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Iles britanniques

Les aventures d’Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 26 Janvier 2024. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Les aventures d’Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll, Grasset Jeunesse, octobre 2023, trad. Henri Parisot, ill. Nicole Claveloux, 92 pages, 25 € Edition: Grasset

 

Ici, il n’arrive jamais rien. Jamais, il n’y eut un lieu pareil pour ne point faire se produire les choses.

Où se produisent donc les choses ? Allons au pays des merveilles, là où le « sommeil a son monde à lui » et qui est « parfois aussi vrai que l’autre ».

Lewis Carroll, Journal, 9 février 1856.

 

Alice au pays de Nicole Claveloux

Nicole Claveloux (illustratrice née en 1940, plusieurs fois récompensée, Prix Fauve d’honneur et Artemisia du matrimoine) a magnifiquement illustré ce grand classique de Lewis Carroll (1832-1898), Les aventures d’Alice au pays des merveilles.

Robinson Crusoé, Daniel Defoe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 17 Janvier 2024. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche, En Vitrine, Cette semaine

Robinson Crusoé, Daniel Defoe, Le Livre de Poche, trad. Petrus Borel, 370 pages, 5,20 € . Ecrivain(s): Daniel Defoe Edition: Le Livre de Poche

Moi, pauvre misérable Robinson Crusoé, après avoir fait naufrage au large durant une horrible tempête, tout l’équipage étant noyé, moi-même étant à demi mort, j’aborde à cette île infortunée, que je nommai l’Ile du désespoir ;

 

Il est parfois des héros romanesques ou poétiques qui s’évadent du seul territoire de la littérature pour entrer de plain-pied dans l’imaginaire collectif, devenant ainsi mythème, élément d’élaboration d’une mythologie d’une partie du monde. Emma Bovary, Jean Valjean, Hamlet, Tristan et Yseut, pour n’en citer que quelques-uns. Robinson Crusoé en fait évidemment partie, d’une façon particulièrement éclatante : il est même entré dans les vocabulaires occidentaux. Un robinson, une robinsonnade, robinsonner dit-on pour désigner ce qui a trait à la solitude dans la nature, l’ermitage absolu. C’est dire bien sûr à quel point Robinson est un héros fabuleux mais c’est dire aussi à quel point il est réduit à une seule dimension, le naufrage-la solitude-la survie, qui est loin d’être ni la seule, ni la plus importante.

Le Livre de la jungle, Rudyard Kipling en La Pléiade (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 09 Novembre 2023. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Pléiade Gallimard

Le Livre de la jungle, Rudyard Kipling, Bibliothèque de La Pléiade, Gallimard, septembre 2023, 944 pages, 60 € Edition: La Pléiade Gallimard

 

Une cosmogonie anglo-indienne

Ce magnifique tirage spécial, illustré du Livre de la jungle de Rudyard Kipling (1865-1936. Prix Nobel de Littérature en 1907), est enrichi par de talentueuses illustrations de John Lockwood Kipling, le père de l’écrivain, et aussi par l’auteur du Livre de la jungle en personne, en plus d’un ensemble iconographique conçu par divers artistes, en lien avec les canons esthétiques de différentes époques s’étendant de 1903 à 1945.

Cette célèbre et merveilleuse saga commence par l’éducation du jeune Mowgli, traqué par Shere Khan, le tigre boiteux (un signe négatif : boiteux comme le diable), courant se réfugier dans la tanière d’une famille de loups. Tels Romulus et Rémus, Mowgli est allaité par Mère louve.

Le Magicien, Colm Tóibín (par Jacques Desrosiers)

Ecrit par Jacques Desrosiers , le Mercredi, 12 Juillet 2023. , dans Iles britanniques, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman, Grasset

Le Magicien, Colm Tóibín, Grasset, août 2022, trad. anglais (Irlande), Anna Gibson, 608 pages, 26 €

 

Cette biographie de Thomas Mann est en fait un roman qui raconte sa vie sur un rythme trépidant en l’émaillant de suspenses. Au revers de la médaille, des chapitres entiers accumulent les péripéties, beaucoup fabriquées de toutes pièces par l’auteur, avec de longues conversations et la description rapprochée de situations intimes. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui une exofiction. À cela près qu’elle est assise sur une masse de recherches, comme le montre la bibliographie que Tóibín a annexée à la fin. On lui fait confiance sur le tableau qu’il brosse de l’Allemagne à l’approche du 20ème siècle et de l’adolescence de Mann à Lübeck, que sa mère brésilienne quittera à la mort de son mari pour Munich, où Mann commencera à publier et rencontrera la riche Katia Pringsheim. Sur les mille contrariétés de son exil aux États-Unis et les contacts avec la Maison-Blanche. Sur l’épreuve finale, où Tóibín nous fait voir combien l’écrivain a gardé intacte jusqu’à ses derniers jours son admiration pour la musique, capable d’atteindre une pureté impossible en littérature où il faut se salir les mains. Tóibín suit à la trace cette chronologie d’une vie secouée par les coups de tonnerre des deux guerres mondiales dans un style neutre et réaliste.

Silas Marner, Le tisserand de Raveloe, George Eliot (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 08 Juin 2023. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Silas Marner, Le tisserand de Raveloe, George Eliot, Folio, janvier 2023, trad. anglais, Pierre Leyris, Alain Jumeau, 368 pages, 9,20 € Edition: Folio (Gallimard)

Au dix-neuvième siècle, deux George se partagent la renommée littéraire : Sand, la Française, et Eliot, l’Anglaise, et la seconde admirait l’œuvre de la première. D’ailleurs, à certains égards, cette admiration transparaît dans Silas Marner (1861) : il y a de La Mare au diable et de La Petite Fadette, ces beaux récits ruraux publiés quatorze et douze ans auparavant, dans cette évocation d’une rude campagne anglaise où la solitude et l’habitude semblent la règle, et que survienne une belle exception à cette règle !

Reprenons. Silas Marner est le troisième roman de George Eliot, qui vient de rencontrer le succès critique et public avec Le Moulin sur la Floss juste un an auparavant : à cette vaste fresque d’un amour tragique succède un récit plus bref, resserré, dont les quelque deux cents premières pages manuscrites effrayeront l’éditeur lorsque l’autrice les lui enverra – trop sombres, trop tragiques. Ses craintes s’avéreront vaines : le troisième tiers de Silas Marner est lumineuse, comme cela advient régulièrement dans le roman anglais du dix-neuvième siècle ; aux Français les fins désespérantes, aux Anglais la rédemption finale.