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Recensions

Même les chiens, Jon McGregor

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 22 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Christian Bourgois

Même les chiens (Even the dogs). Trad. de l'anglais par Christine laferrière. 276p. 18€ . Ecrivain(s): Jon McGregor Edition: Christian Bourgois

 

Même les chiens est un grand livre, de ceux que l’on n’oublie pas. Il vient d’emblée se ranger dans ces moments de lecture qui nous changent pour un moment, pour longtemps, pour toujours sûrement. Il est aussi un de ces moments de découverte d’une écriture authentique, d’un rapport intense et minutieux à la langue. Il établit encore, s’il le faut, que l’écriture est toujours une toile qui se tisse serrée, complexe, entre un récit, des êtres et un rythme. Avec Jon Mc Gregor, il faut écrire rythmes, bien pluriel, tant son halètement narratif nous prend sans cesse à contrepied, de la langueur douloureuse des fantômes errants à la trépidation effrénée des récits de guerre ou aux trous de langage de l’addiction quand elle se brise sur le manque. Jon McGregor enferme chaque repli du désêtre de ses personnages dans une poétique de l’errance.


« Mike ne l’avait jamais arnaqué sur un coup sauf une fois, ou bien deux fois, et ça c’était différent ça ne

Des gosses montaient la cage d’escalier en criant et en cassant des bouteilles alors il est retourné de l’autre »

Une femme fuyant l'annonce, David Grossman

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 21 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil, Israël

Une femme fuyant l’annonce, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, Août 2011, 666 p. 22,50€ . Ecrivain(s): David Grossman Edition: Seuil

Ce n’est pas un livre, c’est un choc. Un bouleversement, un éboulis et une résurgence, ou si l’on préfère, un effondrement et une résurrection. Tous les mouvements de la vie, superbement traduits, une partition.

Ora est cette « femme fuyant l’annonce » de l’éventuelle mort de son second fils, Ofer, au cours d’une opération spéciale pour laquelle, sa période terminée, il s’est porté volontaire. Ora, qui avait prévu de faire une randonnée en Galilée avec lui décide alors d’engager le destin : sa manière à elle de repousser des deux mains la porte sur ce qu’elle refuse de voir advenir. Entraînant de force avec elle Avram, père caché d’Ofer qu’il a toujours refusé de voir, elle se lance dans une pérégrination au cœur de paysages sublimes, enchanteurs, paradisiaques, éclatant de couleurs, baptismaux : « (…) En Israël, les chemins émettent des sons que je n’ai entendus nulle part ailleurs (…) » dit Ora, alors qu’Avram lui répond « tu veux dire que (…) le langage germerait de la terre ? » (p. 504).

S’imaginant conjurer le sort en racontant la vie d’Ofer à son père, nouant le fil et tissant la trame, en le disant elle espère le protéger : tant que l’évocation d’Ofer planera sur leur randonnée, rien ne lui arrivera, il faut détourner de lui le mauvais sort :

Great Jones Street, Don DeLillo

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 19 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Actes Sud

Great Jones Street, 304 pages, 22 € . Ecrivain(s): Don DeLillo Edition: Actes Sud

Plus de 30 ans après sa publication, Actes Sud réédite le livre de Don DeLillo, Great Jones Street.

Bucky Wunderlick est une rock-star au sommet de sa gloire. Subitement, il décide d’abandonner son groupe en pleine tournée et de disparaître. Homme public, il aspire à une vie privée et se réfugie dans un petit appartement miteux sur la Great Jones Street du titre, dans l’East Village new-yorkais.

« Tu es sorti de ta légende pour te mettre en quête d’une liberté personnelle ».

Mais personne n’entend le laisser tranquille.

Le « pouvoir » de Bucky augmente. Plus il passe de temps dans l’isolement, moins il fait parler de lui, et plus il existe dans les médias et dans l’esprit du public. Sa présence devient encore plus intense que lorsqu’il arborait son costume de rock-star et écumait les scènes.

Les rumeurs vont bon train. Alors qu’il reste enfermé dans sa chambre à New York, il est aperçu dans différents endroits du monde. Certains l’auraient également vu donner des concerts.

Bucky en vient à changer de statut. Plus qu’une rock-star, Bucky apparaît comme un messie en herbe, un porte-parole, quelqu’un qui pourra donner aux gens du sens à leur vie. On attend de lui qu’il parle, qu’il délivre son message.

Sans amour, Pierre Pachet

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Denoël

Sans Amour, Denoël. 150 p. 13€ . Ecrivain(s): Pierre Pachet Edition: Denoël

Pierre Pachet est un homme à femmes. Dans ce récit !... A un point tel que la différence sexuelle même s’efface dans son écriture. Les premières pages de « Sans amour » font parler une narratrice – une vieille dame solitaire – qui dit « on » et, par un glissement presqu’imperceptible, un narrateur s’y substitue, un « je » dans lequel il est facile de reconnaître l’écrivain. L’identification aux vieilles dames seules – poussant caddie dans les grandes surfaces et portant des sacs de provisions trop lourds  pour elles avant  de rentrer chez elles manger seules ce qu’elles n’aiment même plus – est une subversion du regard habituel sur l’âge et sur le sexe. La solitude n’est pas le propre des femmes, des veuves : elle est la compagne obligée de l’un ou l’autre du couple dans l’accomplissement du vieillissement. Elle est rivée au destin des êtres.

Cependant les femmes hantent ce livre, « … Ce livre de ma solitude, que je ne pourrais pas écrire si quelqu’un vivait avec moi, avait à subir mes hésitations, ma curiosité indiscrète et incertaine ». Elles sont comme une ponctuation essentielle et consolatrice d’une vie. Depuis les beautés conquérantes et ravageuses de la jeunesse aux beautés complexes, lucides et rieuses de l’âge mûr ou de la vieillesse. Des corps triomphants et aimés aux corps « intouchés » qui s’abandonnent peu à peu. Des corps nus de l’amour aux corps nus de la mort. Pierre Pachet assume, comme une évidence, sa fascination pour ces « fantômes » qui ont été comme des havres de paix lui souhaitant, lui construisant, sa part de sagesse.

Oiseau de malheur, Johanna Sinisalo

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 17 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Actes Sud

OISEAU DE MALHEUR Editions « Actes sud » mars 2011 / 416 pages / 23 € . Ecrivain(s): Johanna Sinisalo Edition: Actes Sud

L’AUTEUR : Jeune auteur finlandais, Johanna Sinisalo, a déjà obtenu le « finlandia prize » pour « jamais avant le coucher du soleil ».

Où peut bien se trouver la cage de cet « oiseau de malheur » dans les fichiers d’Actes Sud ? Thriller ? Fantastique ? Rubrique écologie politique ? Roman d’amour ? A tour de rôle, ces genres ? ou, tous à la fois, en un mélange sucré / très salé ?
Ce qu’on entend d’abord, c’est le côté trek-book, à mi pente entre un « Petit futé » pour pieds agiles, et un « Guide du routard » à ne pas mettre dans tous les sacs…
On part en méga rando (non professionnels, s’abstenir) avec un couple (amoureux, en partant) de jeunes finlandais, s’élançant, non sur le G20 cher à nos randonneurs – moi, non compris – mais, là-bas, au bout du monde, dans une Tasmanie inconnue (juré) de tous les élèves…
Il faut plusieurs semaines pour espérer boucler l’affaire, avec un emploi du temps de psychorigide, un zeste de bagages (du genre : tout-doit-tenir-dans-le-mini-sac-à-dos-oui-ou-m----- !) ;