés comme bande-son du livre. Entre autres.

Je jouais devant chez lui avec ses G.I. Joe.

Ballade du vent et du roseau, Christian Viguié (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 24 Mars 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie, La Table Ronde

Ballade du vent et du roseau, Christian Viguié, La Table Ronde, mars 2022, 224 pages, 18 €

 

« J’aime bien ma pensée

lorsqu’elle est plus haute qu’une ortie

plus ronde qu’une pierre

Elle devient un objet concret

comme une clé qui ouvre une serrure

Il y a une serrure pour regarder un arbre

une serrure pour le ruisseau

une autre pour un mot

il y a aussi la serrure d’un éclair

pour que la pensée devienne un éclair… » (p.126) ==>

Vers Calais, en Temps ordinaire, James Meek (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 23 Mars 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Métailié

Vers Calais, en Temps ordinaire, James Meek, Métailié, janvier 2022, trad. anglais (Ecosse), David Fauquemberg, 460 pages, 23 €


Quel livre étrange et fascinant ! Comme ces bestiaires médiévaux, aux créatures mi-licorne, mi-griffon, on hésite : genre historique, épique, courtois ? roman, sûr ! de quoi dépayser son lecteur ! A l’image de son très beau titre (le temps ordinaire étant dans la langue de ce Moyen Age là, ce qui n’est pas occupé par l’événement extraordinaire) et son illustration de couverture, ce Printemps de Botticelli, dont volontairement ? on ne voit que le bras et la robe toute en fleurs, mais pas le visage, afin de ne pas reconnaître trop vite l’allégorie. Mélange, se dit-on, mais en avançant dans la lecture, prend forme un temps médiéval assez proche souvent de sa réalité et des flashs nous amenant à nous, maintenant, plus qu’étonnants sur l’intemporel de l’homme.

La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr (par Jean-Charles Vegliante)

Ecrit par Jean-Charles Vegliante , le Mardi, 22 Mars 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Philippe Rey

La plus secrète mémoire des hommes, Mohamed Mbougar Sarr, éditions Philippe Rey/Jimsaan, août 2021, Prix Goncourt 2021, 462 pages, 22 €

Souvent, beaucoup de jeunes de beaucoup de mondes différents recherchent l’œuvre originale, si possible ignorée de leurs parents, où ils trouveront les réponses susceptibles de les orienter dans la vie, d’orienter leur vie. Cette œuvre, diverse en fonction de leurs intérêts éthiques ou esthétiques propres, c’est potentiellement celle qu’ils rêveraient de réaliser eux-mêmes. En attendant, il est clair qu’elle n’existe pas – ou pas encore… – quête d’un Graal en somme. Telle est l’idée germinale du (gros) roman de Mohamed Mbougar Sarr, Prix Goncourt 2021. Naguère, d’aucuns fantasmaient sur un ultime Rimbaud resté inédit, entre Harrar et Sud-Yémen, peut-être conservé sous les sables. Plus près de nous, le roman inachevé de René Daumal, adoubé par François Mitterrand en personne, a brillamment tenu ce rôle. Fort à propos, Mbougar Sarr met en récit un livre mystérieux d’un auteur africain ayant cultivé le mystère, alias (semble-t-il) Y. Ouologuem, auquel est dédié son roman – présentement, le narrateur-auteur Diégane Faye. Son idéal, parfaitement réussi, étant de « simplement écrire un bon livre […], un livre comme Le Labyrinthe de l’inhumain », de l’auteur africain mystérieux en question, Elimane Madag (p.72).

Obstaculaire, Cédric Demangeot (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Mars 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie, L'Atelier Contemporain

Obstaculaire, Cédric Demangeot, L’Atelier Contemporain, mars 2022, ill. Ena Lindenbaur, 128 pages, 20 €

 

Brutalisme

Je me suis permis de qualifier de brutalisme la poésie de Cédric Demangeot même si ce terme s’applique généralement à l’architecture. Je le fais car cela semble qualifier cette langue pleine de coins, d’angles, de surfaces brutes, d’excroissances parfois organiques, de moulages à froid. Où l’on y décèle nettement les architectures de sa pensée. J’y ai vu une esthétique de la brutalité.

Avant de poursuivre, je rappellerai les mots de Jean Genet qui écrit (je cite de mémoire) : J’appelle violence une audace au repos amoureuse des périls. Et même si cette poésie chante l’audace, elle chante surtout le péril, celui d’un ossuaire, d’obstacles au regard en soi, chantant une vérité sans apprêt, brut de décoffrage en un sens.