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N’entre pas si vite dans cette nuit noire, António Lobo Antunes (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 11 Mars 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue portugaise, Roman, Points

N’entre pas si vite dans cette nuit noire (Não entres tão depressa nessa noite escurra, 2000), António Lobo Antunes. Points. 670 p. 8,50 € . Ecrivain(s): Antonio Lobo Antunes Edition: Points

António Lobo Antunes est mort. Il nous laisse un vide littéraire terrible.

Les vagues de la mémoire ne produisent pas un mouvement régulier, un flux soumis à une cadence métronomique. De la bonace apaisée des ports abrités aux vents et marées tempétueux des drames et douleurs, le rythme des souvenirs s’exprime dans un flux continu mais agité, variable, imprévisible. Flux et reflux s’y répondent, s’opposent, se contredisent, s’épousent.

La magie de la phrase d’Antunes est de coller comme une peau à cet apparent désordre qui cache une grammaire élaborée et implacable. Elle enroule le propos dans des méandres serrés et longs, traque le détail, laisse la porte ouverte au jaillissement inattendu, bégaye parfois, comme bégayent nos souvenirs quand on ne sait plus s’ils sont souvenirs ou fabrications imaginaires. La scansion antunésienne est calquée sur le flux des images qui font retour, en laissant place au faux souvenir, au produit du désir, aux interruptions soudaines, au doute, aux flashes visuels figés par le temps, aux parenthèses de rattrapage pour que rien ne reste sur le côté de la narration.

Méditations sur Don Quichotte, José Ortega y Gasset (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mercredi, 11 Février 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Espagne

Méditations sur Don Quichotte / José Ortega y Gasset / Traduction Mikaël Gómez Guthart / Editions Fario / novembre 2025 / 145 p / 17,50 €

 

Où il est question de sublime et de ridicule


La question « Qu’est-ce qu’un chef-d’œuvre ? » que l’on soumet volontiers - et à juste titre - aux apprentis philosophes, n’en finit pas de faire naître toutes sortes de méditations, d’interrogations et de réflexions. Qu’en est-il de la nature d’un chef-d’œuvre, de son intérêt et de la place qu’il joue dans nos vies ? Rien ne vaut se frotter presque quotidiennement à ces textes intemporels, quitte à délaisser nos contemporains, des fâcheux pour nombre d’entre eux. Et de continuer à lire les chefs-d’œuvre et les relire. Ils nourrissent notre imaginaire, brillent ainsi que des références et jouent comme des miroirs de nous-mêmes au point qu’il nous est impossible de nous en passer. Ainsi de « Madame Bovary », ou encore de « L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche ».

Abraxas, Bogdan-Alexandru Stanescu (par Anne Morin)

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 10 Février 2026. , dans En Vitrine, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Gallimard

Bogdan-Alexandru Stanescu, Abraxas, Gallimard, du monde entier, traduit du roumain par Nicolas Cavaillès, 654 pages, 27 € Edition: Gallimard

 

Abraxas, formule magique, appel à un élément divin, représentation païenne… Tout ce qui transpire dans ce livre parle de/à plusieurs voix. Chacun des personnages principaux est montré, faisant des allers-retours dans sa vie, telle qu’elle est, telle qu’il pense vouloir qu’elle soit, et telle qu’elle lui échappe.

Roman de la déchirure entre soi et la représentation de soi, entre le passé qui boucle, qui s’étonne et dont on s’étonne et le présent qui devient le cœur -et le chœur- du passé.

Un livre de mort, de passages entre la vie que l’on croit tenir et l’engloutissement, bouffi de créatures chimériques et la violence du présent.

La longue vie, Valentin Retz (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 22 Janvier 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

La longue vie – Valentin Retz – Gallimard – Collection Aventures – 208 p. – 20,50 euros – 12/01/26 . Ecrivain(s): Valentin Retz Edition: Gallimard

 

« Puisque les vraisemblances valent simplement pour ce que l’homme connaît déjà, alors que nous devons compter avec tout le réel – le lourd, inaccessible et prodigieux réel. Ce qui implique de changer à l’écoute du mystère, de se laisser pétrir, de faire confiance à son étoile, comme je vais à présent le raconter dans le détail. »

La longue vie – Valentin Retz

« Le caractère le plus inattendu de l’éternité est donc la vivacité. C’est d’un vif mouvement que la mer se mêle au soleil. »

La Deuxième Vie – Philippe Sollers (1)

Bastard Battle, Céline Minard (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 14 Janvier 2026. , dans En Vitrine, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Tristram

Bastard Battle, Céline Minard, Ed. Tristram souples, 114 p. 7,95 € . Ecrivain(s): Céline Minard Edition: Tristram


A bele hystoire Minard nos conviet. Dans un bonheur permanent de jeux avec notre langue telle qu’elle fut au XVe siècle, agrémentée de clins d’œil et d’anachronismes, avec une dextérité folle et une jouissance débordante, ce bref roman nous jette dans la folie sans frein des hommes de guerre, abreuvés de sang, nourris de ripailles, ivres de vin et de sexe. Pochade sanglante et débridée, ce récit – loin des sources historiques – est irrésistiblement cinématographique, proche de Tarantino, revisitant Les sept samouraïs, et en allusion directe aux Kill Bill.

C’est ainsi que le quatre septembre mil quatre cent trente sept, nous autres sept samouraïs avons pris Chaumont ville et chasteau, et c’est ainsi que le cinq du mesme mois mil quatre cent trente sept, à prime, tant court vitement le bruict, nous recevions toute la menuaille des gens de la hourde d’Enguerrand, demandant asile et résolus à defendre les murs, item gens de commerce anciennement enfuis ou chassés, item divers artisans.