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Les Chroniques

Nouvelle histoire de la Révolution, Annie Jourdan, par Gilles Banderier

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 05 Juillet 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Nouvelle histoire de la Révolution, Annie Jourdan, Flammarion, coll. Au fil de l’Histoire, février 2018, 658 pages, 25 €

Innombrables sont les histoires de la Révolution française, du petit livre de quelques dizaines de pages au luxueux volume illustré et légèrement ostentatoire (ce que les Anglo-Saxons appellent un coffee-table book), sans parler des périodiques spéciaux. Ceux qui ont connu l’année 1989 se souviennent de la frénésie éditoriale qui avait sévi, lorsqu’il ne se passait pas une semaine, pas une journée même, sans que parût un ouvrage consacré à cet événement vieux de deux siècles. L’effet de saturation aidant, l’activité s’est ensuite calmée, ce qui n’implique pas que les historiens aient cessé de travailler. Annie Jourdan propose une Nouvelle histoire de la Révolution, dont la première de couverture s’orne d’une sorte de motto : « Rien n’est définitivement écrit. En histoire, plus qu’ailleurs » (le procédé paraît s’inspirer des affiches de films). Ce qui tire l’œil et pique la curiosité, c’est bien entendu l’épithète nouvelle. En quoi cette histoire est-elle nouvelle ? On observera d’abord qu’elle est éminemment orientée au point de vue politique et ne s’en cache pas (dès la page 16, Annie Jourdan note que « nous-mêmes, nous [qui ça, « nous » ?] sous-estimons l’opposition réactionnaire ou conservatrice aux avancées sociales, culturelles et politiques » qui s’est cristallisée lors des grandes manifestations contre l’union homosexuelle).

Lettre coup de cœur pour La Reine Alice de Lydia Flem, par Pierrette Epsztein

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 04 Juillet 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

La Reine Alice, Lydia Flem (Ed. Points)

 

Comment a-t-on un coup de foudre pour l’œuvre d’un écrivain ? Comment celui-ci s’y prend-il pour vous conduire à lire presque tous ses livres ?

Depuis plusieurs mois, comme vous à l’égard de Claire Lejeune, à qui vous rendez un vibrant hommage dans votre discours à l’Académie Royale de Belgique en novembre 2010, je pourrais vous dire : « J’ai vécu en [votre] compagnie dans une proximité quotidienne, emportée par [votre] révolte, pas [vos] élans, [votre] insolente liberté ». Ces mots conviennent parfaitement à ce que j’ai découvert de votre univers.

Depuis plusieurs mois, vous ne me quittez pas. J’ai fait un voyage extraordinaire dans vos livres, un peu dans tous les sens. J’ai commencé par Lettres d’amour en héritage dont je me suis délectée, puis j’ai poursuivi avec Paniquequi m’a allégée de mes angoisses. Et j’ai enchaîné avec votre Discours de réception à l’Académie Royale de Belgique qui m’a éclairée sur votre écriture. Enfin, j’ai osé aborder La Reine Alice, sans savoir à quel point j’allais être happée. Et pour boucler mon tour de piste, j’ai terminé par L’homme Freud, une biographie intellectuelle qui m’a tant fait réfléchir sur ma propre histoire.

Meryem sous le dattier - À propos du roman de Sinan Antoon, Ave Maria, par Yasmina Mahdi

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 03 Juillet 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Sinan Antoon, Ave Maria, Sindbad Actes Sud, mai 2018, trad. arabe (Irak) Philippe Vigreux, 192 pages, 21 €

 

« À côté du Christ, Marie est la plus grande gloire du peuple juif »

Cardinal Francis Arinze

 

L’originalité du titre de ce roman de Sinan Antoon, Ave Maria indique l’orientation spirituelle de l’ouvrage, sous-entend les problématiques multiconfessionnelles entre les communautés religieuses orientales, remettant en question les préjugés qui induisent l’adage simpliste, arabe égal musulman. Néanmoins, Meryem/Marie est largement mentionnée dans le Coran (trad. Jean Grosjean) dans la Sourate XIX, Marie, de l’Annonciation et de l’enfantement de Jésus, et à la Sourate IV des femmes, « Oui, parce qu’ils n’ont pas cru – qu’ils ont horriblement calomnié Marie », et fait partie du culte musulman. Traité émouvant de rites catholiques distincts selon les églises syriaque ou chaldéenne.

Les Moments forts (12) : « Vu du pont » aux ateliers Berthier, par Matthieu Gosztola

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 03 Juillet 2018. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

L’on ne saurait évoquer cette pièce sans en résumer l’intrigue, serait-ce brièvement. Résumé que nous donnent Anaïs Bonnier et Frédéric Maurin (in « Vu du pont : l’intensification du point de non-retour ») : « Racontée sous la forme d’un souvenir par l’avocat Alfieri qui en a été le témoin impuissant, l’histoire de Vu du pont se déroule dans le quartier déshérité de Red Hook, à Brooklyn, au début des années 1950. C’est l’histoire d’Eddie Carbone, docker de son état, qui a élevé comme son propre enfant sa nièce Catherine et voit soudain son autorité menacée par le désir d’émancipation de la jeune fille, et son affection, voire une attirance qu’il ne s’est jamais avouée, minée par l’amour réciproque qui naît entre elle et un cousin de sa femme, Rodolpho, fraîchement débarqué d’Italie avec son frère Marco. Blessé dans la virilité de son amour-propre, Eddie n’a de cesse d’accabler Rodolpho, l’accusant d’hypocrisie intéressée, de mensonge sentimental, d’homosexualité, avant de se résoudre à dénoncer les deux clandestins aux services de l’immigration. Marco, en lui crachant au visage, salit son nom ; mais Eddie, en trahissant le code moral, a souillé leur honneur. Mû par un esprit de vengeance, Marco revient le poignarder ».

Monde arabe : les racines du mal, Bachir El-Khoury, par Gilles Banderier

Ecrit par Gilles Banderier , le Vendredi, 29 Juin 2018. , dans Les Chroniques, La Une CED

Monde arabe : les racines du mal, Bachir El-Khoury, Actes Sud Sindbad, février 2018, 252 pages, 22 €

 

On peut à présent le déclarer avec l’absolue sûreté du coup d’œil rétrospectif, le « printemps arabe » a été un échec cuisant, à la mesure des espoirs qu’il a suscités. L’étincelle qui mit le feu aux poudres fut (sans mauvais jeu de mots) le suicide, dans des circonstances atroces, d’un jeune marchand de légumes ambulant, Mohamed Bouazizi. De ce personnage, un des plus importants de l’histoire arabe contemporaine, il n’existe guère de photographies, si ce n’est celle d’une momie agonisante allongée sur un lit d’hôpital, partiellement recouverte d’une sorte de plaid rouge, qu’on imagine bien dans une maison de campagne, mais qui apparaît étrangement incongru dans un service des grands brûlés. Présent sur le cliché, le président Ben Ali se doutait-il que ce corps détruit le ferait chasser du pouvoir, aussi efficacement que des milliers de soldats armés fomentant un coup d’État militaire ? Le geste de Mohamed Bouazizi a peut-être d’autant plus frappé les esprits que l’immolation par le feu est un mode de suicide et de protestation étranger au monde arabe. Ce geste désespéré fit des émules à travers la Tunisie, par un phénomène mimétique, avant que la contestation ne s’étende bien au-delà.