Dans le cadre du cycle Harold Pinter, l’un des plus éminents dramaturges du théâtre dramatique anglais de la seconde moitié du vingtième siècle, présenté au théâtre de l’Atelier au printemps dernier et dirigé par Ludovic Lagarde, il nous a été donné de revoir deux de ses admirables pièces, La Collection, et L’Amant. Ce fut l’occasion de relire Le Gardien, son premier grand succès à Londres en 1961.
Le décor, minutieusement décrit, se compose d’ustensiles rouillés, de vieux objets inutilisables, un bouddha en plâtre trône sur une cuisinière hors d’usage, un seau suspendu au plafond est censé recueillir les fuites du toit. Harold Pinter fait mine de nous installer dans l’univers métaphysique de Beckett (« Qu’est-ce que vous faites… quand le seau est plein ? On le vide »), mais l’auteur qui ne se réclame de rien ni de personne prévient : « Je n’écris jamais à partir d’une idée abstraite ». C’est bien une situation concrète qui réunit les trois personnages : un clochard, Davies, récupéré dans la rue comme l’un des vieux objets qui encombrent l’intérieur de la chambre habitée par les deux frères, Aston et Mick, se voit offrir un poste de gardien.