Identification

En Vitrine

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans En Vitrine, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Gallimard

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.

Pour le centenaire de Jean Sénac (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Mercredi, 04 Février 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Cette semaine

 

En cet hiver 2026, puisque nous allons célébrer, le 29 novembre prochain, le centenaire de sa naissance, et puisqu’il faut sans cesse raviver les mémoires oublieuses, lisons ou relisons Jean Sénac, assassiné à Alger, rue Élisée-Reclus, dans la nuit du 29 au 30 août 1973.

Lisons la belle, l’indispensable biographie de Bernard Mazo publiée par les Éditions du Seuil en 2013, au titre si éloquent, Jean Sénac, Poète et martyr. Lisons les Œuvres poétiques, hélas incomplètes, publiées par Actes Sud en 1999 et, parce qu’épuisées, rééditées en 2019. Lisons les « carnets, notes et réflexions, 1942-1973 » publiés par Guy Dugas, toujours au Seuil, en 2023, sous le titre Un cri que le soleil dévore – c’est bien sûr un vers de Sénac qu’a choisi Dugas comme étendard, comme résumé brutal, lumineux d’un parcours.

La longue vie, Valentin Retz (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 22 Janvier 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

La longue vie – Valentin Retz – Gallimard – Collection Aventures – 208 p. – 20,50 euros – 12/01/26 . Ecrivain(s): Valentin Retz Edition: Gallimard

 

« Puisque les vraisemblances valent simplement pour ce que l’homme connaît déjà, alors que nous devons compter avec tout le réel – le lourd, inaccessible et prodigieux réel. Ce qui implique de changer à l’écoute du mystère, de se laisser pétrir, de faire confiance à son étoile, comme je vais à présent le raconter dans le détail. »

La longue vie – Valentin Retz

« Le caractère le plus inattendu de l’éternité est donc la vivacité. C’est d’un vif mouvement que la mer se mêle au soleil. »

La Deuxième Vie – Philippe Sollers (1)

Bastard Battle, Céline Minard (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 14 Janvier 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Tristram, Cette semaine

Bastard Battle, Céline Minard, Ed. Tristram souples, 114 p. 7,95 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Tristram


A bele hystoire Minard nos conviet. Dans un bonheur permanent de jeux avec notre langue telle qu’elle fut au XVe siècle, agrémentée de clins d’œil et d’anachronismes, avec une dextérité folle et une jouissance débordante, ce bref roman nous jette dans la folie sans frein des hommes de guerre, abreuvés de sang, nourris de ripailles, ivres de vin et de sexe. Pochade sanglante et débridée, ce récit – loin des sources historiques – est irrésistiblement cinématographique, proche de Tarantino, revisitant Les sept samouraïs, et en allusion directe aux Kill Bill.

C’est ainsi que le quatre septembre mil quatre cent trente sept, nous autres sept samouraïs avons pris Chaumont ville et chasteau, et c’est ainsi que le cinq du mesme mois mil quatre cent trente sept, à prime, tant court vitement le bruict, nous recevions toute la menuaille des gens de la hourde d’Enguerrand, demandant asile et résolus à defendre les murs, item gens de commerce anciennement enfuis ou chassés, item divers artisans.

L’Aventurier et la cantatrice, Hugo Von Hofmannsthal (par Claire Fourier)

Ecrit par Claire Fourier , le Lundi, 12 Janvier 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Théâtre, Cette semaine

L’Aventurier et la cantatrice, Hugo Von Hofmannsthal, traduit de l’allemand et présenté par Jean-Yves Masson. Éditions de la Coopérative, 2025


L’Aventurier et la cantatrice, sous-titré Les Dons de la vie, est un livre vertigineux. Délicieusement vertigineux. Couleurs, sensations, allant. Ivresse de l'inspiration. Valse d’images somptueuses. J’avoue avoir rarement vu ça. Inouï. Un livre « ailé ».

L’Histoire ? Un prétexte. Mais le sujet ? Quel est-il ? Le hasard, ce « dieu exubérant qui danse », envoie des doubles sur notre route et « fait germer les semences » quand cela lui chante.

Dans un palais à Venise (qui renvoie à la Vienne chère à Hofmannsthal) où évoluent des patriciens, des jeunes musiciens, un vieux compositeur, un valet de chambre rompu aux intrigues, le hasard donc réunit un aventurier, baron allemand (le double de Casanova ?) ; une cantatrice, Vittoria ; un mari, Lorenzo ; le fils de la cantatrice, Cesarino… Dans le majestueux salon se croisent ainsi un ancien amant oublieux, son amante encore amoureuse, un père, une mère, un mari, un fils... Mais dites-moi, qui est le père de ce fils ? L’aventurier ou le mari ?