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Les Chroniques

La vie du cri -vie et cri, cri et vie, écriture du cri- Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 17 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La vie du cri -vie et cri, cri et vie, écriture du cri- Alain MARC Éditions Unicité [274 p.] - 20 €

 

Dans La vie du cri, Alain Marc poursuit une exploration radicale de l’écriture comme geste vital, exposé et conflictuel. Refusant toute conception pacifiée de la littérature, il interroge le cri comme force originaire : non un thème, mais un rythme, une poussée, une expérience-limite engageant le corps, le langage et le sens de l’existence. L’ouvrage ne propose pas une théorie du cri, mais une épreuve de l’écriture confrontée à ce qui la traverse et la déborde.

L’écriture d’Alain Marc ne prend sens que dans une continuité : de livre en livre, de fragment en fragment. La vie du cri ne saurait être lue comme une totalité close sans risquer de figer le geste même qui la fonde. Ce geste relève d’une poursuite : écrire n’est pas atteindre, mais reprendre. Le cri y surgit au point de faille d’où sourd l’expression, éveillant la chair du langage autant que la chair humaine, selon la formule de Valère Novarina. Il est rythme — force qui prend à la gorge et impose à l’écriture sa cadence.

Deux seconds romans (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 16 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

 

Fatima Daas, Jouer le jeu, Editions de l’olivier, 190pp 20 €

Denis Infante, Ce que nous sommes à la fin, des enfants sauvages, éd Tristram, 176 pp 19€


Après un premier livre qui a surpris, tellement plu, bien-sûr qu’il faut un second livre pour confirmer la littérature naissante et ouvrir à l’œuvre.

Et oui, bien sûr que c’est dur !

On est sûr que le beau livre La petite dernière de Fatima Daas était un grand premier livre, surprenant, scandé par l’anaphore de tête de chapitre Je m’appelle Fatima. Ce premier roman est même devenu à toute vitesse une œuvre de cinéma, titre éponyme et bel opus ne faisant pas doublon

Alors nous avons lu son second livre avec intérêt, beaucoup d’appétit. Mais. Mais c’est un second livre !

Monsieur Romain Gary - Alias Emile Ajar – aux bons soins du Mercure de France, 26 rue de Condé Paris VIe, Kerwin Spire (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Jeudi, 12 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Monsieur Romain Gary - Alias Emile Ajar – aux bons soins du Mercure de France, 26 rue de Condé Paris VIe, Kerwin Spire – Gallimard - 234 p, 20,50 €.

Kerwin Spire (1986 -) diplômé de Sciences Po Aix-en-Provence, docteur en littérature française de l’Université Sorbonne-Nouvelle et énarque. Auteur d’une thèse de doctorat (Romain Gary Écrivain Politique, 2014), il a collaboré au projet Romain Gary dans la Bibliothèque de la Pléiade. Puis a publié aux éditions Gallimard le triptyque : Tome 1, Monsieur Romain Gary, Consul général de France (2021) - Tome 2, Monsieur Romain Gary, Écrivain-réalisateur (2022) – Tome 3, Monsieur Romain Gary, Alias Émile Ajar.

Romain Gary, la voie royale.

Il faut reconnaître à Kerwin Spire, outre les sérieux fondamentaux méthodologiques que lui a conférés sa formation universitaire, la maîtrise de trois formes d’intelligence : celles du récit, de l’écoute et de la stratégie.

La première, la plus ardue à mettre en œuvre, étant le propos de cet article, je ne dirai que quelques mots des deux autres.

L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381) (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

L’Ami de Dieu de l’Oberland, Lettres aux Amis de l’Île-Verte (1363-1381), traduit du moyen haut-allemand et présenté par Jean Moncelon et Heidi Schäfer, Paris, Arfuyen, novembre 2025, 152 pages, 16, 50 €.

 

Parmi les lieux qui ont façonné la civilisation européenne, pour le meilleur comme pour le pire, on évoque en général des cités : Jérusalem, Athènes, Rome – métonymies d’apports inestimables. On néglige cependant d’autres lieux, non plus des villes, mais des fleuves : le Rhin, de Bâle à Rotterdam ; le Danube, de Passau à Vienne, voire au-delà. Toujours semblables et toujours différents, à la fois frontières et lieux de passage, ils séparent et relient en même temps, charriant au long des siècles idées, marchandises et décombres. Il existe une civilisation des fleuves – et des villes – qui en parsèment le cours.

Fondées voici plus de cinquante ans, les éditions Arfuyen ont publié, entre autres, plusieurs volumes de traductions rendant accessibles au lecteur francophone les textes plus ou moins importants de ce courant que l’on a appelé la « mystique rhénane », écrits contemporains des grandes cathédrales gothiques. Un nouveau titre rejoint aujourd’hui le catalogue, un ouvrage aussi fascinant que mystérieux.

William Wordsworth, Ballades lyriques et Poèmes (par François Baillon)

Ecrit par François Baillon , le Lundi, 09 Février 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Iles britanniques, Poésie

William Wordsworth, Ballades lyriques (édition bilingue) Traduction : Dominique Peyrache-Leborgne et Sophie Vige Éditions José Corti – 1997 352 p. – 20,85 € Poèmes (édition bilingue) Traduction : François-René Daillie Poésie/Gallimard – 2001 300 p. 11,40€

« … un poète anglais dont on parle assez peu, dont on cite le nom et quelques brefs poèmes (…) plutôt qu’on en connaît bien l’œuvre. » (p. 10, Éd. Gallimard) Tel l’énonce François-René Daillie, traducteur de poèmes sélectionnés de Wordsworth dans la collection Poésie/Gallimard. On ne peut que convenir avec lui de cette interrogation : pourquoi, tout en considérant son importance dans le paysage de la poésie romantique anglaise (« romantique » serait encore un terme trop limitatif au regard de son œuvre), William Wordsworth est-il relégué, au sein de l’édition française, dans une forme de clair-obscur ? La vie brève de John Keats, mort à 26 ans, doit-elle toujours lui permettre de gagner le devant de la scène romantique ? La personnalité tumultueuse de Lord Byron suffit-elle à l’asseoir en tant que figure emblématique de ce mouvement, plaçant quelques autres dans les coulisses ? Et jusqu’à Samuel T. Coleridge, avec qui Wordsworth a co-écrit les Ballades lyriques parues en 1798 : le poète du remarquable Dit du Vieux Marin (présent dans les Ballades en question) semble supplanter, dans la mémoire française, son ami né dans le Lake District.