Identification

Les Chroniques

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 25 Août 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Cette semaine

À l’écoute des bêtes, Catherine Andrieu, éditions Sémaphore [116 p.] – 16€

 

À l’écoute des bêtes ou Quand la terre respire : la mémoire sauvage du vivant selon Catherine Andrieu

Publié aux éditions Sémaphore dans la collection Cahier Nomade, dirigée par le poète, écrivain et essayiste breton Bruno Geneste, À l'écoute des bêtes de Catherine Andrieu est de ces livres rares qui semblent avoir été moins écrits que traversés. La poète et peintre plasticienne nous en avertit d'ailleurs dès l' "Avant-dire" : « Il est des livres que l'on n'écrit pas. Ils vous traversent, vous arrachent à vous-même, et vous déposent, les paumes vides, sur la grande page nue du monde. »

D'emblée, un mystère se présente au lecteur. Si le titre À l'écoute des bêtes est gravé sur la première de couverture, illustrée par la photographie saisissante d'un loup – ou peut-être d'une louve –, le texte s'ouvre pourtant sur un autre intitulé : Quand la terre respire. Comme si deux livres coexistaient dans un même volume. Comme si le premier titre désignait l'écoute, tandis que le second révélait la source profonde de cette écoute : le souffle même du monde. Entre les deux se déploie une œuvre de passage, une traversée des mémoires enfouies, des présences invisibles et des voix oubliées.

La Pianiste, Isabelle Amonou (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Lundi, 24 Août 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Cette semaine

La Pianiste, Isabelle Amonou, éd Dalva, 431 pp


Iode et ode

Rentrons d’entre rochers gris et vagues puissantes. Du Finistère.

La pianiste d’Isabelle Amonou nous y a conduits. Bord d’estran, rangées d’écume, Fort du Taureau ou raz de Batz, allons-y à la nage bien que ce ne soit pas recommandé par la sécurité civile ni la SNSM (Sauveteurs en mer).

La pianiste n’a plus qu’une main, débrouillez-vous de cette partition et entrez au cours de natation.

Faire un livre ou écrire un livre ne renvoie pas au même. Pour le faire ou l’écrire, deux solutions. Se laisser emporter, aller aux vents de soi, courir sur ses chevaux de mer et sans brides. Ou, au contraire, comme Isabelle Amonou, tenir tout très serré.

Faire œuvre de didactisme, continuer de donner la leçon, ici de musique, là d’amour, ou, pour encore plus d’intrigues, y mêler la grande Histoire, Berlin anéantie, un viol, une fille née de ce viol, Jeanne, donc pianiste.

Selon toi, Marielle Hubert (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 20 Août 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Cette semaine

Selon toi, Marielle Hubert, POL, 183 pp, 20€

 

Poste restante


Un livre de plus sur notre rayon Duras dans notre bibliothèque qui est tellement long et fourni, cette planche blanche et ses branches qui montent, Manceaux, Laure Adler, Robert Antelme en premier, Juan Goytisolo, cette confrérie des mots, du sens, sans laisser en bout de ligne Yann Andréa tout seul.

Le jeune frère qui hante Selon toi de Marielle Hubert.

Peu voire pas nommé. Deviné. Comme l’ombre de Duras dans le bel entretien filmé où Swann Arlaud joue Yann, Manceaux est Emmanuelle Devos, cf l’excellent Vous ne désirez que moi de Claire Simon.

Nous nous égarons. Duras égare.

Si loin de l’écrivaine et metteure en scène Pascale Lemée.

Griffes 33 (Alain Faurieux)

Ecrit par Alain Faurieux , le Lundi, 17 Août 2026. , dans Les Chroniques, La Une CED, Cette semaine

 

Je suis drôle. David Foenkinos. Gallimard, Coll. Blanche. 2026. 192p. 20€

David Foenkinos. Auteur connu. Reconnu. Un petit livre de plus. Court, vite lu. Vite oublié sans doute. Doit ressembler aux autres Foenkinos que j’ai dû lire. Oubliés déjà. C’est agréable. Agréable cette sensation de flottement.  Aucun effort pour le lire. Écrit sans efforts. Un survol sans moteur d’un paysage sans relief. Une balade digestive en forme de sieste. Bienvenue au pays des somnambules. Le Pitch ? Un jeune homme beau et triste se veut drôle. Et vouloir c’est pouvoir. Le volume se termine par le titre. C’est fort, c’est beau. La patte de David est sans doute de voir tout cela de très loin, très vite. Comme si le livre allait commencer ensuite. Mais non, c’est fini. Le style est limpide : des phrases courtes, des propositions courtes. Le lexique est simple, de tous les jours sans être familier.  Du second degré, ou peut-être pas. Peut-être que tous les clins d’œil de David, les piques à sa propre écriture n’en sont pas ; peut-être l’ironie n’est-elle que du cliché…tout est tellement superficiel. Soigneusement, lourdement léger. Presque une grosse nouvelle, sans la précision, ou la chute. Foenkinos délaye au lieu de sabrer, on va très vite mais ça prend du temps. Foenkinos est un maître des paradoxes. Pondre un opuscule par an. Ne rien écrire.

Embrasures, Michel Diaz (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 09 Juillet 2026. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Embrasures, Michel Diaz - postface de Michel Lamart, Le Taillis Pré, 96 pages, mai 2026, 17€

 

Le mot "embrasure" dérive, comme "embrasement", - mais lui, plus étrangement ! -  de "braise" : car voilà un terme de maçonnerie (militaire ou civile) étonnamment lié, constatent les lexicologues, à l'idée du charbon ardent, au scintillement d'un bois brûlé. L'ouverture pratiquée laisse passer la lumière et éclaire le passage (comme le percement d'une baie), mais la finalité agressive (en tout cas le passage en force) est présente : c'est d'abord ouvrir, dans l'ouvrage fortifié, une fenêtre de tir. On n'aménage pas pour rien une meurtrière - et, même si "embrasures" ici semblent plus sobrement signifier trouées éclairantes ou percées décisives (il s'agit d'attiser le regard et d'enflammer plutôt l'âme), il y a en toute embrasure l'idée d'un geste défensif, d'un élargissement tactique du visible, d'une "ouverture" salvatrice mais risquée, pénible. Le feu d'une révélation (en tout cas son espérance) n'est jamais neutre, et le pluriel indéfini du titre ("Embrasures")  dit quelque chose à la fois de la nécessaire vaillance et de la possible vanité des efforts de s'ouvrir à la réalité du monde ! L'auteur, esprit grave et noble, l'exprime lyriquement, quand il se présente "travaillant à s'ouvrir une voie vers un jour nouveau qui se lèverait au feu de sa rosée" (p.32), mais le découragement n'est jamais loin : le prix à payer pour savoir "passer dans le réel du monde" (p.12) n'est ni anodin ni assuré.