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Les Chroniques

Les moments forts (35) - « La Dame aux camélias » de Neumeier au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 25 Novembre 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Soit La Dame aux camélias, ballet en un prologue et trois actes inspiré du roman du même nom d’Alexandre Dumas fils (1824-1895), créé en 1978 par le Ballet de Stuttgart et entré au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2006. Pour qu’une chose soit sublime, dit Kant au chapitre XXV de sa Critique, il faut qu’elle révèle « une faculté de l’esprit qui surpasse toute mesure des sens » (Critique du jugement suivie des Observations sur le sentiment du beau et du sublime, traduction par Jules Barni, Librairie philosophique de Ladrange, 1846). Nous y aide le faste, auquel – par son maniérisme ardent, par un style néoclassique parfaitement abouti – donne corps le directeur du Ballet de l’Opéra de Hambourg (depuis 1973) et chorégraphe américain John Neumeier. Avec un sens de l’abondance (sa création paraît influencée par son impressionnante collection de souvenirs des Ballets russes, qui donne à Nijinski une place de monarque). Avec un sens de l’orfèvrerie aussi, auquel était sensible Hilaire-Germain-Edgar Degas (en témoignent ses Deux danseuses – 1874 – de la Courtauld Gallery à Londres) et qui semble définitivement acquis au chorégraphe depuis l’ensemble qu’il a conçu autour de l’œuvre de Bach*, au Festival d’Avignon, pour l’Opéra de Paris : Suite n°2 (1980), Suite n°3 (1981), La Passion selon saint Matthieu (1981) et Magnificat (1987).

La Styx Croisières Cie (X) Octobre 2019 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 20 Novembre 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Ère Vincent Lambert, An I

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

 

« Une maison de paysans des environs de Varsovie. Plusieurs paysans sont assemblés. (…) La porte est enfoncée, Ubu pénètre suivi d’une légion de Grippe-sous ».

« Père Ubu : Qui de vous est le plus vieux ? (Un paysan s’avance) Comment te nommes-tu ?

Le paysan : Stanislas Leczinski.

Père Ubu : Eh bien, cornegidouille, écoute-moi bien, sinon ces messieurs te couperont les oneilles. Mais, vas-tu m’écouter enfin ?

Stanislas : Mais votre excellence n’a encore rien dit.

Père Ubu : Comment, je parle depuis une heure. Crois-tu que je vienne ici pour prêcher dans le désert ?

Les Moments forts (32) Paul Lightfoot, Sol León et Hans van Manen au Palais Garnier (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 20 Novembre 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Première œuvre : Sleight of Hand. Chorégraphie, décors et costumes : Sol León et Paul Lightfoot. Lumières : Tom Bevoort. Musique : Philip Glass (le 2e mouvement de la Symphonie n°2). Sol León et Paul Lightfoot s’attachent à répondre au désir de Philip Glass (cf. Paroles sans musique, Philharmonie de Paris, coll. La rue musicale, 2017) : « J’aspirais à une musique très conceptuelle, alignée sur un théâtre, un art, une danse et une peinture eux aussi très conceptuels. Ma génération – Terry Riley, Steve Reich, La Monte Young, Meredith Monk, Jon Gibson et une douzaine d’autres compositeurs – écrivait et jouait de la musique pour le théâtre et la danse. Il s’était constitué une scène musicale qui, pour la première fois, égalait les univers de la peinture, du théâtre et de la danse. Le monde de la musique pouvait désormais proclamer : “Voici une musique qui accompagne l’art” ».

Des ailes suivi de Nocturne des statues, Patrice Maltaverne (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 19 Novembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Des ailes suivi de Nocturne des statues, Patrice Maltaverne, Z4 Editions, août 2019, 128 pages, 14 €

 

Le poète-éditeur (des éditions Le Citron Gare et du poézine Traction-Brabant) nous donne Des ailes dans le premier volet de cet opus publié chez Z4 dans la collection Les 4 saisons, dirigée par Pierre Lepère. Des ailes pour nous offrir un voyage au bout de la vie dans la dimension de l’actrice Dominique Laffin, décédée à l’âge de 33 ans, trop occultée aujourd’hui. Voyage au bout de la nuit : de la vie, tant cette actrice portait la vitalité à l’acmé de la perplexité véhémente. Les vers arythmonymes du poète Maltaverne, contrainte formelle en clin d’œil à la poésie d’Ivar Ch’Vavar (Pierre Ivart), forment le cadre de ces poèmes d’où l’Infini s’ébat à la fenêtre des mots, d’où le lecteur joue l’aventure mémorielle sur l’écran personnel des souvenirs (on demeure toujours nostalgique des films qui ont marqué le cinéma de notre vie) ou de l’imaginaire tiré par la manche pour prendre l’envol. Celui-ci est pris sans hésitation. Il suffit d’ailleurs de revoir l’un des entretiens avec l’actrice que nous offre encore de visionner Internet pour être aussitôt en phase avec le voyage que nous déroulent ici les mots de Patrice Maltaverne, embarqués sur les ailes d’un destin singulier, fatal.

Le Père, La Mère, Le Fils, Florian Zeller (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 19 Novembre 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Père, La Mère, Le Fils, Florian Zeller, Gallimard, octobre 2019, 240 pages, 16 €

 

Théâtre, topique du rêve

J’ai abordé la trilogie des pièces de Florian Zeller consacrées à la famille par ce qui en fait le centre du livre, c’est-à-dire le texte La Mère. J’ai procédé ainsi parce que j’ai moi-même écrit un texte sur la physionomie intime de la mère, et j’espérais être en résonance avec le sujet. Cependant, la comparaison s’arrête là car ce texte, à la fois naturaliste et onirique, faisant peut-être le saut du Songe de Strindberg jusqu’à la Hedda Gabler d’Ibsen, est très personnel à l’auteur. Il n’y aurait en commun que la crise à laquelle nous assistons. Crise qui se décrit comme une limite à la santé mentale de la mère, légèrement abusive avec son fils, et dont le psychisme semble marqué par des moments de perte de contrôle et de répétitions névrotiques.