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Les Chroniques

Ouvrière durée, Gilles Lades (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 28 Juin 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Ouvrière durée, Gilles Lades, éditions Le Silence qui roule, avril 2021, 104 pages, 15 €

Le poème-paysage

Dès les premiers vers du recueil Ouvrière durée, l’on est pris par l’attention que porte le poète à son pays. Je dirais même que l’on y trouve le goût d’une espèce de road-movie à la française, devenant ici un road-poetry. Cette durée notamment signifie la patience qu’il faut avoir pour vagabonder dans les collines et les bois d’un pays que j’ai identifié comme un paysage du Lot. Vagabonder ne voulant pas dire paresse, mais au contraire travail au-dedans du poète en ses images, en son répertoire, en sa vision et son chant (champs devenant contrechamp du poème). Oui, un herbier, mais composé de plantes et de végétaux simples, abordables, pas exotiques, ceux d’une terre sobre et laborieuse. Car il s’agit tout à fait de l’habitation du poète, de celui qui veut habiter le monde en poète.

Cette durée bergsonienne, celle du sucre qui se défait lentement de sa compacité pour infuser dans un liquide, prend, sature, infuse justement la durée du labeur du poète. Écrire le paysage, c’est abandonner son temps pour le temps primordial du poème, de la naissance du texte au milieu d’une colline et de sa fin dans le livre. C’est une question d’infusion.

Ainsi parlait, W. B. Yeats (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mercredi, 23 Juin 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Ainsi parlait, W. B. Yeats, éditions Arfuyen, avril 2021, trad. anglais Marie-France de Palacio, 176 pages, 14 €

 

Exploration

J’ai été frappé par ce « ainsi parlait » du poète irlandais et prix Nobel de littérature, W. B. Yeats, car ce que relatent ses dits et maximes recoupe tout à fait des préoccupations qui me traversent. En effet la quête spirituelle de tout lecteur, de tout créateur aussi, en passe par cette aporie : figurer une abstraction dans des termes concrets, contenir dieu dans un langage qui par essence se prête à tout, alors que la divinité est seulement hauteur. Donc appuyer une recherche métaphysique sur la physique du langage, les règles de la prosodie. Et Yeats y arrive et contribue à donner de l’espoir pour ceux qui cherchent cette exploration du domaine de l’esprit.

Cependant, nous n’assistons pas à une opposition du profane et du sacré, mais à leur mélange : L’homme sous la lumière et Dieu, la tension terrestre sous la vivacité de l’existence céleste, activité poétique se distinguant de la pensée matérialiste. Donc, le chant, la psalmodie, la musique du poème.

Penser antique (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 22 Juin 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, Essais, La Une CED, Bassin méditerranéen

 

Lettre à Ménécée et autres textes, Épicure, Gallimard Folio, avril 2021, trad. grec ancien, Daniel Delattre, Joelle Delattre-Biencourt, José Kany-Turpin, 112 pages, 3,50 €

L’Amitié, Cicéron, Arléa, avril 2021, trad. latin, Christiane Touya, 96 pages, 7 €

 

Parfois, il convient de faire preuve de bon sens, et de se demander quel est l’intérêt humain de la fréquentation des classiques, qu’ils soient purement littéraires ou philosophiques. Deux brefs ouvrages viennent à point nommé pour établir une nuance qui, cela est plus que probable, fera grincer les dents des spécialistes – alors que la question qui se pose n’est pas celle de l’importance universitaire mais est de savoir ce qu’apporte encore la pensée antique à l’homme contemporain en tant qu’être humain, en tant que membre de cette « fraternité » dont rêva Romain Gary.

Sous les chapes grues, Jos Garnier (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Juin 2021. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Sous les chapes grues, Jos Garnier, éditions Milagro, février 2021, 48 pages, 10 €

 

Matière

Écrire quelques mots sur le livre de Jos Garnier me permet d’évoquer une chose qui m’intéresse, comme tout le monde je crois : ce qui est hors de soi et ce qui est intérieur. Ce matin, d’ailleurs, j’ai songé pour figurer physiquement ce que j’ai ressenti, à mon rêve de pèlerinage musulman tournant autour de la Kaaba (الكَعْبة) en dehors de toutes choses religieuses, juste pour le carré parfait où se trouve une pierre noire. Car cette façon de dresser devant le lecteur une sorte de mur graphique très énigmatique, textes sans majuscule ni ponctuation, finit par donner une impression presque insurmontable. Il y a autant de mystère que celui qui hante depuis tant de temps les figures de pierre qui se dressent sur l’Île de Pâques.

Il m’a semblé que ces poèmes (?) faisaient office d’endroit pierreux, dur, impénétrable. C’est pour cela que j’ai pensé au in et au out. Car devant ce peuple étrange des îles chiliennes, on balance presque dans l’inquiétude, car la limitation de ces statues, ici de ces poèmes, offre un champ profond d’investigations intellectuelles.

Entretien Philippe Chauché / Philippe Bouvier, Frédérick Houdaer - Le Clos Jouve éditions (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 17 Juin 2021. , dans Les Chroniques, La Une CED, Entretiens

 

Rencontre épistolaire avec Philippe Bouvier et Frédérick Houdaer des éditions lyonnaises Le Clos Jouve :

 

Philippe Chauché, La Cause Littéraire : C’est donc une maison d’édition à quatre mains ; comment est né ce projet éditorial, ces trois collections littéraires : Bistra qui veut dire « vite » en russe, Sprezzatura et Champ Libre ? Avec quels objectifs éditoriaux ? Quels souhaits littéraires ?

 

Frédérick Houdaer : C’est un projet né de deux parcours croisés, avec des références communes (par ex, Gérard Guégan… et ce n’est pas un hasard si nous avons bénéficié des conseils de ce dernier).