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Iles britanniques

Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La Table Ronde, En Vitrine, Cette semaine

Fonseca, Jessica Francis Kane, traduit de l’américain par Mona de Pracontal pour La Table Ronde 2026. 260 p. Edition: La Table Ronde

 

Roman troublant, inattendu, dérangeant par sa faculté à dépayser aussi bien par le paysage géographique que dans le paysage littéraire, Fonseca est un grand livre. De la situation de départ jusqu’au terme du séjour improbable de Penelope et de son fils Valpy dans une bourgade (imaginaire ?) du Mexique dans les années 50, rien, jamais, n’est prévisible.

Imprévisibles, les personnages le sont tout autant que les événements. Cette mère enceinte qui embarque d’Angleterre avec son fils de 5 ans pour un quelque part au Mexique dans une quête improbable d’héritage. Ces deux vieilles femmes, deux sœurs alcooliques, qui les accueillent dans une demeure peuplée de gens sortis d’on ne sait où et de fantômes qui errent dans les couloirs. Une cour de prétendants (qui eux aussi prétendent à « l’héritage ») composée de doux dingues aux trajectoires aussi éberluantes que celles des personnages de Gabriel Garcia Marquez.

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 31 Août 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Autrement, Cette semaine

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West, traduit de l’anglais par Micha Venaille, Autrement, octobre 2025, 192 pages, 17 € Edition: Autrement

 

Vita Sackville-West est une autrice discrète dans l’histoire de la littérature anglaise, qui sera bientôt plus connue pour avoir été l’amante de Virginia Woolf que pour son œuvre propre. Bien que cette situation sentimentale ait occasionné une petite merveille : Woolf lui ayant interdit d’écrire une quelconque fiction, Sackville-West s’est tournée vers son autre passion, le jardinage, et a rédigé un très beau Journal de mon jardin, dont nous parlerons peut-être un jour ici. Toujours est-il que, Dieu nous en garde, l’interdit de Woolf fut un jour levé, que l’œuvre de Sackville-West a continué, développant encore et toujours un même et unique thème, ce pour quoi d’aucuns pourraient la tenir pour mineure : dans un monde aristocratique corseté, l’avènement d’une révélation, une soudaine et souvent tendre mise à nu des sentiments, que l’on retrouve dans Toute passion abolie (son chef-d’œuvre lumineux), Ceux des îles ou encore Grand Canyon (déjà évoqué ici). D’un style plus précis que précieux, Sackville-West observe ses contemporains, la société dans laquelle elle évolue, et les imagine libres, ne fût-ce que de dire ce qu’ils ressentent ; c’est d’une sobre beauté, et quiconque est tombé sous le charme de l’écriture de Sackville-West ne peut que la célébrer de creuser non pas le même sillon, mais le même champ, histoire de voir ce qui va pousser dans ce terreau typiquement anglais.

Now, Gerry Feehily (par Mattia Bonasia)

Ecrit par Mattia Bonasia , le Mercredi, 08 Juillet 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Now, Gerry Feehily, KC Éditions, 2026. 293 pages, 21.00 euros

Le règne de l’image : corps, désir et identité dans « Now » de Gerry Feehily

Avec Now (KC Éditions, 2025), Gerry Feehily explore les formes du désir contemporain : la mode et sa métaphysique de l’éphémère. Rock, désir et drogue s’entrechoquent à travers les corps des mannequins et des créateurs qui circulent entre Londres, Paris, Rome, Tokyo ou New York, à la fin de l’ère Thatcher, entre la chute du mur de Berlin et l’épidémie de sida. Les protagonistes, qui évoluent dans le milieu de la haute couture, sont des images avant même de devenir des individus. La mode représente ainsi le modèle du monde décrit par le roman : le capitalisme ne produit plus seulement des objets, mais aussi des identités, des fantasmes et des formes de vie. À travers les relations changeantes entre photographes, mannequins et créateurs, l’auteur nous amène dans un univers où les corps sont constamment transformés en signes. Le mannequin Dave devient une surface de projection, une image consommable, une promesse de beauté, de jeunesse et de réussite. Alors qu’Amber, mannequine internationale reconnue partout mais étrangère à elle-même, incarne quant à elle cette contradiction : son visage appartient aux photographes, aux marques et aux hommes avant de lui appartenir. En effet, Now est un roman choral qui refuse un centre unique : chaque chapitre prend le nom du personnage placé au cœur du récit.

Klara et le Soleil, Kazuo Ishiguro (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 26 Mai 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Klara et le Soleil, Kazuo Ishiguro, traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch, Folio, février 2023, 432 pages, 10 € Edition: Folio (Gallimard)


C’est subtil au début, Klara et le Soleil, et on craint même de s’embêter, mais Ishiguro intrigue, laisse transparaître les indices d’un récit qui va éclore, voire déborder de son cadre bien sage pour dire le monde. Ah, oui, on oubliait : Ishiguro, loin des Vestiges du jour, fraie avec la science-fiction, comme il l’avait fait de magistrale et émouvante façon avec Auprès de moi toujours, et Klara et le Soleil va à son tour faire l’objet d’une adaptation cinématographique – ce qui est toujours une bonne excuse pour parler d’un roman, surtout si le film n’est pas encore sorti, d’autant que le roman oblige le lecteur à se confronter à une singulière géométrie spatiale – et que bien souvent, on préfère ce que notre cerveau conçoit à partir de quelques annotations subtiles à ce que le cerveau d’un autre, aussi talentueux et hollywoodien soit-il, en conçoit.

De quoi parle-t-on ? D’étranges « boîtes » qui soudain subdivisent l’espace en trois dimensions, imposant parfois, de l’une à l’autre, d’improbables changements climatiques ou de bouleversantes modifications d’humeurs, allant jusqu’à l’intensité la plus absolue :

Karl Popper, La Quête inachevée (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 20 Mars 2026. , dans Iles britanniques, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Les Belles Lettres

Karl Popper, La Quête inachevée, traduit de l’anglais par Renée Bouveresse et Michelle Bouin-Naudin, Paris, Les Belles-Lettres, septembre 2025, 350 pages, 17 €. . Ecrivain(s): Karl Popper Edition: Les Belles Lettres

 

Très rares sont les autobiographies philosophiques qui commencent ainsi : « À vingt ans, je devins apprenti chez un vieux maître ébéniste à Vienne, Adalbert Pösch. J’ai travaillé avec lui de 1922 à 1924, peu de temps après la Première Guerre mondiale. Sa ressemblance avec Georges Clemenceau était totale, mais c’était un homme aimable et très doux. J’avais gagné sa confiance, de telle sorte que, lorsque nous étions seuls dans son atelier, il me faisait profiter bien souvent des inépuisables richesses de son savoir ». Il n’est jamais mauvais, pour quelqu’un qui se vouera à la philosophie, de se frotter, voire de se heurter à la matière, à la réalité : cela pourra lui éviter d’écrire n’importe quoi ensuite. Cet ancrage « réaliste » n’empêchera par Karl Popper de mettre son esprit et son talent au service des abstractions de la logique et de la théorie de la connaissance, même si l’œuvre qui lui valut la célébrité – La Société ouverte et ses ennemis – ressortit à la philosophie politique. Au même titre que Haendel, Popper fit partie de ces cadeaux imprévus que le monde germanique fit à la Grande-Bretagne, avec une importante étape intermédiaire.