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Roman

Rendez-vous à Biarritz, Mary Heuze-Bern

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 01 Octobre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Louise Bottu

Rendez-vous à Biarritz, juin 2016, 36 pages, 4,50 € . Ecrivain(s): Mary Heuze-Bern Edition: Editions Louise Bottu

 

« Dans les brumes d’Ilbarritz tout se dégrade, de l’océan au ciel en passant par ces monts vagabonds, de France, de Navarre ou d’ailleurs, on ne sait plus, ce méli-mélo sans frontières il l’a déjà vu chez Turner. La Côte des Basques, ses rubans il les suit à la trace, bleus capricieux, verts mouvants, bandes rivales évadées d’un De Staël ».

Rendez-vous à Biarritz détonne dans l’univers policier de la littérature, ou s’il l’on préfère dans la littérature policière. Matière romanesque française depuis que Marcel Duhamel lui a offert une esthétique et une éthique au cœur du paquebot Gallimard, ce qui fut une belle révolution littéraire. Aujourd’hui cette littérature, qui n’est plus de gare – c’était pourtant une bien belle définition, qui répondait aussi à l’économie du genre, de petit livres, peu chers, et Louise Bottu renoue avec ce principe économique –, s’impose partout. Elle a gagné en renommée, certains diraient qu’elle y a perdu son âme. Elle est née d’une rencontre entre un voyou charmeur, un flic charmé, et un écrivain se rêvant, l’un ou l’autre, d’une enquête bâclée, d’une question souvent sans réponse, d’un doute mis en lumière, de traits et de hasards. Elle a pour théâtre des opérations, une série de meurtres inexpliqués et de disparitions, quelques trafics d’influence bien rémunérés, souvent dangereux, et un lecteur curieux et parfois pressé, elle offre cette palette de styles, comme on le dirait de crimes et de mobiles.

De nos frères blessés, Joseph Andras

Ecrit par Mélanie Talcott , le Vendredi, 30 Septembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Actes Sud

De nos frères blessés, mai 2016, 144 pages, 17 € . Ecrivain(s): Joseph Andras Edition: Actes Sud

 

Lettre posthume imaginaire de Fernand Iveton ou Le soleil oublie parfois de donner le change :

« Quand la Justice s’est montrée indigne, la littérature peut demander réparation » peut-on lire sur la quatrième de couverture (Actes Sud) de Nos frères blessés, titre de l’ouvrage que Joseph Andras a magistralement consacré à ma vie et à toutes ces années que la France m’a volées, celles avec mon amour, Hélène, « un sacré bout de dame… Belle, belle à se crever les yeux de crainte de la voir s’en aller, se perdre, filer dans d’autres bras », et avec mon fils adoptif, Jean-Claude. Elle ne figurait pas sur l’édition algérienne (Barzakh). Mes frères algériens, mes compagnons de lutte ne se la seraient jamais posée. J’en ai souri tristement. Ce qu’ils ont subi dans leur chair avant et durant la guerre pour notre indépendance ne peut s’effacer par un trait de plume de la mémoire, la leur et la collective, bien que depuis ces événements dramatiques, gouvernement après gouvernement, le mensonge hypocrite soit présenté comme une vérité historique. Circulez, il n’y a rien ni à reconnaître ni à dire.

Revenir du silence, Michèle Sarde

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Mardi, 27 Septembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, La rentrée littéraire, Julliard

Revenir du silence, septembre 2016, 408 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Michèle Sarde Edition: Julliard

 

Faut-il mettre un genre sur un livre ?

Récit, documentaire, témoignage, biographie, recueil d’archives, le roman indiqué comme tel est ici un ensemble dynamique sans limites, une forme vivante, là toute sa puissance et sa cohérence. Mais pas seulement. Il faut s’ancrer davantage dans ces pages, s’y enfoncer, suivre les personnages à la trace, les vrais, ceux qui ont vécu, détailler les figures sur les photos sépia, les cicatrices et les papiers lacérés voire reconnaître des traits communs, peut-être même une filiation : ici les ancêtres de Michèle Sarde, famille judéo-espagnole expulsée d’Espagne par les rois catholiques, réfugiée, recueillie, issue de l’Empire ottoman.

« Un roman à clés qu’il me fallait déverrouiller moi-même pour comprendre où je voulais en venir ou plus exactement d’où je voulais venir (…). Née en France, moi je l’étais, et je le répète, afin de faire tout particulièrement plaisir à l’auteure de mes jours, au fond de son tombeau, dans un petit cimetière de la Brie. Et cette naissance-là, ma mère la considérait comme la plus grande chance qu’elle ait pu m’offrir, et le cadeau des bonnes fées, des fées authentiquement celtiques, convoquées par elle autour de mon berceau, dans l’Ille-et-Vilaine profonde ».

L’administrateur provisoire, Alexandre Seurat

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 24 Septembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, La Brune (Le Rouergue)

L’administrateur provisoire, août 2016, 182 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Seurat Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Très beau livre, grave, que ce second roman d’Alexandre Seurat, dont le sujet a priori semble classique, car inhérent à notre Histoire et, par là, résonnant souvent en littérature. Une famille ; l’un des siens, un arrière-grand-père de celui qui parle, a collaboré pendant la guerre, en travaillant pour le Commissariat aux questions juives ; condamné par une décision de justice posthume. Le secret, par la suite, déguisé souvent en oubli, voire en déni, a recouvert les traces des faits. Comme l’effacement ou l’enfouissement de la marée montante. Le jeune descendant soulève les voiles en creusant une batterie de questions : qu’a fait cet arrière-grand-père ? Comment, quand et contre qui ? A quelle hauteur placer son action, son crime, bien sûr, sa responsabilité ? Et au final, qui était cet homme : « bon, dit-il, c’était un bigot, il était d’une certaine époque, voilà… » ? Creuser, comme avec un bistouri qui va charcuter, faire mal, évidemment, et pour autant, éliminer une tumeur dangereuse, celle qui, en goutte à goutte, attaque le tissu familial ; cancer qui a déjà fait une première victime, le frère du narrateur : « hanté par la Shoah, quand il rentre de sa visite d’Auschwitz avec sa classe de lycée, possédé par la haine, un désir de vengeance… ».

Lala pipo, Hideo Okuda

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Vendredi, 23 Septembre 2016. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire, Wombat

Lala pipo, Nouvelles Éditions Wombat, août 2016, trad. japonais Patrick Honnoré, Yukari Maeda, 288 pages, 22 € . Ecrivain(s): Hideo Okuda Edition: Wombat

 

Lala pipo, entendre et comprendre non pas le nom d’une prostituée ou d’une nouvelle Lolita, mais « A lot of people », mal prononcé en japonais, a été publié en 2005 au Japon, puis adapté au cinéma en 2009 par Tetsuya Nakashima, avec comme acteur principal Hiroshige Narimiya, idole de toute une génération de teen-agers nippons. Le roman, constitué de six chapitres qui peuvent se lire comme autant de nouvelles, chacune introduisant un nouveau personnage, la dernière bouclant sur la première en une construction circulaire parfaite, explore la vie et les déviances sexuelles de plusieurs Tokyoïtes.

Mais pas n’importe lesquels. Hideo Okuda, avec malice et une ironie mordante, choisit ses héros parmi les laissés-pour-compte de la réussite à la japonaise, les « Okatu » ou « Hikikomori » rétifs à tout contact social, les femmes au foyer ou exerçant de petits boulots peu payés, un écrivain de nanars érotiques en mal d’inspiration, ou les seconds couteaux de l’industrie du sexe dans le quartier très « tendance » de Shibuya.