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Les Chroniques

À chacun selon ses besoins, Petit traité d’économie divine, Rémi Brague (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Jeudi, 30 Novembre 2023. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

À chacun selon ses besoins, Petit traité d’économie divine, Rémi Brague, Flammarion, octobre 2023, 224 pages, 20 €

Réhabiliter en général l’idée de Providence (Dieu organise à l’avance le cours des choses ou l’ordre des événements, il les dispose sagement afin qu’ils jouent bien leur rôle, et visent correctement leurs fins), et celle de Providence chrétienne en particulier, comme le souhaite ici Rémi Brague, semble projet vain et pari perdu d’avance. D’abord parce qu’elle semble relever de la ferveur superstitieuse (André Comte-Sponville, dans son Dictionnaire philosophique, dit très bien de la Providence qu’elle est « le nom religieux du destin », et « l’espérance comme ordre du monde ») ; ensuite parce qu’elle est spontanément obscurantiste (si « les décrets de la providence sont impénétrables », c’est qu’ils doivent rester secrets pour être efficaces, en tout cas discrets pour être tolérables – et « l’asile de l’ignorance » qu’est pour Spinoza la volonté de Dieu n’abrite par principe que des ignares) ; enfin parce qu’elle est pré-moderne (puisqu’elle fait venir le progrès de la réalité non de l’initiative humaine, mais d’une sagesse pré-humaine – puisque créatrice de l’humain – qui saurait mieux, et devrait davantage que l’homme, planifier et délimiter son propre perfectionnement historique).

Bijoux de scène de la Comédie-Française, Guillaume Glorieux, Agathe Sanjuan (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 29 Novembre 2023. , dans Les Chroniques, La Une CED, Arts

Bijoux de scène de la Comédie-Française, Guillaume Glorieux, Agathe Sanjuan, Gallimard, L’École des Arts Joailliers, octobre 2023, 300 pages, 39 €

 

Le bijou théâtral

Dans ce beau livre d’art, nous découvrons pour la première fois les trésors de la joaillerie de fantaisie ornant les costumes de scène des sociétaires de la Comédie-Française de la fin du 18ème siècle jusqu’aux années 1980. Des maîtres artisans ont façonné avec beaucoup de minutie des faux – copies de bijoux, de joyaux, d’accessoires, en relation avec les modes et les usages des époques citées. Des essais très documentés dévoilent les caractéristiques des bijoux de scène, leur fonction, leur attribution, leur symbolique, ce qui permet de revisiter les répertoires théâtraux en vogue, pièces dont beaucoup sont oubliées. Le bijou ornemental va suivre les réformes et les nouveautés dramatiques de la Comédie-Française – liées par exemple à l’éclosion du metteur en scène – et former le goût du public. Ainsi, les comédiens seront mis en valeur par l’ajout de bijoux plus ou moins luxueux qui leur confèreront un statut particulier et une typologie pour un rôle précis.

Les coups de griffe d’Alain Faurieux-2

Ecrit par Alain Faurieux , le Mardi, 21 Novembre 2023. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La prochaine fois que tu mordras la poussière (Navet d’exception), Panayotis Pascot, 2023

J’ai lu LE livre de la rentrée, le 1er en termes de marché global (dixit Libé), LA surprise éditoriale. J’aime pas les livres tout fins, j’aime pas les comiques, d’ailleurs PP est il un comique ? Et quel est son nom, son prénom ? Est-ce sincère, « vrai » ? Qu’est-ce que cela à voir avec écrire ? Encore un machin du nombril. Particularité ? C’est écrit jeune (PP EST jeune, ok). Et il écrit souvent bite. Et aussi des choses comme :

« Il ne m’a pas jugé, a essayé de m’accompagner, mes frères aussi, ils m’ont partagé leurs expériences ». Ou « Je mets le lait avant les céréales sûrement parce que tout le monde fait l’inverse, et je me place dans la baignoire avant de faire couler l’eau ».

Après l’Homo Erectus Le journal d’Homo Dépressif. La haine du père ? Oh, ouais que des fois y se regardent mal. C’est comme le reste, la haine c’est mou chez pana.

Plus mauvais qu’Ernaux, puissance dix.

La puissance de l’âme, Sortir vivant des émotions, Bertrand Vergely (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mercredi, 15 Novembre 2023. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La puissance de l’âme, Sortir vivant des émotions, Bertrand Vergely, Guy Trédaniel éditeur, septembre 2023, 240 pages, 18 €

 

Un mot sur l’idée même d’âme, avant d’aborder ce livre passionné et remarquable – qui change celle ou celui qui voudra bien s’y aventurer !

L’âme, avant d’être une notion religieuse (à savoir : ce qui donne d’être à une créature et en demeure le signe en elle), est moins un principe mystérieux que le nom (psyché, anima, soul, Seele…) qu’on donne à la différence de nature, encore mystérieuse, elle, entre un être vivant et un existant inerte. Ce qui distingue une fourmi d’un cristal, c’est que l’existence de la première est vivante, celle du second, non. L’âme est le nom qu’on donne à cette différence que la vie introduit dans l’existence en général. C’est une différence qu’on n’explique pas, mais qu’on peut décrire, ou caractériser assez bien : exister, c’est advenir dans le monde en y étant effectué (en étant permis par des causes qui produisent cette « venue » réelle dans l’espace et le temps). Pour tout être existant, est effectuée sa venue au monde, est déterminée son appartenance à la réalité.

Étrangère, Brankica Radić (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 14 Novembre 2023. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Pays de l'Est, Poésie

Étrangère, Brankica Radić, éditions L’Ollave, Domaine Croate/Poésie, septembre 2023, trad. croate, Vanda Mikšić, 60 pages, 16 €

 

 

Écriture claire

La partie la plus évidente du recueil de Brankica Radić tourne autour de la question du territoire, du pays, des pays, des voyages, des routes, des villes. Et cette poésie ne cesse de cerner un territoire sans territoire – une nation coupée du territoire de l’ex-Yougoslavie (en 1991, la Croatie ainsi que la Slovénie ont déclaré leur indépendance, devenant ainsi deux états souverains) –, dans une langue sèche et presque ascétique, une langue claire. L’on voit quand même où réside la poétesse au pays de la poésie pour combattre l’exil. Cette présence verbale de la langue maternelle souligne son étrangeté justement par la coalescence des voyages et des villes.