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Les Chroniques

Les Moments forts (5) Caravage à Milan, « l’éclat de l’apparence », par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 16 Février 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Pour dire Caravage, pour dire cette formidable exposition, il nous faut faire un détour par Nietzsche et par les notes de Pontévia recueillies après sa mort. Au Moyen Âge, rappelle ce philosophe, « la lumière est le signe de l’Esprit. C’est la lumière des néo-platoniciens et de Denys l’Aréopagite. Au contraire la lumière, avec la Renaissance, représentera plutôt, avant d’être dissoute, diluée sur la surface, l’élément de résistance à l’intellectualisation du sensible. Nietzsche (dans Ainsi parlait Zarathoustra) a dit l’amitié de la lumière et des corps ténébreux et inversement l’inimitié de la lumière envers tout ce qui brille ». C’est pourquoi dans la peinture – et quel peintre nous le fait mieux sentir que Caravage ? – la lumière est « amoureuse de l’ombre, elle la baigne doucement, suavement, dans cette intimité discrète qu’on appelle clair-obscur. Nietzsche dit même que l’ombre est allaitée par la lumière ». Prenez le temps de vous arrêter, malgré l’affluence des visiteurs, devant chaque peinture. Vous inondera (vous êtes devenu champ) cette certitude : l’ombre est allaitée par la lumière.

Le journal de MCDem (7), par Murielle Compère-Demarcy

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 15 Février 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Mardi 5 décembre

Revoir les grands nocturnes religieux de Georges de La Tour. Le Tricheur à l’as de carreau, noirci par le temps, tableau tombé dans l’oubli découvert par un collectionneur chez un antiquaire du Pont-Neuf, en 1926. Né à la fin du 16è siècle, Georges de La Tour sera consacré comme un des plus grands maîtres français suite à plusieurs expositions, jusqu’à la grande monographie de l’Orangerie en 1972. Caravage veille de son ombre, en haut à gauche du tableau, voyage comme une référence d’un tableau à l’autre – telle la lumière à l’intérieur de la nuit, la nuit à l’intérieur de la lumière ? La lumière venant d’en haut à gauche du tableau, le contraste entre les pièces violemment éclairées de l’espace et les parties en contre-jour, cette minutie dans les détails pouvant remuer le spectateur comme une tragédie antique pouvait provoquer un choc esthétique proche de l’effroi…

Jean, un homme hors du temps, Axel Kahn, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 14 Février 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Jean, un homme hors du temps, Axel Kahn, Stock, octobre 2017, 326 pages, 20 €

 

Dans le récit d’Axel Kahn, Jean, un homme hors du temps, publié aux éditions Stock en 2017, on n’est certes pas pris par surprise. Dès les premières pages, on sait que le drame final est inéluctable.

Ce qui peut troubler le lecteur, c’est que l’auteur ne se contente pas de tenter de retrouver son père, de s’identifier à lui. Il va beaucoup plus loin, il endosse son corps, son costume, prend le train à sa place pour faire le dernier voyage et transcrit en son nom la relation de cette histoire familiale, de ses détours, de ses contours. Il s’empare de ses pensées, des traces écrites qu’il a laissées. Il accepte la posture risquée d’être lui, tellement lui qu’il choisit délibérément d’employer la première personne du singulier. Durant plus de trois cents pages et durant les quelques heures que durera le trajet, il sera Jean. Nous le suivrons avec une émotion qui croît au fil de son itinéraire qui sera plus intérieur et vagabond que chronologique et géographique.

Gabriel Matzneff : deux lectures, par Philippe Chauché

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 13 Février 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

 

La Jeune MoabiteJournal 2013-2016, Gabriel Matzneff, Gallimard, novembre 2017, 704 pages, 29 €

Maîtres et complices, Gabriel Matzneff, La Table Ronde, La Petite Vermillon, janvier 2018, 320 pages, 8,70 €

 

« La vie est un perpétuel jaillissement de surprises, elle ne cesse de m’étonner, et c’est pourquoi je remettrai au plus tard possible le ghiribizzo (la lubie) de me faire sauter la cervelle qui me visite de temps à autre (depuis l’âge de seize ans) », La Jeune Moabite, Carnet 151, Dimanche 26 avril 2015, midi, à la terrasse du Métro.

Carnet du désert, suivi de Fragments de solitude, René Pons, par Michel Host

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 08 Février 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

Carnet du désert, suivi de Fragments de solitude, René Pons, éditions Rhubarbe, août 2017, 200 pages, 13 €

 

« Ce livre, au jour le jour salivé, est formé de mes manques, de cette incapacité à enchaîner, à fixer mon attention qui, de loin en loin, me torture plus ou moins longtemps »

René Pons, p.151

 

« Je ne marche pas / dans le désert / mais le désert en moi / s’étend à l’infini »

René Pons, p.5

 

Du doute au sur-doute