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Les Chroniques

Ambidextre, Pierre Alechinsky (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 22 Janvier 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Ambidextre, Pierre Alechinsky, Gallimard, 457pp, 39 €

 

Un peintre écrit. Ce n’est pas rare et c’est toujours précieux de lire un peintre.

Ça n’illustre pas, ça ne complète pas, l’œuvre danse.

Picasso, Le Désir attrapé par la queue, Olivier Debré, L’espace et le comportement, les lettres de Nicolas de Staël ou celles de Vincent à son frère Théo. Il faut lire les peintres car ils écrivent leur peinture, dans son épaisseur ou à travers sa transparence. Ses manques et ses espoirs, ses ratages et ses répétitions.

Bien-sûr Gaston Chaissac, l’épistolier compulsif qui écrit sur la toile et vice-versa ou Cy-Twombly, bien-sûr.
Donc, Ambidextre d’Alechinsky.

« Ne plus savoir sur quel pinceau danser.

Peindre ? Vide attaqué à grands traits, par plaisir, dans le vide et pour le vide ».

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 20 Janvier 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Tapapakitaques, La poésie île, Habib Tengour, éd. APIC, Alger, 200 p., 2025, 17€

 

La poésie est affaire de temps. Et ce livre qui paraît chez l’éditeur algérien, APIC, en est la démonstration physique. Car la souche des poèmes se situe en 1965, or cette réédition de 2025 menée par Habib Tengour ne change pas l’ensemble des textes. Nous sommes témoins d’une espèce d’anamorphose de la durée qui nous donne à voir un poète jeune, dont le dynamisme n’a jamais faibli. La seule chose qui change, c’est l’époque de la lecture. L’on reçoit donc le poème en 2025 différemment qu’en 1965. Cela dit, je vais essayer quand même de donner mon sentiment actuel à propos de ce « nouveau » livre que laisse paraître Habib Tengour.

Tout d’abord, un aspect très net : c’est remuant. Cette littérature pleine de saillies, de petits accidents divers, ramène presque jusqu’à se clore la force du poète sur sa propre vitalité ; devenant un peu énigmatique, car nous donnant à découvrir une expression d’adolescent dans le bon sens du terme (ardeur, élan, vigueur, impulsivité, impétuosité). Oui, une espèce de connaissance de la violence, celle qui est amoureuse des périls. Ce qui frappe, c’est l’énergie, la vivacité, les chocs, l’altérité qui se nichent au milieu même du corps poétique.

Griffes 27 (par Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 19 Janvier 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED


Anne Berest, Finistère. 2025 Albin Michel. 432p. 23,90€

Oui, encore une ”saga familiale”. Avec des variations. Pour une fois ce n’est pas un hommage à/règlement de comptes avec la mère de l’auteur(e). Il faut dire qu'apparemment Anne Berest a déjà traité (deux fois) le côté maternel. Mais on a droit au nombrilisme habituel : l’Auteur, sa vie parisienne, ses succès littéraires et ses rapports difficiles avec papa. Construction ? Une première partie censée être rédigée à partir de cahiers d'écolier. Le meilleur du volume, notre auteur ne se donnant même pas la peine de donner, par la forme ou le style, une idée des dits cahiers. Le livre s'appelant glorieusement Finistère, on y trouve l’origine de tout : l'arrière-grand-papa (père de l’auteur des cahiers) fondateur de la première coopérative du pays de l'artichaut. Puis on passera à son fils, à oublier en raison d’un manque de nécessité narrative et de l’inexistence d’un prétexte quelconque à sa présence dans ces pages. Puis viendra le papa d’Anne, dont l’histoire nous sera contée sous la forme de petits (voire très, très très petits) chapitres. Plus de cahiers cette fois ci, principalement des entretiens, se déroulant après la découverte par notre auteur de la grave maladie de son géniteur. Dernière partie (celle qui chevauche plus ou moins maladroitement toutes les autres) l’enfance, la jeunesse, le passage à l'âge adulte et le regard en arrière vers tout cela de devinez-qui.

Claudine Bohi et Adrienne Arth - À tâtons dans le siècle (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Vendredi, 16 Janvier 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Arts

Claudine BOHI et Adrienne ARTH - À tâtons dans le siècle - préface de Béatrice Bonhomme, Collection duo, Les Lieux-Dits , 96 pages, 2025, 20 €

 


Un livre d'artiste pas comme les autres, car épais et constamment problématique - qui oppose (et conjoint, comme de force) deux dames décisives dans leur art respectif (la poésie, la photographie). Une sorte de combat entre elles, pour le sens. Combat, parce que si c'est Claudine Bohi la poète qui commente la photographe Adrienne Arth - et pas du tout l'inverse - chacune garde son monde, irréductible, intraductible, indéductible. Chacune reste ici farouchement dans son art : la photographe dans ses clichés, qui, comme toutes les pures images, arrivent d'emblée à leur existence complète, et sont leur propre présence, et, comme spécifiquement les photos, enregistrent le monde, reflètent, qu'elles le veuillent ou non, le sérieux et la consistance préalables des choses et des êtres, vivent de leur contact avec ce qu'elles ont enregistré : la complétude et le contact, donc, voilà exactement ce qui ne peut se trouver dans aucun poème, qui, par principe, a l'inachèvement de la voix et la distance des mots.

Zapp & Zipp, Christian Prigent (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 15 Janvier 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Christian Prigent, Zapp & Zipp 2019-2024, POL, 717 pp, 29 €


Oser !

Comment oser écrire une critique et la consacrer au briochin le plus discret et à l’écrivain le moins titré et donc le meilleur d’entre tous ?

Celui dont les titres chez POL prennent une page à l’entrée du livre et deux à la sortie !

Pour ce qui concerne Saint-Brieuc, nous fêterons une prochaine fois les quatre-vingts ans de la parution du Sang noir de Louis Guilloux. Pour l’heure, c’est du contemporain ! Du post-écrit comme il y a la post-modernité et le post-érieur !

Attention, c’est du beau, du grand, de la poésie à la puissance dix et surtout c’est à une longue histoire si proche et si lointaine de la littérature qu’il est rendu hommage. Qui est-on pour oser ?

Pour parler de Zapp & zipp.

Pour s’inviter humblement chez Christian Prigent.