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Recensions

La Constellation du Chien, Peter Heller (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 27 Août 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Babel (Actes Sud), Cette semaine

La Constellation du Chien, Peter Heller, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, Actes Sud/Babel, juin 2015, 416 pages, 10,20 € Edition: Babel (Actes Sud)

 

Juste avant la sortie de son adaptation cinématographique, envie de relire La Constellation du chien, le premier roman de Peter Heller, histoire de faire son propre cinéma, d’exercer sa propre imagination face aux mots de ce roman intense racontant la vie « dans le sillage d’un désastre ». Car c’est bien de cela qu’il s’agit, dans cette histoire d’après l’Apocalypse (au réchauffement climatique se sont successivement adjointes une grippe létale, puis une « maladie du sang » à mi-chemin entre le Sida et ebola, pour ce que l’auteur en écrit), de la vie, avant tout de la vie, comment elle persiste, obstinée, neuf ans après « la fin de toute chose », pour citer le narrateur. Certes, les truites ont disparu de cours d’eau devenus trop chauds pour elle ; certes, en ce Colorado, lorsqu’il est survolé dans un Cessna millésimé 1955, on voit surtout une forêt « brune […] tuée par les coléoptères, achevée par la sécheresse » - mais « il y a des parcelles d’arbres verts [;] ces parcelles verdoyantes s’étendent d’année en année. La vie est tenace si on lui montre ne serait-ce qu’un peu de soutien. » C’est le plus curieux dans ce roman que d’aucuns ont, avec un rien de paresse, comparé à La Route de Cormac McCarthy : il est violent au possible, la Mort semble la seule avec qui on puisse envisager de danser une dernière fois, surtout lorsqu’on en a été réduit à mettre fin aux souffrances de sa femme, et pourtant, il est aussi une ode à la Vie, avec des scènes incroyables de fusion avec la nature.

Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 26 Août 2026. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Cette semaine

Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles, Éditions Frémeaux & Associés, 240 pages, parution février 2026, 19,50 euros.

 

Écrire sur la musique rock, malgré ce qu’en disait Frank Zappa, ce n’est pas seulement pour Gilles Riberolles relater des rencontres avec les musiciens, c’est donner à lire ce que cette musique contenait de révolte, d’appel à la liberté, à la vie en somme pour une génération qui se sera ingéniée à abattre les normes d’une société trop rigide, campée sur des principes à dépasser. De Iggy Pop à James Brown, en passant par Bowie ou les Stones, Gilles Riberolles nous montre « combien l’esthétique peut être puissance de vie et d’émancipation », parce qu’il s’agit bien d’esthétique, née d’une volonté farouche de vivre plus près de soi et des autres, d’être en communion avec le vivant pour le sublimer

Ainsi l’auteur narre-t-il sa rencontre avec Frank Zappa, et chez ce musicien atypique, la volonté d’une esthétique est franchement affirmée, tant sa musique était pensée, élaborée, tout en laissant le champ livre à l’improvisation, et la recherche pour ce musicien n’était pas un vain mot. « Zappa n’était pas un juke-box, il était un laboratoire. » Gilles Riberolles rappelle que Zappa n’était pas seulement musicien, (il aura sorti plus de soixante albums) puisqu’il « a réalisé plusieurs films dont le célèbre 200 motels. Il aura moqué l’Amérique réactionnaire et fait tomber des barrières. A sa manière unique il aura émancipé les esprits et enrichi la musique ». Il faut compter parmi ses fans un certain Vaclav Havel qui a invité le musicien à Prague en 1990.

Combat toujours perdant, Michel Houellebecq (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Mardi, 18 Août 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Flammarion, Cette semaine

Combat toujours perdant, Michel Houellebecq, Flammarion

 

Nous oublions trop souvent qu'avant d'être un célèbre romancier, Michel Houellebecq s'est fait connaître en tant que poète. Ainsi, ses précédents recueils (dont le très beau Configuration du dernier rivage ainsi que La poursuite du bonheur, Renaissance) nous font découvrir une poésie romantique et désabusée souvent érotique. Dans ce dernier recueil, d'un rythme et d'une facture souvent très classique où les vers en alexandrins et les rimes s'entrecroisent pour donner à l'ensemble un style limpide, épris d’harmonie, Michel Houellebecq ne déroge pas à cette règle. L’écrivain reprend ses thèmes favoris : l'amour, l’humour, le sexe, la déchéance de l'homme et bien sûr la mort.

Heureusement, au creux de la plus grande noirceur, l’humour grinçant de l’écrivain n’est jamais loin. Tel en témoigne ce poème sous forme d’annonce immobilière où le cocasse rivalise avec le ridicule de la situation.

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban – 1935 – Folio – 288 pages – 9,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Samedi 8 décembre 1934, Édouard Blutoir est installé dans le café qui fait l’angle du boulevard Kellermann et de la rue de l’Amiral-Mouchez dans le 13ème arrondissement. Il regarde son canon de blanc en hésitant, la veille il s’était promis que ce serait le dernier. Il est ouvrier, tourneur-fraiseur, et fier de sa condition. Pourtant, il doit sa présence ici, à cette heure-là pour avoir perdu une main à la suite d’un accident du travail en octobre 1931 chez Gnome et Rhône. Infirme, ils l’ont jeté à la rue et néanmoins, dans l’âme, il appartient toujours à cette classe ouvrière dont il porte fièrement le couvre-chef : la casquette. Celle que mettent les bourgeois pour faire du sport, une casquette plate avec un bouton sur le dessus presqu’un signe de ralliement. Car c’est l’époque des rebuffades chez les ouvriers et l’on rêve d’une union solide des partis politiques de gauche. On est à la veille du Front Populaire. Et, c’est aussi l’heure de la course aux armements. La preuve, à condition d’être soumis, ce qui n’a pas été forcément le cas de Blutoir, on trouve facilement du travail dans les grandes usines métallurgiques de la région parisienne. On embauche à Villacoublay chez Bréguet, à Billanccourt chez Farman, chez Lorraine Dietrich à Argenteuil

Ghostfather, Éric Calatraba (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Ghostfather, Éric Calatraba, Ed. Melmac Noir

 

Si Los muertos, le précédent roman policier d'Éric Calatraba, se déroulant dans le sud de la France et en Espagne, était solaire et méridional, son deuxième ouvrage Ghostfather, est plongé dans une tout autre atmosphère, au cœur- même de la grisaille parisienne ou d’une ambiance pluvieuse et britannique.

Clément, un jeune guitariste français, un musicien prodige d'une vingtaine d’années va connaître un succès inespéré et va croiser sur sa route une chanteuse et parolière de talent : la jolie Isabel Ortega. À eux deux, ils forment un couple romantique et attachant.

Et aux côtés de ce jeune couple flamboyant, surgit un insolite protagoniste : la guitare de Clément, actrice omnisciente de ce roman musical, empreinte de grande sagesse et de tendresse à l'égard de Clément et de sa charmante Isabel :