Identification

Iles britanniques

Le Grand jeu, Graham Swift (par Catherine Dutigny)

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 08 Mars 2021. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Le Grand jeu, janvier 2021, trad. anglais, France Camus-Pichon, 192 pages, 18 € . Ecrivain(s): Graham Swift Edition: Gallimard

 

La magie des mots et des souvenirs

« I’ve looked at life from both sides now

From win and lose and still somehow

It’s life’s illusions I recall

I really don’t know life at all »

La ballade Both Sides Now écrite et composée par la chanteuse canadienne Joni Mitchell, qui parle des rapports illusoires que l’on peut entretenir avec la réalité, et dont l’écrivain britannique Graham Swift cite un extrait en épigraphe de son roman Le Grand jeu, illustre parfaitement le propos de cette histoire d’un trio amoureux qui se déroule en Angleterre entre 1959 et 2009.

À rude épreuve (La Saga des Cazalet II), Elizabeth Jane Howard (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 29 Janvier 2021. , dans Iles britanniques, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, La Table Ronde

À rude épreuve (La Saga des Cazalet II), Elizabeth Jane Howard, La Table ronde, octobre 2020, trad. Cécile Arnaud, 608 pages, 24 €

 

Au temps du Blitz

Tout d’abord, voici l’arbre généalogique du premier tome de La chronique des Cazalet, Étés anglais, d’Elizabeth Jane Howard (1923-2014). Les deux arrière-grands-parents, William Cazalet (le Brig) et Kitty Barlow (la Duche), ont engendré quatre enfants : Hugh, époux de Sybil Carter, parents de Polly, Simon, William ; Edward, époux de Viola Rydal, à leur tour parents de Louise, Teddy, Lydia, Roland ; Rachel, restée célibataire ; Rupert, mari de Zoë Headford, qui ont eu Clarissa, Neville, Juliet. L’autre famille, Raymond et Jessica Castle sont parents d’Angela, de Nora, de Christopher et de Judy. Ce petit monde de la classe moyenne est servi par treize domestiques, plus une préceptrice. Comme il est indiqué dans la préface, le premier tome Étés anglais « s’achevait en 1938 avec le discours de Chamberlain à son retour de Munich – “la paix dans l’honneur” ».

La vérité des masques, Essais et aphorismes, Oscar Wilde (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 08 Janvier 2021. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Rivages poche

La vérité des masques, Essais et aphorismes, octobre 2020, trad. anglais, Jules Cantel, François Dupuigrenet, 368 pages, 9,70 € . Ecrivain(s): Oscar Wilde Edition: Rivages poche

 

Éloge et dithyrambe : le critique en esthète

Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde, dit Oscar Wilde, né le 16 octobre 1854, fut un des dramaturges les plus en vue de Londres. Condamné à deux ans de travaux forcés pour « grave immoralité », il mourut dans le dénuement à Paris, en 1906, à l’âge de 46 ans. Son ouvrage, La vérité des masques, Essais et aphorismes, est conçu comme une sorte de bréviaire critique, présenté ici dans la traduction historique de Jules Cantel et dont François Dupuigrenet Desroussilles, chartiste, a assuré la direction, la préface et traduit le chapitre des Maximes. Ces Maximes à l’usage des jeunes gens et pour l’instruction des personnes instruites sont rédigées sur un ton caustique. « Tout et son contraire » serait l’adage adopté par Wilde pour ses aphorismes brillants, traités sur un mode faussement désinvolte. Les vérités pratiques de l’opinion, c’est-à-dire les idées reçues, les stéréotypes, sont dévidés sous le rouet de la langue irrévérencieuse du grand auteur irlandais.

La Reine des souris, Camilla Grudova (par Delphine Crahay)

Ecrit par Delphine Crahay , le Mercredi, 06 Janvier 2021. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Table Ronde

La Reine des souris, Camilla Grudova, novembre 2020, trad. anglais, Nicolas Richard, 48 pages, 5 € Edition: La Table Ronde


Au début, cela ressemble à une histoire d’amour comme les autres : rencontre à l’université, passion commune – pour le latin –, mariage précipité sans l’accord des parents, entre-soi amoureux… Il ne faut pourtant que quelques pages pour sentir que quelque chose cloche, coince, grince. L’entre-soi est presque un huis clos, tant la narratrice et Peter semblent éloignés du monde ; l’appartement où ils habitent se trouve au-dessus d’une épicerie fermée dont les stocks rancissent et moisissent, comme leur amour ; Peter est sujet à de drôles de manies – notamment celle qui remplit l’appartement de parapluies trouvés dans le cimetière où il travaille… Il faut enfin considérer le ton détaché, presque froid, avec lequel la narratrice raconte, de manière factuelle et distanciée, cet amour, comme une dissonance de plus. S’installe ainsi une atmosphère étrange et morbide, l’air de rien, comme si tout était parfaitement normal.

Du côté de Canaan, Sebastian Barry (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 05 Janvier 2021. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Du côté de Canaan (On Canaan’s Side, 2011) traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, 331 p. . Ecrivain(s): Sebastian Barry Edition: Folio (Gallimard)

Sebastian Barry est irlandais jusqu’au bout des doigts. Et de la plume. Ses héros de Des jours sans fin, empêtrés dans les guerres sanglantes de l’Amérique, gardaient tous deux la terre d’Irlande à la semelle de leurs bottes. Et dans le roman qui nous occupe, c’est encore ce pont historique entre l’Irlande et les États-Unis que la narration traverse, aux côtés de la vieille Lilly.

Lilly est la narratrice ou, plus exactement, la plume de Sebastian Barry car elle ne se contente pas, à 89 ans, de raconter son histoire mais elle l’écrit, sur un carnet de notes, assise à une table en formica rouge. C’est donc ce récit écrit que nous lisons, ce qui donne une puissance toute particulière à ce roman car l’écriture de « Lilly » donne « du temps au temps » et permet des exercices de style virtuoses, dont on sait que Barry est friand. Les souvenirs, irlandais, puis américains, de cette « oie sauvage »*, déferlent en un flot lent, méandreux, d’une précision mnésique parfaite. La force narrative de Barry tient essentiellement dans ce style, en phrases longues, souvent très longues, mais toujours animées d’un grand dynamisme intérieur et d’une parfaite clarté. Cette écriture ample serpente autour du récit de Lilly, lui fait un précieux écrin, rend les événements saillants quand ils viennent interrompre momentanément le fleuve narratif.