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Roman

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Avril 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallmeister, En Vitrine, Cette semaine

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller. Traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister, 536 p. 26,90 € . Ecrivain(s): Lance Weller Edition: Gallmeister

 

Lance Weller cette fois ne nous emmène pas sur les champs de bataille de la guerre de Sécession ou des guerres indiennes. De la grande guerre civile américaine, il sera question néanmoins dans ce roman, mais dans un narratif atténué par les années et porté par un vieux colonel nordiste privé de ses deux bras.

L’arc de ce roman, sa linéarité courbe, va de l’Anabase à la Catabase. Xénophon en metteur en scène ! De la montée vers un lieu perdu dans la montagne (c’est le nom même de la bourgade : Forsaken Heights) jusqu’à l’effondrement de ce lieu, comme pour un lever de rideau théâtral avant la chute – brutale - de ce rideau. Catabase, dans les épopées grecques, évoque la descente vers les Enfers. Lance Weller scande son roman comme une tragédie antique : ses quatre parties – la clef du jardin du roi, Anabase, Catabase, Le jardin du roi – sont les actes de sa pièce.

Les Cerfs-volants, Romain Gary (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 27 Avril 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Les Cerfs-volants, Romain Gary, Folio, octobre 1983, 384 pages, 10 € . Ecrivain(s): Romain Gary Edition: Folio (Gallimard)


C’est rare, mais ça arrive : ouvrir une critique par une dédicace. Alors j’y vais, puisque de toute façon, au risque de faire grincer les dents à mon aimable rédacteur en chef, je vais amplement déborder du cadre de la recension pour parler de moi, de mon rapport à ce livre, puis de la vie, enfin, tout ce qui s’imbrique et explose à la fois quand on a un livre fétiche. Dédicace, donc : à tous les élèves qui, depuis cinq ans, lisent Les Cerfs-volants en ma compagnie, au terme de deux années où nous avons cheminé ensemble dans la littérature, à ma façon, avec rime et raison, et en toute folie en même temps. À vous tous, garçons et filles, qui m’avez rendu des comptes-rendus de lecture où vous avez accepté cet exercice étrange : vous frotter à un roman, comme des allumettes, au risque de vous enflammer, et raconter ces étincelles devenues flammes plutôt que bêtement résumer le roman. Et à ceux et celles qui, ça me revient aux oreilles, parfois deux ou trois ans plus tard, parlent encore du roman que Smal leur a fait lire et qui les a bouleversés. Et à ceux et celles qui, puisque je m’y tiendrai jusqu’à la fin de ma carrière, liront à leur tour Les Cerfs-volants Je pourrais ajouter, et vous comprendriez, « À la mémoire ».

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 06 Avril 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, USA

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis, Le Bélial’, coll. « Une Heure-Lumière », août 2016, 112 pages, 9,90 €

 

Ken Liu est un auteur spécialisé dans le récit court de science-fiction, mais avec un talent rare pour transformer une brève histoire en une méditation sur l’un ou l’autre sujet, souvent notre rapport à nous ou à l’Autre, ou notre rapport au langage. Ainsi, je tiens la nouvelle Le Jardin de poussière pour l’une des plus belles réflexions qui soient relatives à ce qu’est l’art, à sa raison d’être dans l’Univers. Et le texte en coda de L’Armée de ceux que j’aime est une merveille absolue de prose poétique. Au passage, ajoutons que Ken Liu multiplie les procédés narratifs, comme s’il était à la recherche de l’expression ultime.

Pour L’Homme qui mit fin à l’Histoire, le procédé est celui du documentaire, avec une langue donc plutôt plate mais extrêmement précise, genre oblige ; cette longue nouvelle (ou ce bref roman – une novella, pour reprendre le terme anglo-saxon ?) se présente comme la retranscription fidèle des propos tenus par les participants à un documentaire du même titre que la nouvelle.

L’Avant-Poste, Dmitri Glukhosky (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 30 Mars 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Robert Laffont

L’Avant-Poste, Dmitri Glukhosky, trad. du russe par Raphaëlle Pache, Robert Laffont, février 2023, 368 pages, 22 € Edition: Robert Laffont

Dmitry Glukhovsky est un auteur russe en délicatesse avec le pouvoir en place depuis 2022 ; cela seul le rend sympathique. À la fois journaliste et auteur de romans de science-fiction, il tend à son pays un miroir sans nulle déformation, si ce n’est le grossissement de certains traits observables par toute personne honnêtement informée. Ce miroir, outre par son travail journalistique, il le tend au travers de romans dystopiques, se déroulant dans une Russie post-apocalyptique, dont les plus connus sont la série Métro (2033, 2034 et 2035). Ces trois romans, publiés entre 2005 et 2015, ont rencontré un succès phénoménal, tant en Russie qu’à l’international, faisant même l’objet d’une adaptation en jeu vidéo.

Ils ont pour personnage principal un certain Artyom, qui se transforme peu à peu en héros dans le métro moscovite devenu univers à part entière, renfermé sur lui-même puisque la surface est irradiée et peuplée de créatures monstrueuses – avec le vague espoir qu’existe une ville perdue au fin fond de l’ex-empire russe qui ait survécu, où l’on puisse respirer à l’air libre et cultiver des légumes. Tout le génie de cette série résidait dans la cosmogonie créée par Glukhosky, jusqu’à la confrontation entre des héritiers du nazisme et les tenants du communisme. Rien à redire.

Les tendresses de Zanzibar – Thomas Morales (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 26 Mars 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les éditions du Rocher

Les tendresses de Zanzibar – Thomas Morales – Editions du Rocher. – 128 p. – 14,90 euros – 04/03/26 . Ecrivain(s): Thomas Morales Edition: Les éditions du Rocher

« La beauté est cette secousse furtive, qui ricoche à l’infini, et dont l’effet va grossissant. J’ai aimé son nez légèrement déplacé, ses épaule rondes, ses mollets musclés et son pubis d’or. Ce ne sont là que des détails, des morceaux de chair qui, sans l’ensemble, la mécanique céleste, ne veulent rien dire. Il faut voir toute cette matière se déplacer, se mouvoir sans peiner, c’était un corps d’arpèges. »

Les tendresses de Zanzibar est à l’image de la beauté de l’aimée qui l’irise : furtive et infinie, il est nourri d’une mécanique romanesque céleste, c’est ce qui fait sa grâce et sa force. Ce roman d’amour est une lettre à l’aimée disparue, écrite d’une plume souple et légère, inspirée, gracieuse, un roman d’une rare profondeur, qui touche tant le cœur que l’esprit, et qui ne laissera insensible que les cœurs de pierre et les âmes lourdes. Les tendresses de Zanzibar raconte les années de joies, de bonheurs, de découvertes du narrateur et de son aimée, les années où les peaux et les mots s’aimantent. Les romans d’amours sont éternels, lorsqu’ils possèdent cette force tellurique, mais aussi cette fragile légèreté ; cette élégance d’être et de vivre qui dure une éternité, qu’elle qu’en soit l’issue, ici la maladie, fatale, mais qui ne détruit pas les histoires partagées, les instants dégustés, la passion vive et vivifiante.