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En Vitrine

À cause de l’éternité, Georges-Olivier Châteaureynaud (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 03 Juin 2021. , dans En Vitrine, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

À cause de l’éternité, Georges-Olivier Châteaureynaud, Grasset, janvier 2021, 701 pages, 29 €

Entre-Mondes & Entre-Temps

« C’était une impression singulière, que de se sentir ainsi arrêté sur le bas-côté du monde ».

« Ailleurs, le monde n’existe pas vraiment, non ? C’est une sorte de racontar ! »

Georges-Olivier Châteaureynaud

Écorcheville demeure établie sur une rive du Styx, cité immémoriale aux allures peut-être normandes sur laquelle, « depuis toujours », règnent trois grandes familles rivales : les Bussetin, les Propinquor, les Esteral. On se connaît : on se fréquente de longtemps, on a mêlé les sangs, partagé les méfaits et les crimes sans lesquels on ne parvient à rien. Le lecteur français les connaît aussi : il les a rencontrées lors de sa lecture du mythique récit, ou roman – comment savoir ? – intitulé L’Autre rive, consacré à la première époque et à la première génération des habitants de la ville, auxquelles un chroniqueur français, appelé G.O.C. par ses amis et familiers, prêta sa plume pour nous en donner la très fidèle description, un historique en somme, que les mémorialistes du futur ne pourront négliger s’ils veulent commenter le passé. L’entreprise ne passa pas inaperçue, loin de là. La presse, les milieux littéraires en répercutèrent à juste titre les échos élogieux.

Marcel Proust, Croquis d’une épopée, Jean-Yves Tadié (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 17 Septembre 2020. , dans En Vitrine, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Marcel Proust, Croquis d’une épopée, Jean-Yves Tadié, Gallimard, novembre 2019, 384 pages, 22 €

Pourquoi ce titre, qui peut paraître étrange de prime abord, pour un ouvrage rassemblant dix ans de critique proustienne, éveillée par le hasard des commandes ou des envies ? « Un précurseur méconnu de la manière moderne d’écrire l’histoire », G. Lenotre (Théodore Gosselin), publia le premier volume de son cycle de douze volumes, « La Petite Histoire », sous le titre de : Napoléon, Croquis de l’épopée. Ce fut la « passion de mon enfance », confie Jean-Yves Tadié, avant d’ajouter : « C’est ce que je propose ici, au sujet de Proust, parce que l’écriture de La Recherche et le livre lui-même en furent bien une : des croquis de l’épopée ».

Il y a de très belles pages sur le rapport qu’entretint Proust avec la musique, Tadié évoquant notamment les différents modèles de la sonate de Vinteuil. Ce rapport était amoureux. Il faut par exemple se représenter l’auteur de Jean Santeuil, les yeux fermés, écoutant (cela se produira à plusieurs reprises), penché, au théâtrophone (« ce téléphone branché sur la scène des théâtres »), Pelléas et Mélisande. « La musique, pour le romancier, écrit joliment Tadié, réveille en nous le fond mystérieux de notre âme, inexprimable par les mots. S’adressant à l’inconscient, elle remonte à la patrie perdue de l’enfance, en retrouvant le temps de la communication antérieure au langage : elle parle comme l’amour le plus pur et comme le bonheur ».

La coupe de bois, Carlo Cassola (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Octobre 2018. , dans En Vitrine, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie, Editions Sillage

La coupe de bois (Il Taglio del Bosco, 1949), traduit de l’italien par Philippe Jaccottet, 119 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Carlo Cassola Edition: Editions Sillage

 

Comment ce miracle ? Comment ce petit livre, pas un roman, à peine une novella, peut-il condenser en une centaine de pages toute la magie de la littérature ? L’ampleur du style, son immense simplicité, des personnages taillés au burin, une histoire élémentaire, et la détresse des hommes, tout est là pour faire de ce petit roman un monument de littérature. Il semble que les écrivains italiens aient eu au XXème siècle un tropisme pour ce genre de la novella ancrée dans les profondeurs du pays, ses villages et ses montagnes. On pense à Leonardo Sciascia (La tante d’Amérique), surtout à Silvio d’Arzo (La maison des autres).

Guglielmo est bûcheron. Il vient d’acheter une coupe dans les bois perdus dans les Abbruzes. Il s’y rend après avoir embauché quatre hommes, plus ou moins ses amis, pour une période de six mois – automne et hiver – à couper des pins pour en faire du charbon qu’il vendra. Il est content car l’affaire est bonne. Et ce sont ces six mois, où il ne se passe rien d’autre que la coupe et les soirées dans la cabane construite dans le bois, que ce livre raconte. Rien d’autre. Mais qui a besoin d’autre chose ? L’écriture de Cassola fait le reste, c’est-à-dire l’essentiel.