La couverture du livre est composée de photos d’époque. Un bateau, un paquebot – et nous pensons non pas à une croisière mais aux migrations transatlantiques d’autrefois ; deux portraits, deux visages, une femme, un homme qui nous fixent à un siècle de distance. Étonnants regards francs, sans a priori. Des photos pour ainsi dire silencieuses, à l’image d’un récit calme, attentif qui ne dissimule pas une empathie pour le personnage principal. Mais ne nous y trompons pas, le propos est ambitieux et ample : la Tunisie sous le protectorat français au début du XXè siècle, le statut d’indigénat qui semble annoncer l’apartheid, la société tunisienne elle-même et certaines tares désolantes, la migration en Amérique donc, la Première Guerre mondiale en ses détails sanglants… Trois continents ; des situations historiques (Guerre mondiale, colonisation…) qui, chacune, suffisent à faire un roman. Dawood Casey, soldat américain blessé grièvement en cette dernière année de la Grande Guerre, se meurt lentement dans un hôpital des environs de Paris malgré les efforts médicaux pour le sauver. Que fait-on quand on est alité et qu’on devine dans le regard du médecin le doute quant à ses chances de s’en sortir ? On pense aux siens, à ceux qu’on a aimés ou qu’on aime, à son enfance, au chemin de vie parcouru jusque-là, aux sacrifices consentis pour accéder au bonheur.