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Les Chroniques

La mélodie sans les paroles, Catherine Benhamou (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 30 Août 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La mélodie sans les paroles, Catherine Benhamou, éditions des femmes-Antoinette Fouque, juin 2021, 80 pages, 12 €

 

Emily Dickinson : des vérités

Cette pièce de théâtre a pour sujet la vie d’Emily Dickinson, en prenant le parti non pas d’une vérité biographique mais d’une vérité intérieure à la poétesse américaine. De fait, ce sont deux vérités qui s’affrontent : la vie de l’autrice et le féminisme de Catherine Benhamou. Ainsi le petit nombre de personnages susceptibles d’incarner un raisonnement féministe se retrouve autour de la mort du père. Et aussi dans le rapport de genre. Donc : deux explications, deux tentatives de véridicité, personnelles et interprétées. Le but visé, je crois, étant de faire de l’existence de l’autrice un exemple de défense de la condition féminine, en tout cas dans le prisme de la dramaturge.

Voyage littéraire à deux vitesses : celle de la dramaturge et celle d’Emily Dickinson, qui se rencontrent ici dans un même projet intellectuel – plus sans doute que celui de restituer la phrase de la poétesse. C’est une découpe socio-politique, l’histoire des combats des femmes à quoi nous assistons.

Le Papier d’orange, La carta delle arance, Pietro De Marchi (par Valérie T. Bravaccio)

Ecrit par Valérie T. Bravaccio , le Vendredi, 27 Août 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Papier d’orange, La carta delle arance, Pietro De Marchi, Editions Empreintes, mai 2021, trad. italien, Renato Weber, 190 pages, 9 €

 

Publié en 2016, La carta delle arance complète un triptyque (Parabole smorzate, 1999 ; Replica, 2006) chez le même éditeur, Edizioni Casagrande. Et, la même année, il est distingué par le prestigieux Gottfried Keller. Il arrive cette année en France, grâce à la très belle Collection Poésie-Poche n°26 de l’Édition Empreintes, en bilingue. La fin du volume accueille une note biographique présentant Pietro De Marchi, sa bibliographie, et la traduction de la note de l’auteur. La traduction en français de Renato Weber est d’une grande finesse. Et, dans sa préface, Ivan Farron arrive à transmettre, avec beaucoup de précisions, l’atmosphère de l’ensemble du recueil en se référant clairement aux titres des compositions et, surtout, en indiquant les pages, ce qui pourrait paraître superflu ; la Table, située à la fin du volume, ne renvoie effectivement pas aux titres de chaque composition.

Structuré en onze chapitres (numérotés en chiffres romains), seuls quatre chapitres ont un titre (IV, Paraphrases ; VI, Trois petites allégories ; VII, Allegro giusto ; IX, Paroles rapportées). Et il n’y a aucun autre titre.

Œuvres complètes, Tome IV, Tome V, 1863-1880, Gustave Flaubert, La Pléiade (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent Bonnet , le Jeudi, 26 Août 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Œuvres complètes, Tome IV, Tome V, 1863-1880, Gustave Flaubert, La Pléiade, mai 2021, 1376 pages, 1744 pages, 130 €

 

Tenir dans ses mains, soupeser, déshabiller, toucher la pleine peau gravée à l’or fin, ouvrir, humer le papier bible, feuilleter… Rares sont les collections qui offrent au lecteur, avant d’avoir lu les premiers mots, ce plaisir d’entrer en matière… Matière-objet, matière-reliure, matière-page, au service de la matière-œuvre.

On peut bouder la Bibliothèque de la Pléiade pour moult raisons dont l’épaisseur du livre qui n’en fait précisément pas un livre de poche, ou la typographie en Garamond du Roi, corps 9, qui rend très dense l’univers de la page ; or ce sont bien ces « défauts » qui demandent une lecture particulière, un geste que l’on n’accorde qu’à un compagnon précieux, dont la présence ne peut s’apprécier qu’en honorant sa prestance, sa tenue, son propos.

On prendra donc la peine de lui offrir le dos feutré d’un bon fauteuil, le silence aux alentours et un lever de rideau éclairé dans l’intimité, pour accéder, livre en mains, à une lecture d’une étonnante modernité. Car lire dans la Pléiade, c’est s’adonner à ce qui fut bien avant Internet (1) une des premières expériences de connaissance hypertexte grand public.

L’Heureux retour , Un Vaisseau de Ligne & Pavillon haut, Cecil Scott Forester, Folio (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 24 Août 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Folio (Gallimard)

Cecil Scott Forester, L’Heureux retour (336 p.), Un Vaisseau de Ligne (384 p.) & Pavillon haut (336 p.), trad. de l’anglais par Louis Guilloux et René Robert, Gallimard/Folio, mai 2021, 8,60 €

 

Cecil Scott Forester (1899-1966) a débuté sa carrière littéraire comme polygraphe, publiant durant les années vingt et le début des années trente des essais historiques (dont deux sur Napoléon et un sur Nelson, comme des préparations aux romans maritimes à venir), un récit de voyage sur un yacht, des récits policiers et d’autres de guerre maritime, situés tant durant les guerres napoléoniennes (dont le virulemment titré Death to the French, 1932) que durant la Première Guerre mondiale. En 1935, il publie un roman sous haute inspiration conradienne, The African Queen, dont l’adaptation cinématographique en 1951 fait partie des classiques du septième art. Et deux ans plus tard, il publie le premier tome des aventures du Capitaine Hornblower, The Happy return ; le succès de ce roman dans les pays anglo-saxons l’incitera par la suite à dédier essentiellement sa plume à ce personnage jusqu’à sa mort – survenue alors qu’il vient d’écrire une dernière nouvelle relative à Hornblower, The Last Encounter.

L’œuvre poétique I, Sundgäu, Nathan Katz (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 23 Août 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

L’œuvre poétique I, Sundgäu, Nathan Katz, éd. Arfuyen, mai 2021, trad. allemand, Théophane Bruchlen, Collectif, 276 pages, 19,50 €

 

Erlkönig

Cette traduction de Nathan Katz des éditions Arfuyen peut se prévaloir de deux simples mots, tirés des vertus théologales : la foi et l’espoir. Qualités morales non pas strictement en relation avec une religion, mais plutôt portées vers la hantise des disparus, soldats, paysans, dans des révoltes, des combats sociaux. Le poète prie pour le salut de leur âme, et voit une résurrection possible au moins par le poème. Il pourrait revendiquer la force de la foi (laquelle demandée à la divinité est capable de déplacer des montagnes). J’ai dit force et je dis aussi espoir. Cette force sensible, bien souvent au travers de cette poésie, s’apparente à un espoir extraordinaire dans la capacité de faire revenir les Lazare de 1914/18 à la vie. Propos de résurrection. Propos de paix. Propos d’Apocalypse. Espoir presque sacré.