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Les Chroniques

Les mythes fondateurs de l’antisémitisme de l'Antiquité à nos jours, Carol Iancu (par Martine L. Petauton)

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 14 Janvier 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, Essais, La Une CED

Les mythes fondateurs de l’antisémitisme de l'Antiquité à nos jours, Carol Lancu, Editions Privat – 2003 – 23 euros

Ambitieux, et certains de s'interroger : un peu prétentieux, le sujet ? Mais l'auteur est professeur titré et compétent en histoire contemporaine à l'université, directeur de l'école des hautes études du judaïsme. C'est donc pour un sujet pareil – himalayen – l'homme qu'il fallait, capable de présenter à un public multiple et pas forcément historien, avec clarté, ce qu'il faut connaître du phénomène empoisonnant le monde depuis la nuit des temps. Ce livre dense, remarquablement synthétique, organisé à la façon d'un cours passionnant, avec ses repères faciles à consulter, est une boîte à outils se lisant quasi comme un roman.

Si, d'accord en cela avec Jules Isaac, il n'y eut pas « d'antisémitisme éternel », Il y eut un antijudaïsme païen très tôt dans l'Antiquité ; les Egyptiens regrettaient des coutumes par trop différentes, et pensaient les juifs « descendants de lépreux » ; il y avait déjà une diaspora, et l'allusion au « meurtre rituel » est chez Démocrite, tandis que l'antijudaïsme fort présent à Alexandrie, est de là, passé dans le monde romain – Tacite, par exemple. Globalement, on perçoit partout l'étrangeté ressentie par les religions polythéistes face au monothéisme.

Cailloux, Michel Stavaux (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 13 Janvier 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Cailloux, Michel Stavaux, éditions D’Hez, avril 2021, 59 pages

 

 

Étrangeté

Il y a parfois des livres qui produisent une impression de distance, parce que, par exemple, il manque des images ou de la chair, distance que l’on ne prémédite pas, distance parfois nécessaire pour entrer dans un univers. Il est rare de traverser un recueil semblable à l’idée que l’on se fait d’une grande poésie, ou de se sentir proche d’un mot de cette quête de langage, quête du langage. Ici, le plus frappant, c’est la manière d’aller vers l’abstrait, de ne pas ressentir la contingence de l’existence de l’auteur, qui permet au lecteur de vagabonder dans cette zone au-dedans, dans l’esprit, où la pure parole, la pensée comme soupesée à l’aune de l’éclat, laissant un goût de beauté sans que l’on en connaisse la substance.

Morzine, une possession démoniaque au XIXème siècle (1ère partie) - Par Léon-Marc Levy

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 12 Janvier 2022. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Au XIXème siècle, et encore assez tard au XXème, les points d’attroupements humains en montagne ont, dans la circulation de l’échange à l’intérieur des groupes, un caractère essentiellement introverti : la géographie difficile de ces régions fait de la communication avec l’extérieur un problème constant et souvent sans solution. Les petites communautés de villages savoyards sont structurellement induites à l’enfermement sur elles-mêmes, réduisant l’apport de l’extérieur au minimum vital. Les hivers sont longs et lourds de misère et d’angoisse. L’économie est fondée sur l’élevage et la petite et difficile agriculture de montagne. La formidable machine industrielle qui commence à quadriller l’activité humaine au milieu du XIXème siècle, la modernisation galopante de l’Europe de l’Ouest, de la France napoléonienne voisine en particulier (Napoléon III prend le pouvoir en 1861), n’affleurent même pas le haut-pays de Savoie et ses rudes paysans et bergers, ancrés dans leurs activités traditionnelles, et fort peu payantes, tournant autour du lopin de terre et des rares têtes de bétail.

De la profondeur, Alain Marc (par Gilbert Bourson)

, le Mardi, 11 Janvier 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

De la profondeur, Alain Marc, Editions Douro, septembre 2021, 220 pages, 19 €

 

Sous la forme d’un journal, d’un « au jour le jour » de lectures d’auteurs aux écritures d’intensités diverses, Alain Marc nous promène dans une bibliothèque souvent cousine de la nôtre, et ce, en de courtes notes, parfois de pur enthousiasme et parfois de petites mises au point personnelles sur une œuvre. Ses considérations ne sont jamais péremptoires, mais on suit le parcours d’un lecteur qui nous fait part de ce qu’il retient d’un auteur et comme il le situe dans son panthéon personnel. Ses considérations sont toujours pertinentes car elles ne dérivent jamais vers un jugement quelconque.

Ce livre est davantage un recueil de descriptions d’œuvres, comme d’objets dont on recense les qualités, que d’articles censés analyser les performances littéraires d’un écrivain. Lire De la profondeur est agréable à plus d’un titre, car on peut y « chiner » en l’ouvrant n’importe où, pour y rencontrer ses favoris (comme on dit aujourd’hui) où découvrir ce que pense de tel ou tel que nous n’apprécions guère, notre lecteur si avide de nous faire partager son érudite aventure livresque.

La Peinture et le cri, Jérôme Thélot (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 10 Janvier 2022. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Arts, L'Atelier Contemporain

La Peinture et le cri, Jérôme Thélot, octobre 2021, 184 pages, 25 €

N’es-tu pas reine ô toi que découronnera

La camuse au milieu des infâmes cris noirs

N’es-tu pas à présent le charnel chant du soir

N’es-tu pas la beauté que la mort posséda ?

Pierre Jean Jouve

Cri noir

La Peinture et le cri aurait pu se sous-titrer : Variations sur le cri. Car de Pollaiolo à Francis Bacon, Jérôme Thélot explore la production plastique occidentale du cri en peinture, s’appuyant sur l’effet de punctum qui prend sens dans la vision légèrement inquiète que suscitent les tableaux. Donc, il oriente le regard vers un suspens, un point d’orgue, un accent bruyant et muet, si cet oxymore convient, vers la bouche ouverte et béante de personnages sacrés ou profanes.