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Les Livres

Les enfants de Cadillac, François Noudelmann (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 11 Juillet 2023. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Folio (Gallimard)

Les enfants de Cadillac, François Noudelmann, Gallimard, Folio, mai 2023, 234 pages, 8,70 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Quel sens peut avoir pour un individu la recherche de ses origines ? A quelle sorte de besoin cette quête, parfois vécue comme une nécessité, répond-elle foncièrement ? Ne peut-on vivre sans arbre généalogique, sans se raccrocher sentimentalement, intellectuellement, virtuellement, à ses ascendants et à la communauté, sociale, géographique, ethnique, religieuse, nationale, culturelle au sein de laquelle ils sont nés et/ou ont vécu ? Quel héritage, autre que matériel s’il en est, nos père et mère et leurs aïeux nous ont-ils véritablement « transmis » ? En quoi ce dont ils ont eux-mêmes hérité est-il purement et réellement identique à ce qui a pu être « l’identité » de chacun des individus figurant sur les branches, principales et adventices, et sur chacun des niveaux généalogiques de ceux et celles des générations qui les ont précédés et finalement engendrés ?

Telles sont, entre autres, les questions que (se) pose François Noudelmann dans cette relation autobiographique d’une vie qui semble avoir été épisodiquement marquée à la fois, de façon paradoxale,

La couleur du temps, Clarisse Nicoïdski (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 11 Juillet 2023. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie, Gallimard

La couleur du temps, Clarisse Nicoïdski, Gallimard, mai 2023, Coll. Poésie, trad. judéo-espagnol, Florence Malfatto, 160 pages, 5,90 €

Mémoire

Mon incertitude sur le fond de ma lecture de ce recueil de poésie de Clarisse Nicoïdski s’est poursuivie jusqu’au bout sans que je ne perce le mystère de cette littérature. Je n’ai pu dégager des textes que de rares notions : mémoire, amour, langue. Mais en écrivant cette chronique, je m’aperçois que ces punctums sont d’une grande force. Peu de thèmes peut-être, mais valeur des fonds où s’arrime cette poésie. Et cette invisibilité, je crois qu’elle vient de la langue-source : le judéo-espagnol – ici consigné en alphabet romain –, langue qui se perd et disparaît, langue d’expression sépharade venue directement de la Reconquista de 1492, et du drame de l’exil forcé des Juifs d’Espagne. Donc, de l’effroyable, à la fois pour des raisons d’identité que de persécutions.

Ici, on pourrait théoriquement penser à Paul Celan. Là aussi la mémoire de la douleur s’engouffre dans le poème et, dans sa grande simplicité, parle de la brutalité du monde. Effroi, maléfice, épouvante, puits sans fond, mort, malédiction, venus sans doute de la Shoah. Et comme extrémité de cette expression poétique, on trouve l’amour, le doux et vrai amour, venu de la transcendance de la poétesse, de sa résilience.

Anthologie de la pensée noire, dirigée par Marie-Jeanne Rossignol, Michaël Roy, Marlene L. Daut, Cécile Roudeau (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 07 Juillet 2023. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Anthologie

Anthologie de la pensée noire, dirigée par Marie-Jeanne Rossignol, Michaël Roy, Marlene L. Daut, Cécile Roudeau, éditions Hors d’atteinte, avril 2023, 480 pages, 25 €

 

Mémoire psychopompe

La toute récente Anthologie de la pensée noire (anthologie non exhaustive) met en valeur des morceaux choisis de « la littérature noire » francophone et anglophone des Caraïbes et des États-Unis. Nous découvrons au fur et à mesure des extraits originaux, presque totalement méconnus, certains traduits, et ce, rédigés depuis la terrifiante « traite des noirs » du 18ème siècle. Une littérature remarquable s’est développée face aux préjugés racistes des suprématistes blancs, au sein d’une « république esclavagiste, puis ségrégationniste ». La couleur de peau a constitué le critère unique pour justifier la déportation de dizaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes, devenant victimes de la racialisation et de l’eugénisme en Amérique et à Haïti, notamment.

Le Trou de ver, Patrick Devaux (par Parme Ceriset)

Ecrit par Parme Ceriset , le Vendredi, 07 Juillet 2023. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Le Coudrier

Le Trou de ver, Patrick Devaux, éditions Le Coudrier, février 2023, Ill. Catherine Berael, 60 pages, 16 € Edition: Le Coudrier

 

Se pourrait-il que la poésie soit créatrice d’un lien imperceptible entre les vivants et les morts, un « trou de ver » qui relierait deux régions distinctes de l’espace-temps, comme il en existe en astrophysique ?

Se pourrait-il qu’une « main blanche », celle d’un ange, revienne de l’après-vie et tende au poète un poème ultime, celui qui n’a encore jamais été écrit ?

Tout est possible dans l’univers de l’imaginaire, de l’art, et les métaphores de Patrick Devaux savent ressusciter les absents, immortaliser leurs parfums, la trace de leur passage. Bien sûr, chacun peut y croire ou non, car « les témoins se font rares », et « il reste si peu de nous », parfois un simple geste furtif « dans la mémoire d’un rétroviseur », à l’instant d’un drame irréparable, inoubliable, que personne n’a vu venir :

Bunny Lake a disparu, Evelyn Piper (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Jeudi, 06 Juillet 2023. , dans Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Denoël

Bunny Lake a disparu, Evelyn Piper, Éditions Denoël, mai 2023, trad. anglais (USA), Jean Slavik, 248 pages, 22 € Edition: Denoël

 

Blanche Lake, jeune mère célibataire, qui vient de débarquer à New-York avec sa fille Félicia, surnommée Bunny, fait un détour à la boutique de fruits et légumes près de chez elle pour acheter à son enfant une belle pomme. Elle en choisit une bien brillante dans une pyramide de fruits luisants de fraîcheur. Madame Negrito, la vendeuse, fait une réflexion comme quoi il est dommage que son fils, Eddie, ne soit pas là. Blanche, surprise, réagit en faisant remarquer qu’elle ne savait pas que ce gamin qui la suivait jusque devant chez elle était son fils. Madame Negrito explique alors à Blanche que son fils semble avoir une attirance pour elle et que cela à donné lieu à une algarade entre Eddie et son père qui lui a reproché ses manières de faire, ce qui a mis en fureur le gamin. Blanche, après avoir payé ses emplettes, est sortie en disant à Madame Negrito qu’elle ne remettrait plus les pieds dans sa boutique si cela devait amener ce genre de problème. Son chemin faisant, elle s’est fait la réflexion que la pomme était bien trop brillante pour que ce soit dû à la seule fraîcheur, elle s’est mise alors à penser que par dépit Eddie avait dû cracher sur les fruits. Elle a alors jeté celui-ci dans le caniveau avant de poursuivre son chemin jusqu’à l’école pour récupérer sa fille.