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Roman

Alexandre Dumas en la Pléiade (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 18 Août 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, La Pléiade Gallimard, Cette semaine

Alexandre Dumas – La Reine Margot – La Dame de Monsoreau (I à III) (tome I) La Dame de Monsoreau (IV à V), Les Quarante-cinq – (tome II) - Editions de Sylvain Ledda – Bibliothèque de La Pléiade – Editions Gallimard – tome I : 1312 p. – 68 euros – tome 2 . Ecrivain(s): Alexandre Dumas Edition: La Pléiade Gallimard

 

« Mort à jamais ? Qui peut le dire ! » Il est difficile de se représenter comme un défunt celui dont la vitalité a stupéfié son siècle, celui dont Michelet écrivait qu’il était l’« une des forces de la Nature » et George Sand qu’il était « le génie de la vie ». Lui-même envisageait de pouvoir charmer la mort : « Elle me sera douce, disait-il, parce que je lui conterai une histoire. »

Album Alexandre DumasJulie Anselmini

Quelle belle manière inspirée d’entrer dans l’œuvre et la vie d’Alexandre Dumas ! Julie Anselmini nous offre une immersion de mots et d’images savantes et savoureuses, reprenant avec finesse ce qui fait le charme incomparable de Dumas, cet art de « conter des histoires », car sa vie et son œuvre sont une myriade d’histoires, que l’Histoire admire. La vie artistique, politique et amoureuse de Dumas est ici saisie avec la même allégresse qui irrigue les romans de l’écrivain que tout séduit et dont la réussite romanesque, est celle d’une légende, d’un monstre, au sens que l’on donnait au XVIe siècle à ce mot : un prodige, un miracle.

Voyage léger, Naomi Mitchison (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 17 Août 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Cette semaine

Voyage léger, Naomi Mitchison, traduit de l’anglais par (Écosse) par Maxime Le Dain, illustrations de Caroline Leibel, Callidor, « L’Âge d’or de la fantasy », mars 2026, 272 pages, 20 €

 

Une fois n’est pas coutume, occupons-nous du plumage avant le ramage et célébrons un nom qui apparaît dans les crédits du présent ouvrage : Cyril Terrier. C’est en effet ce monsieur qui est responsable du design graphique de couverture de Voyage léger, et son travail est admirable. À l’heure où le monde de l’édition se demande s’il n’est pas en train de vivre ses dernières heures, aux Éditions Callidor, on a décidé de rendre à l’objet livre toute sa grandeur, toute son élégance : couverture en fort carton avec un léger relief pour tout ce qui est doré, impression sur du papier qui, à mon avis, doit être du quatre-vingts grammes, mais avec un grain particulier, dans une police spécifique plus qu’agréable à la lecture, et, last but not least, décoration des tranches : de magnifiques dragons stylisés en orangé pour la supérieure et la latérale, la phrase qui donne son titre au roman pour l’inférieure. L’amie libraire à qui je l’avais commandé a été émerveillée en le recevant (je la soupçonne d’en avoir commandé depuis d’autres exemplaires…), et une jeune amie, à la fois graphiste et dyslexique, m’a déjà demandé de le lui prêter avec dans ses yeux bleus un éclat d’enfance que je lui connais bien.

Now, Gerry Feehily (par Mattia Bonasia)

Ecrit par Mattia Bonasia , le Mercredi, 08 Juillet 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques

Now, Gerry Feehily, KC Éditions, 2026. 293 pages, 21.00 euros

Le règne de l’image : corps, désir et identité dans « Now » de Gerry Feehily

Avec Now (KC Éditions, 2025), Gerry Feehily explore les formes du désir contemporain : la mode et sa métaphysique de l’éphémère. Rock, désir et drogue s’entrechoquent à travers les corps des mannequins et des créateurs qui circulent entre Londres, Paris, Rome, Tokyo ou New York, à la fin de l’ère Thatcher, entre la chute du mur de Berlin et l’épidémie de sida. Les protagonistes, qui évoluent dans le milieu de la haute couture, sont des images avant même de devenir des individus. La mode représente ainsi le modèle du monde décrit par le roman : le capitalisme ne produit plus seulement des objets, mais aussi des identités, des fantasmes et des formes de vie. À travers les relations changeantes entre photographes, mannequins et créateurs, l’auteur nous amène dans un univers où les corps sont constamment transformés en signes. Le mannequin Dave devient une surface de projection, une image consommable, une promesse de beauté, de jeunesse et de réussite. Alors qu’Amber, mannequine internationale reconnue partout mais étrangère à elle-même, incarne quant à elle cette contradiction : son visage appartient aux photographes, aux marques et aux hommes avant de lui appartenir. En effet, Now est un roman choral qui refuse un centre unique : chaque chapitre prend le nom du personnage placé au cœur du récit.

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 07 Juillet 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, USA, Le Livre de Poche

Les Oiseaux du temps, Amal El-Mohtar et Max Gladstone, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Julien Bétan, Livre de Poche, mars 2023, 216 pages, 8,70 € Edition: Le Livre de Poche

 

Sortons la grosse artillerie : Les Oiseaux du temps a valu à ses auteurs trois des principaux prix dans les domaines de la science-fiction et de la fantasy : le Nebula, le Locus et le Hugo. On peut ajouter à cela l’éloge de Ken Liu, auteur déjà célébré par deux fois ici : « L’une de ces rares histoires où l’on a du mal à décider s’il faut faire plus d’éloges sur sa structure et sa prose intelligentes ou sur ses idées et ses personnages brillants. »

Et que sont ces personnages ? Bleu et Rouge, deux combattantes temporelles non physiquement décrites, chacune au service d’un empire qui tâche d’obtenir la victoire absolue sur l’Histoire et donc le monde, Jardin et l’Agence, chacun désireux de voir se concrétiser ses « futurs prévus ». Rouge et Bleu voyagent d’un brin, d’un possible historique, d’une uchronie à peine effleurée, à l’autre, provoquant des guerres ou y mettant fin, parfois dans un bain de sang (ouverture du roman :

Jésus-la-Caille de Francis Carco (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Jeudi, 02 Juillet 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bouquins (Robert Laffont)

Francis Carco, Romans, édition établie et présentée par Jean-Jacques Bedu et Gilles Freyssinet, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2004, 1230 pages, 31 euros Edition: Bouquins (Robert Laffont)

 

On entre avec aisance dans Jésus-la-Caille, premier roman publié en janvier-février 1914 dans Le Mercure de France d’Alfred Vallette et Rachilde par Francis Carco qui deviendra ensuite, à l’instar de son presque exact contemporain Pierre Benoit, un écrivain à succès. L’efficacité narrative, la manière dont les principaux personnages sont introduits (Jésus-la-Caille, Pépé-la-Vache, le Corse, Fernande…) et dont l’intrigue est nouée (arrestation et emprisonnement de l’« homme » de la Caille, Bambou) rendent la lecture plaisante. On s’aventure dans un milieu (celui, montmartrois, des souteneurs, des « pierreuses » et des « jésus ») pour nous, à cent douze ans de distance, exotique. Il y a un dépaysement propre à provoquer la songerie, voire la nostalgie.

Une gêne, une frustration qui n’est pas tout à fait une déception apparaissent toutefois, cette visite des quartiers interlopes circa 1910 prenant vite un aspect « muséal ». On retrouve les contradictions du pittoresque (social et historique en l’occurrence) en littérature : il charme d’abord puis lasse par manque de profondeur, de consistance.