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Roman

Paolina - Mystères du Coperto des Figini, Iginio Ugo Tarchetti (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 13 Janvier 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Italie

Paolina - Mystères du Coperto des Figini, Iginio Ugo Tarchetti, Traduction : Elena Miraglia Lambert, Les défricheurs, 138 p, 15€.


Iginio Ugo Tarchetti (1839–1869) est un écrivain italien lié au mouvement de la Scapigliatura, une avant-garde littéraire et artistique née à Milan dans les années 1860. Anticonformiste et critique envers les valeurs religieuses et patriotiques du Risorgimento, il développe une œuvre marquée par le fantastique, le pessimisme et la satire sociale. Mort à trente ans, il laisse des romans, des poèmes et des récits qui annoncent les bouleversements esthétiques de la modernité.

La traductrice : Elena Miraglia Lambert, née à Turin, enseigne la littérature italienne entre l’Europe et l’Amérique latine. Elle s’intéresse à la Scapigliatura milanaise du XIXe siècle et a publié en 2024 dans la revue Daïmon une traduction française d'un texte d’Iginio Ugo Tarchetti.


Paolina :  figure intemporelle d’une condition féminine

Italo Calvino, Romans en La Pléiade (par Laurent Fassin)

Ecrit par Laurent Fassin , le Mardi, 06 Janvier 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Italie, La Pléiade Gallimard, Cette semaine

Édition d’Yves Hersant, textes traduits de l’italien par Yves Hersant, Christophe Mileschi, Martin Rueff et Roland Stragliati, bibliothèque de la Pléiade, Paris, éditions Gallimard, 2024. . Ecrivain(s): Italo Calvino Edition: La Pléiade Gallimard

Étroits sont les liens que réalisateurs et écrivains italiens entretiennent avec l’Histoire au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Italo Calvino ne se distingue pas en cela, lui qui a vu le jour en 1923 à Santiago de Las Vegas, à Cuba, et entrera sous le nom de « Santiago » dans la Résistance en rejoignant les Brigades communistes Garibaldi, groupe de partisans proches du parti, en 1944. Toutefois, ce n’est pas seulement l’Histoire, dont il est devenu l’un des témoins et acteurs, qui va guider ses pas ; mais bien plutôt la fiction : « L’attrait de la narration est une donnée première chez Calvino. Ce qu’il a révélé de son enfance, ce que l’on sait de ses lectures ou des premières pages qu’il a écrites l’atteste de toutes les manières possibles. Il a été fasciné par tout ce qui lui offrait le plaisir d’une histoire : livres d’images, films, récits.[1] »

Si « la résistance m’a mis au monde même comme écrivain [2]», déclarera-t-il au cours de sa carrière, un premier roman d’inspiration néo-réaliste, Le Sentier des nids d’araignée (1947), le voit délibérément prendre ses distances avec son existence propre. L’épreuve dont par chance il s’est tiré sain et sauf lui semble « pauvre, dérisoire », au regard de l’imagination qu’il sollicite aisément et dont il tire de vives satisfactions.

Datura, Leena Krohn (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 11 Décembre 2025. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Zulma

Datura, Leena Krohn, trad. Claire Saint-Germain, 256 p., éd. Zulma, oct.2025, 21,50€ Edition: Zulma

 

Leena Krohn (née en 1947 à Helsinki, écrivaine finlandaise, dont les œuvres sont traduites en de nombreuses langues), campe, dans son dernier livre intitulé Datura, le récit et la voix intérieure d’une narratrice asthmatique, en proie à de fréquentes crises de toux. La clé du roman de Leena Krohn réside dans le fait que la réalité du monde est sans cesse altérée, dans la vie courante et dans l’intimité. C’est ce qui va arriver à l’héroïne (jamais prénommée), quand sa sœur va lui offrir en guise de cadeau d’anniversaire une plante magnifique mais toxique, le datura aux « graines noires, en forme de minuscules reins » ; les hallucinations vont alors commencer ! Devenue secrétaire de rédaction d’un journal à sensations, Le Nouvel Anomaliste (quelque peu conspirationniste), la jeune femme va se familiariser avec l’occulte et le paranormal - sujets traités avec humour. La découverte de ce monde crypté, qui laisse le champ libre aux suppositions les plus inexpliquées et les plus loufoques, tient un peu de la franc-maçonnerie, dans la mesure où les expériences sont posées comme des énigmes à déchiffrer et qui changent le quotidien de la jeune éditorialiste.

Au pays de la fille électrique, Marc Graciano (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 10 Décembre 2025. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, En Vitrine, Editions José Corti

Au pays de la fille électrique, Marc Graciano, Ed. Corti, 149 p. 19 € . Ecrivain(s): Marc Graciano Edition: Editions José Corti

 

Nul doute que Graciano soit un lecteur passionné de Cormac McCarthy : l’enchaînement des coordonnées (et … et … et …), le récit déroulé dans un déplacement le long d’une route, l’affrontement à la violence la plus effroyable, la fascination pour les personnages perdus, marginaux, moitié fous, tout en un mot fait planer l’ombre du grand sudiste sur ce roman terrible, onyx étincelant. On croise aussi l’ombre de Claude Simon dans les phrases sinueuses et sans fin.

La patte propre de Graciano est assurément dans la longue trace indiciaire qu’il sème au long de sa route. Symptômes désolants d’une civilisation à l’agonie, déchets, laideur, haine. Éclairs de lumière dans des rencontres inattendues et pleines d’espoir. C’est notre monde, sur une ligne de crête, prêt à sombrer, avec peut-être encore quelques rares chances de se sauver. Chances ténues, redéposées dans des regards, des épiphanies, des ouvertures. Graciano les placent dans les lieux les plus étonnants : une gendarmerie ou un hôpital psychiatrique ou un chien.

L’Être et le roman – Lakis Proguidis (Par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Mardi, 09 Décembre 2025. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Cette semaine

L’Être et le roman – Lakis Proguidis – 2025 – Éditions du Canoë

 

Il était une fois dans le désert.

Il était une fois, aux confins de l’Iran, dans le lointain désert du Baloutchistan, un ingénieur qui construisait des routes. Dans la chaleur, le bruit et la sueur, il œuvrait, consciencieux et assidu, dix heures par jour, trente jours par mois ; ainsi va l’humain, se disait-il un matin comme les autres, alors qu’il roulait seul, réfléchissant croyait-il, à la suite de petits miracles que nécessite le déroulement d’un ruban d’asphalte de quatre cents kilomètres, là où, vingt ans avant, les cris des caravaniers se mêlaient aux blatèrements des chameaux. Un an plus tard, un ayatollah chasserait l’empereur du pays. Les routes interrompues s’ensableraient quelques mois. Mais l’ingénieur serait déjà loin, sa propre révolution accomplie depuis un an, surpris ce matin-là par l’embuscade qu’avaient tendue sous un soleil écrasant, un romancier et une vision : Gombrowitz et un Bédouin. Que sait-on des gens qui vont bouleverser nos vies à un recoin de librairie ou de dune ? Par définition, rien du tout, voici la beauté de l’histoire.