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Iles britanniques

Rome sous la pluie (Beard’s Roman Women), Anthony Burgess (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 05 Février 2025. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Découverte

Rome sous la pluie (Beard’s Roman Women), Anthony Burgess, Editions La Découverte, trad. anglais, Georges Belmont, Hortense Chabrier, 165 pages Edition: La Découverte

 

Loin, très loin des amateurs de cartes postales. La Rome de Burgess est désespérante, inondée de pluies continuelles, sombre, peuplée de personnages douteux et de fous dangereux. Beard, le héros du roman, y trace une route erratique dans les ruelles du Trastevere et dans les abysses de sa vie personnelle. Leonora, sa femme, y meurt dans les premières pages de cirrhose du foie, ouvrant sous ses pas le gouffre d’une dérive incontrôlable. Enfin, il paraît qu’elle meurt, ce qui semble contredit par les coups de téléphone et les messages qu’il reçoit d’elle.

Burgess est un écrivain de la démesure, on le sait avec Orange Mécanique et Les puissances des ténèbres. Le souffle rabelaisien qui anime ses personnages emporte tout sur son passage. La Rome baroque fait écrin à ce roman qui ne l’est pas moins, une Rome disséquée, photographiée (en biais), détestée, injuriée et… grande parce que folle comme les fous du roman.

Du fil à retordre, Michelle Gallen (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 04 Février 2025. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Joelle Losfeld

Du fil à retordre, Michelle Gallen, éditions Joëlle Losfeld, janvier 2025, trad. anglais (Irlande), Carine Chichereau, 352 pages, 25 € Edition: Joelle Losfeld

 

Une histoire irlandaise

Dans son nouveau roman, Du fil à retordre (Factory Girls), Michelle Gallen campe le portrait de Maeve, née en 1994 dans une petite ville de l’Irlande du Nord, qui s’exprime dans un idiome populaire anglo-irlandais, lequel forme une sorte de sociolecte qui permet de combattre l’anglais institutionnel. Le ton enlevé, revanchard mais spirituel est émaillé de propos non dénués d’humour (noir) permettant à la jeune fille de résister, de braver l’altérité, l’adversité (…) « ça lui foutait la gerbe de la voir fringuée comme ça, avec sa jupe droite beige et son chemisier en dentelle couleur crème. Putain, un chemisier ! Sûr que c’était sa mère qui l’avait habillée ». Brutalité rime avec précarité dans cet univers très dur. Le problème irlandais est évoqué sans ambages : « Et les frontières, ça a besoin de soldats. Plus y sont jeunes, plus y sont naïfs. C’est pour ça que les Rosbifs filent des armes à des gamins. L’IRA fait pareil. Parce que ça marche ».

La Tempête (The Tempest), William Shakespeare (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 27 Novembre 2024. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre, Les Belles Lettres

La Tempête (The Tempest), William Shakespeare, Les Belles-Lettres, 2023, nouvelle trad. Éric Sarner, édition bilingue de Florient Azoulay, Yan Brailowsky, 268 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): William Shakespeare Edition: Les Belles Lettres

« Quoi de neuf ? – Shakespeare ! ». Derrière la formule facile pour journaliste en manque d’inspiration se cache une réalité profonde : la capacité de Shakespeare à s’adresser aux lecteurs de tous les pays et toutes les époques : Shakespeare for All Time, suivant le titre du beau livre de Stanley Wells, même s’il faut admettre qu’une partie de son théâtre (les pièces historiques) demeure peu lue hors d’Angleterre et même si, inexorablement, le temps fait son œuvre et éloigne la « culture » des Modernes de celle que déployait le dramaturge dans ses œuvres (on y reviendra).

Autant qu’on puisse le savoir avec certitude, La Tempête est probablement la dernière pièce qu’il écrivit seul, vers 1610-1611, avant son énigmatique retrait à Stratford. De manière curieuse, cette ultime pièce qui ne ressemble à aucune autre ouvre l’édition in-folio de son théâtre, publiée en 1623. De nombreuses théories, allant de la reconstruction à peu près vraisemblable au délire intégral, ont prétendu résoudre le « mystère » Shakespeare, si mystère il y a. Comme toute œuvre baroque, et au fond peut-être comme toute œuvre littéraire, La Tempête est à la fois la somme de plusieurs sources livresques et un ensemble qui dépasse cette somme :

Intermezzo, Sally Rooney (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Lundi, 25 Novembre 2024. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Intermezzo, Sally Rooney, Gallimard, Coll. Du monde entier, septembre 2024, trad. anglais (Irlande), Laetitia Devaux, 464 pages, 22 € Edition: Gallimard

 

Deux frères, que tout oppose, Péter et Yvan Koubek, se retrouvent après des années d’éloignement pour enterrer leur père. Peter, le frère aîné, trente-deux ans, est un avocat apprécié qui sait briller en société. C’est un séduisant beau parleur aux multiples conquêtes féminines. Yvan, au contraire, de dix ans son cadet, est un peu autiste et se montre très maladroit en société. En revanche, ce dernier est un brillant joueur d’échecs qui fascine par sa profondeur et sa pensée logique.

Malgré leurs différences, tous deux éprouvent un sentiment de vertige et de vacillement à la mort de leur père. Peter, évoquant son père, se dit en lui-même : « il n’était même pas vieux, les gens ne cessaient de le répéter, à peine soixante-cinq ans, Peter a atteint la moitié de cet âge trente-deux ans et-demi. Selon ce calcul, il en est presque à la moitié de sa vie ». Et Yvan, songeant à son père, profère : « Une personne morte n’existe plus qu’en pensée. Et si elle n’existe plus en pensée, là, elle a vraiment disparu. Si je ne pense pas à lui, c’est comme s’il disparaissait une seconde fois ».

Terre Fragile, Claire Fuller (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Octobre 2024. , dans Iles britanniques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Stock

Terre Fragile, Claire Fuller, éd. Stock, Coll. La Cosmopolite, janvier 2024, trad. anglais, Mathilde Bach, 379 pages, 23 € Edition: Stock

 

As-tu déjà ressenti cela, dans une librairie par exemple, la sensation qu’un livre t’observe plus qu’un autre, il t’attend ou te tend la main, et qu’il a ce pouvoir-là. De rendre le sol instable au point de te faire chavirer. Il a un message pour toi. Parce que justement celui-ci, tu ne l’as pas choisi. Ton existence interceptée par une autre existence. Et la confiance que l’acte de lire amplifie. Terre Fragile est venu à moi avant sa parution. C’est un bouquiniste qui me l’a offert, l’éditeur le lui a adressé mais il m’avoue qu’il n’a plus le temps de lire. Ce sont les épreuves non corrigées, trente-cinq chapitres, la couverture encore blanche, la quatrième de couverture non rédigée. Claire Fuller. Lire en français un roman traduit de l’anglais, je refuse poliment. Un roman inédit puisque hormis le cercle de l’obstétrique du livre, je suis la seule à pouvoir le lire. Je parcours la page des remerciements et c’est la voix de l’auteure qui me séduit. Un livre ne se refuse pas, même poliment. J’accepte.