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Roman

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Vendredi, 20 Février 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Livre de Poche

Les derniers Indiens, Marie-Hélène Lafon, Le livre de poche, 152 p. 7,90 € . Ecrivain(s): Marie-Hélène Lafon Edition: Le Livre de Poche

 

« Les Santoire vivaient sur une île, ils étaient les derniers Indiens, la mère le disait chaque fois que l’on passait en voiture devant les panneaux d’information touristique du parc régional des Volcans d’Auvergne, on est les derniers Indiens. »

La mère, c’est celle de Pierre, son préféré, mort prématurément d’un cancer généralisé, et de Marie et Jean, de quatre et cinq ans ses cadets. Quand la romancière livre l’histoire de la famille Santoire du point de vue de sa fille, la mère, veuve, est morte depuis longtemps mais elle n’a pas disparu, paradoxalement plus vivante ou du moins plus vivace que ses deux vieux enfants restés célibataires, gardiens d’un temple dans lequel les habitudes tiennent lieu de foi.

Car de la confiance en l’avenir, ils n’en ont pas sauf la certitude que leur destin est scellé dans ce constat de la mère : ils sont « les derniers Indiens », paysans du Cantal qui vivent dans leur ferme comme dans une réserve où la modernité de la fin du XXème et du début du XXIème siècle les a progressivement fait se reclure.

Le jardinier et la mort, Guéorgui Gospodinov, (par Gilles Cervera)

Ecrit par Gilles Cervera , le Jeudi, 12 Février 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est

Guéorgui Gospodinov, Le jardinier et la mort, Trad. du bulgare Marie Vrinat-Nikolov, 232 pp, 21,50 €

 

Soleil bulgare

Nous voilà dans le jardin le plus doux. Celui des quatre saisons et des gestes que les semaisons imposent. La mort du semeur y compris.

L’auteur, Guéorgui Gospodinov est bulgare et fils de son père, le jardinier qui est mort.

Il meurt en douceur. Au long d’un livre triste, mélancolique et joyeux comme des fleurs qui viennent au printemps, des fruits qu’on cueille à l’automne et l’odeur des terres, dans les mains, entre les ongles.

Gospodinov dit le deuil gai, le deuil doux, le deuil jardinier.

Énumération des maladies…. Mon père énumère ses maladies comme Homère les vaisseaux dans le Chant II de l’Iliade ou comme il décrit la fabrication du bouclier d’Achille au chant XVIII.

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans Roman, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Gallimard, En Vitrine

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 05 Février 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Des femmes. Toutes. Mireille Diaz-Florian Éditions du Palio [148 p.] 18€

 

Des Femmes. Toutes, de Mireille Diaz-Florian, ne relève pas du simple récit de filiation, mais d’une traversée expérimentale de l’outre-tombe, où l’écriture se constitue en tombeau scriptural. L’ouvrage engage une poétique de la mémoire qui excède l’autobiographie pour inscrire l’histoire familiale dans une réflexion plus large sur la transmission, la condition féminine et les puissances performatives du langage.

Le récit s’ouvre sur une situation liminaire : l’accompagnement de la narratrice auprès de sa mère mourante. Cette scène inaugurale produit un télescopage du temps narratif. Le présent y est suspendu, ouvrant un espace intermédiaire où la mémoire devient mode d’existence. Dans cette zone de porosité temporelle, la narratrice et la mère continuent de « vivre » par la remémoration, là où le corps, entravé par la souffrance, ne le permet plus. Le texte adopte ainsi une temporalité stratifiée, dans laquelle le passé n’est pas révolu mais activé, rendu opérant.

Les Hors Nature, Rachilde (Par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 03 Février 2026. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Les Hors Nature – Rachilde – Editions Le Chat Rouge – Préface de Gérald Duchemin – Illustrations de Sarah Elie Fréhel - 400 p. – 23,90 euros – 8 janvier 2026.

 

« Notre provinciale monta à Paris, et se fit un nom de ce « Rachilde », comme d’autres avaient, en leur temps, hissé un étendard à deux syllabes. Rachilde comme Stendhal. Rachilde comme Molière. Rachilde comme Voltaire. Rachilde comme Racine.

Encouragée par Victor Hugo lui-même, elle se donna l’orgueil d’écrire en future professionnelle. »

Rachilde et l’Histoire-Monstre des frères épicènes – Gérald Duchemin.


« Le cabinet de toilette de Paul-Éric de Fertzen, somptueux comme un boudoir de reine, était ouaté de portières égyptiennes, où rutilaient, sur un fond d’azur assombri, un ciel reflété par le Nil au crépuscule, les lourds scarabées d’or. Il se meublait d’un grand lavabo de marbre vert et d’une vaste armoire, en bois de cèdre, travaillée à jouir, ornée de volutes de nacre dont les pâleurs translucides donnaient l’illusion de la voir peu à peu s’envelopper d’un rayon lunaire. »