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Roman

Constellations, Éclats de vie, Sinéad Gleeson (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mardi, 06 Avril 2021. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, La Table Ronde

Constellations, Éclats de vie, Sinéad Gleeson, La Table Ronde, février 2021, trad. anglais, Cécile Arnaud, 304 pages, 22 € Edition: La Table Ronde

Constellations est l’épopée d’un corps, d’un corps souffrant et bataillant contre mille maux sans désarmer jamais, quoiqu’il soit souvent défait – mais toujours provisoirement. Monoarthrite et hanche en titane et en porcelaine, opérations multiples, césariennes, leucémie, kystes… Que le sous-titre soit Éclats de vie en dit long, même s’il est équivoque et suggère aussi que la vie vole en éclats, sur l’esprit, la vitalité et le courage de l’auteure – on songerait plutôt, à ne considérer que l’inventaire de ces maux, à éclats de mort.

Car Sinéad Gleeson ne nous en épargne aucun, ce qui fait de Constellations un livre âpre, dur et lourd – d’une lourdeur qui n’accable pourtant pas : quels que soient la précision de ses propos, les détails qu’elle livre et l’intensité des souffrances qu’elle exprime sans les atténuer, elle ne geint ni ne se plaint. Il semble plutôt qu’elle prenne acte de toutes les mésaventures qui arrivent à son corps, qu’elle en rende compte comme autant d’expériences, avec un mélange de distance et de proximité : elle raconte au plus proche de son corps, au plus serré de ses pores, de l’intérieur, mais avec une distance d’observatrice d’elle-même, de ses souffrances et de ses réactions.

La Maison du Belge, Isabelle Bielecki (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Jeudi, 01 Avril 2021. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La Maison du Belge, éditions MEO, février 2021, 232 pages, 18 € . Ecrivain(s): Isabelle Bielecki

 

Marina, la confidente, détient les clés du mystère d’Elisabeth du fait même de l’écoute car c’est grâce à elle qu’elle ne renoncera ni à écrire son histoire personnelle, ni à la poésie, importante pour cette slave aux origines russes lointaines mais prenantes, quand son amant, Ludo, l’invite en week-end à Moscou, conditionnée, in fine dans une sorte de faux bonheur entretenu comparativement à une enfance très négative : « Tout le week-end, je poursuis ma reconquête. Au bois oui, je vis enfin une enfance heureuse, aux côtés d’un adulte bienveillant, inconsciente de ma métamorphose ». De la même façon, il y a ainsi cette retenue par rapport à la douleur d’enfance : « Il est hors de question de ternir mon image de conquérante en confessant un statut d’enfant martyr ».

Ces éléments ayant trait à l’enfance s’avéreront en effet prépondérants pour le roman en vue d’écriture avec, en parallèle, un carnet confident dans lequel Elisabeth trace le sillage du vécu en cours. La prouesse de l’auteur consistera à mener ensemble le carnet, le roman et l’explication conceptuelle d’un roman précédent d’Isabelle Bielecki, Les mots de Russie.

Noir diadème, Gilles Sebhan (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 01 Avril 2021. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Le Rouergue

Noir diadème, Gilles Sebhan, janvier 2021, 192 pages, 18 € Edition: Le Rouergue

 

Gilles Sebhan, à cinquante-quatre ans, est l’auteur d’une œuvre variée, déjà importante et, osons le dire (les écrivains français contemporains méritant ce qualificatif ne sont pas si nombreux), inconfortable – comme en témoignent ses essais biographiques sur Genet (Domodossola, le suicide de Jean Genet, Denoël, 2010), Mandelbaum, et surtout Duvert à qui il a consacré deux livres (Tony Duvert, l’enfant silencieux, Denoël, 2010, et Retour à Duvert, Le Dilettante, 2015). Il a raconté dans un récit prenant son séjour en Egypte après la chute de Moubarak : si on met en parallèle sa Semaine des martyrs (Les Impressions nouvelles, 2016) et les Rêveurs d’Alain Blottière (Gallimard, 2012), on a une fine compréhension des déceptions et trahisons postrévolutionnaires sur l’autre rive de la Méditerranée. Salamandre (Le Dilettante, 2014), dont l’action se déroule dans le milieu des sex-shops parisiens et de la prostitution masculine, ne peut pas non plus laisser indifférent.

Noir diadème est un polar, le quatrième volume d’une tétralogie – pour l’instant – ayant pour titre général Le Royaume des insensés (ce titre s’éclaire peut-être dans une phrase du dernier chapitre) où réapparaît le personnage du lieutenant de police Dapper, flic scrupuleux mais sans ambitions de carrière à la vie personnelle tourmentée, c’est le moins qu’on puisse dire – mais il faut lire le cycle dans son ensemble pour le saisir.

Nœuds de vie, Julien Gracq (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 31 Mars 2021. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions José Corti

Nœuds de vie, janvier 2021, 164 pages, 18 € . Ecrivain(s): Julien Gracq Edition: Editions José Corti

 

Chemins et rues, Instants, Lire, Ecrire… Titres des quatre chapitres… La marche, promenade avec ou sans but, l’arrêt sur image qui rejoint le changement de perspective, la lecture et l’écriture qui s’en nourrissent et s’en abreuvent, sont quatre des chemins ouverts,  dénoués, renoués dans la pensée de Julien Gracq qui jamais ne se fige, mais s’ouvre sur un ailleurs attendu : « Si les changements à vue souverains de l’enfance devenaient notre sésame dans un monde qui s’ouvrirait une bonne fois sans y mettre pour condition de se fermer – d’une toute autre manière que la tranchée symbolique de la mer Rouge » (p.60).

Les routes rêvent de ne plus aller quelque part, la promenade se dénoue sur les chemins, comme une chevelure. Le basculement et l’aguet qui ne se disent pas, se font entre ce qu’on voit, et ce qui est donné à voir : « Dans le plaisir que j’ai éprouvé (…) lorsque par une porte clandestine, par un passage caché, un lieu attirant et familier débouche soudain pour nous sur un autre, insoupçonné, et plus attirant encore » (p.21), cette impression, cette sensation plus précisément d’un appel imminent, d’une promesse bientôt révélée.

Silhouettes de mort sous la lune blanche, Kââ (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 31 Mars 2021. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Table Ronde - La Petite Vermillon

Silhouettes de mort sous la lune blanche, Kââ, janvier 2021, 304 pages, 8,90 € Edition: La Table Ronde - La Petite Vermillon

 

Nous sommes dans les années 1980, un hold-up tourne mal, le narrateur et héros du polar, dont on ne citera jamais le nom, décide d’abattre son plus jeune complice qui tire à tout va comme un fou. Puis, il prend la poudre d’escampette avec son camarade Straub, qui se vide de son sang, et 250 millions de francs, laissant derrière lui deux autres de ses acolytes, les frères du gamin, les Vila. Commence alors l’histoire d’une cavale en Renault 5 Alpine lorsque les deux survivants décident de se lancer à la poursuite des fuyards pour venger leur frère et récupérer leur part du butin. En chemin, l’homme sans nom abat un autre de ses complices, Jérémie Detwiller, dont il s’amourache de la femme Corinne, née Hébertine Romano. Erich Straub souffrant le martyr mais toujours en vie, une force de la nature, Corinne amoureuse, le groupe part pour un temps se reposer en Auvergne où « sans nom » possède une maison. La petite troupe active ses réseaux d’information, ouvre les yeux, tend l’oreille, soigne Erich qui retrouve des forces et s’octroie un peu de bon temps.