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Les Livres

Hommage à Philippe Sollers, Collectif (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 07 Décembre 2023. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Hommage à Philippe Sollers, Collectif, Gallimard, novembre 2023, 144 pages, 12 €

 

« C’est dans le village d’Ars que je serai enterré, près du carré des aviateurs anglais, australiens et néo-zélandais, tombés ici pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont 22, 23 ans, ils sont pilotes ou mitrailleurs. Personne n’a réclamé leurs corps. Ce voisinage me plaît » (Navigation, Un Vrai Roman, Mémoires, Philippe Sollers, Plon, 2007).

« Que la promesse des “oiseaux nés libres”, comme ceux que tu aimais observer en Ré, te soie tenue, mon cher Philippe : “Où que nous allions, tout devient libre et ensoleillé autour de nous !”. Nous ne pouvons en douter » (Antoine Gallimard, Sollers à l’infini).

« Au fil du temps, dans des carnets, j’ai noté des phrases. Parfois je ne sais plus d’où elles viennent. Peu importe puisqu’il s’agit d’un unique livre, dont Sollers délivrait, régulièrement, des fragments » (Josyane Savigneau, Sollers et Lui).

« Vous le lisez et il est aussitôt présent, il marche avec vous, au milieu du désert comme au fond de la vallée verte, sur la plage comme le long des façades classiques de Bordeaux ou Venise » (Marc Pautrel, Le vrai corps est un texte).

L’Envers de l’éperon, Michel Bernanos (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 06 Décembre 2023. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

L’Envers de l’éperon, Michel Bernanos, L’Arbre Vengeur, 2018, 217 pages, 17 €

 

La lecture de ce roman est une véritable suffocation. La tension de l’arc narratif, des premiers mots aux derniers, est permanente tant le « contrat » de départ – au sens donné chez un tueur professionnel – ligote l’action dans une cible intangible et improbable : un frère aîné se voit confier la mission de tuer son frère cadet, qu’il aime et admire.

Michel Bernanos situe l’action au Brésil, dans les espaces brûlants du Sertão, emplis des échos annonciateurs du Diadorim de João Guimarães Rosa et des souvenirs d’enfance de l’auteur, qui vécut, avec son père Georges Bernanos et sa mère, plusieurs années dans ce pays. Le Sertão, devenu un espace mythique de la littérature, qui sert de cadre à tant de chefs-d’œuvre de Guimarães Rosa, Vargas-Llosa, Ribeiro Ubaldo, Da Cunha, et qui a la faculté de s’ériger en personnage central de tous les romans qu’il abrite.

Scènes d’une vie de bohème, Une jeunesse à Colmar et Strasbourg (1880-1914), Otto Flake (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 06 Décembre 2023. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Arfuyen

Scènes d’une vie de bohème, Une jeunesse à Colmar et Strasbourg (1880-1914), Otto Flake, Arfuyen, 2023, trad. allemand, Marine El Hajji, Régis Quatresous, 310 pages, 20 € Edition: Arfuyen

En moins d’un siècle, de 1860 à 1945, les Alsaciens ont changé quatre fois de nationalité, de langue, de système politique et administratif, passant de la France à l’Allemagne et retour. L’invasion de 1870 a, dans l’ensemble, disparu de la mémoire collective, malgré les atrocités qui furent commises (pas seulement dans l’Est du pays : on relira certaines nouvelles de Maupassant, comme La Folle). Sommés de choisir entre l’Allemagne et la France, la moitié des Alsaciens prit le chemin de l’exil, abandonnant leurs domiciles, leurs entreprises, leurs fonctions, s’établissant dans la partie de l’Alsace demeurée française (le Territoire de Belfort), les régions voisines ou à Paris (ce fut pour eux qu’on créa l’École alsacienne). De 1870 à 1918, l’Allemagne nouvellement érigée en État fit le nécessaire pour qu’on oubliât les conditions dans lesquelles furent annexées l’Alsace et la Moselle (et ce fut d’autant plus aisé que les plus déterminés des anti-Allemands étaient partis). La gare de Metz est célèbre pour sa lourdeur typiquement teutonne, le « quartier allemand » de Strasbourg se visite aujourd’hui à part entière et le IIe Reich dota richement la Bibliothèque universitaire de Strasbourg, détruite lors du siège de la ville, le 24 août 1870, par un obus allemand selon toute vraisemblance tiré volontairement.

L’art et son miroir, Hubert Haddad (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Mardi, 05 Décembre 2023. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Arts, Zulma

L’art et son miroir / Hubert Haddad / Editions Zulma Essais / 624 pages / 26,50€ / Octobre 2023 . Ecrivain(s): Hubert Haddad Edition: Zulma

 

Effets de miroirs

 

D’emblée, l’ouvrage de Hubert Haddad « L’art et son miroir » nous conduit à l’essentiel, le premier texte s’intitulant « Sans préambule ». Pas de fioritures, ni de préliminaires, donc, il faut aller au cœur de l’œuvre d’art. Ce qui frappe en premier lieu, selon lui, c’est la profusion des œuvres, celles des musées où se célèbre une « grand-messe ininterrompue », celles des collectionneurs dont la quête a « quelque chose de pathétique », celles encore d’Internet « encyclopédie dédalique » où la moindre œuvre est répertoriée et à portée de clic. Que penser de toute cette profusion ? Est-ce un « sanctuaire déconsacré » selon l’antienne malrucienne, une « divine brocantaille », ou encore un ensemble de « butins de guerre, contrebandes royales, pillage des colonialisme, potlatchs diplomatiques » ? Derrière toute cette corne d’abondance qui dégueule de partout, il y a le geste créateur sur lequel s’interroge Hubert Haddad.

Oh, les filles !, Philippe Lacoche (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 05 Décembre 2023. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Nouvelles

Oh, les filles !, Philippe Lacoche, éditions Héliopoles, octobre 2023, 176 pages, 17 €

 

Quel est ce fin renard pêcheur à la ligne illustré en première de couverture par Victoria Le Stunff, au bord de ce qui ressemble aux étangs de Commelles situés en Picardie, et qui paraît avec son air goguenard nous jeter un œil complice ? N’a-t-il pas l’allure de notre Marquis des Dessous chics alias Philippe Lacoche ou Ph. L., si admirateur de la gent féminine (filles, femmes, « héroïnes parfois ; seconds rôles, souvent ; simples profils… qu’importe ! ») et si féru de pêche à la ligne ?

Cette fois, le journaliste romancier et parolier, auteur d’une quarantaine de livres, nous invite à pousser la porte de nouvelles littéraires où ce sont bien les femmes qui tirent les ficelles des textes comme du destin des hommes qui les entourent. Se permettant d’emprunter ce titre, Oh, les filles !, à la célèbre chanson des Pingouins, œuvre d’Eddy Vartan et de Marty Robbins, immortalisée par le groupe