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Les Chroniques

Saisir, Quatre aventures galloises, Jean-Christophe Bailly (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 14 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Saisir, Quatre aventures galloises, Jean-Christophe Bailly, Seuil, coll. Fiction et Cie, septembre 2018, 256 pages, 20 €

 

Le dernier essai de Jean-Christophe Bailly témoigne d’une volonté d’aborder « de l’intérieur » l’« ouest absolu » qu’est le Pays de Galles. Et ce en s’intéressant de près à l’histoire de Thomas Jones, peintre qui, à Naples, en 1782, « inventa l’art moderne avant de se retirer incompris dans sa ferme du Radnorshire » ; en identifiant le « geste poétique que formèrent l’œuvre et la vie de Dylan Thomas », l’enfant de Swansea, le « Rimbaud de Cwmdonkin Drive » ; en se penchant sur W.G. Sebald, dont le livre Austerlitz comprend un pan gallois « sur lequel se projettent, au sein même de l’exil qu’il raconte, les images d’un séjour transfiguré » ; en convoquant les vallées du sud, parmi les vestiges d’un monde qui fut celui des mineurs de charbon et que des images dues à Robert Frank ou Eugene W. Smith fixèrent.

Si sont convoqués la peinture, la poésie, le récit et la photographie, au travers d’eux, c’est la beauté (iconoclaste ?) qui apparaît*. La beauté et – à sa suite, à moins que ce ne soit l’inverse ? – la musique. Musique du monde : du pluriel.

Un peintre de notre temps, John Berger (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 13 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Un peintre de notre temps, John Berger, L’atelier contemporain, février 2019, trad. Fanchita Gonzalez Battle, 224 pages, 25 €

 

Peindre en exilé

Un peintre de notre temps, ayant fait l’objet d’une censure brutale, car il fut interdit de vente dès sa sortie en 1958, et de publication jusqu’en 1976, est le premier roman de John Berger (1926-2017). Le livre commence par la visite d’un atelier vide et la découverte du journal d’un ami peintre hongrois, Janos Lavin, dont la ville de refuge est Londres, « la capitale la plus conventionnelle et la plus fermée d’Europe ». Le journal forme un récit à deux voix, un chassé-croisé de deux points de vue, soit deux conversations juxtaposées, ce qui renforce la diégèse tels les sous-titres d’un film, sa traduction. Ainsi, et après-coup, John Berger décrypte les propos du peintre Janos Lavin (son double ?) à la manière d’un rébus. Or, le constat du peintre exilé est amer, affaibli par des projets qui ne marchent pas, réduit à la pauvreté, aux « humiliations de la dépendance ». Le métier d’écrire et le métier de peindre se répondent, et John Berger livre des pages fondamentales sur le dessin : « Dessiner, c’est savoir par la main – c’est avoir la preuve qu’exigeait Thomas. (…) Même devant un modèle, on dessine de mémoire. (…) Pas même de quoi que ce soit dont on puisse se souvenir consciemment. Le modèle est un rappel d’expériences qu’on ne peut formuler et donc se rappeler que par le dessin ».

«Woven» de Gavin Greenaway : une fantaisie inouïe (par Ana Isabel Ordoñez)

Ecrit par Ana Isabel Ordonez , le Mercredi, 13 Mars 2019. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Musicien : Gavin Greenway

Album: Woven

Titres:  «A Beginning», «The Sun Rose», «And Then I Saw You», «A Conversation», «We Danced For Seven», «Autumn Came So Soon», «The Fall», «Adrift», «The Melting», «Singing Old Songs», «We Travelled Far», «Goodnight My Love»

 

La formidable puissance musicale de Gavin Greenaway s’est très largement construite autour des notes de son piano. Titan des musiques de film, Gavin incarne le talent et le vertige du succès. Sa musique recèle une grande élégance. Les titres enregistrés dans son dernier album « Woven », sont parmi les plus touchants, créatifs et précis réalisés par le pianiste.

Poèmes, Jean-Pierre Faye (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 11 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Poèmes, Jean-Pierre Faye (éditions Polyglotte, 2013, 22 €)

 

Faisant face à une grande quantité de livres en attente dont je veux faire la chronique, cette anthologie de Jean-Pierre Faye et ses quatre cents pages m’ont imposé une lecture véloce. Cela ne m’a pas empêché de découvrir néanmoins le parcours d’une vraie route poétique, originale et intense. Le recueil m’est tout de suite apparu comme tourné vers le corps, les membres du corps ou encore, l’humidité de la chair, la fluidité du sang. Et cela parfois dans une langue hermétique. Donc, ici les éléments physiques fondamentaux, et une langue qui garde son mystère. Il faudrait peut-être relire encore cette anthologie de manière plus appliquée, sachant qu’une première lecture m’a fait aimer cette langue énigmatique. En tous cas, ce livre couvre les poèmes de Jean-Pierre Faye de 1939 à 2013, et s’oriente au fur et à mesure dans la recherche d’une poésie de l’incarnation. Nonobstant, je dirais mieux mon sentiment en rapprochant cette sorte de poésie orphique d’une poésie abstraite, capable de tenir le corps comme une composante géométrique, prosodique.

Euclidiennes, Eugène Guillevic (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 08 Mars 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Euclidiennes, Eugène Guillevic, Gallimard, coll. Folio+Collège n°46, septembre 2018, dossier par François Mouttapa, 160 pages, 5,50 €

François Mouttapa, dans son édition commentée, didactisée à destination des collégiens, des Euclidiennes de Guillevic (qui, en mêlant poésie et mathématiques, a inventé une « poémathique »), nous invite, de manière sous-jacente, à repenser l’enseignement des Lettres.

Anne Armand, dans L’Histoire littéraire, Théories et pratiques [1], pose les cadres de référence : « Pour l’élève d’aujourd’hui, qui manque des repères traditionnels proposés par les manuels, par le discours scolaire, “toutes” les œuvres du passé, c’est-à-dire qui n’appartiennent pas à son temps personnel, apparaissent globalement comme lointaines, dans une perspective écrasée qui mêle au moins trois siècles de littérature ».

L’enseignement des Lettres qui traite d’objets patrimoniaux doit « relever un défi », commente François Mouttapa dans L’histoire littéraire au lycée : retour ou nouveau départ ? [2] Quel est ce défi ? « [F]aire face au “régime d’historicité”, pour reprendre la formule de François Hartog, à la manière dont les jeunes générations pensent leur rapport au passé. Il y a d’un côté le présent auquel ils appartiennent, et de l’autre un bloc informe, celui du passé, écrasant toutes les œuvres sans approche linéaire, séquencée ou hiérarchisée.