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Les Chroniques

À propos de la Kâli décapitée de Marguerite Yourcenar (par Bernard Fauren)

Ecrit par Bernard Fauren , le Mardi, 15 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED


La nouvelle de Marguerite Yourcenar, Kâli décapitée, a été publiée en 1928 dans La Revue Européenne, puis publiée dans le recueil des Nouvelles orientales chez Gallimard en 1938. À l’occasion d’une édition ultérieure, Marguerite Yourcenar a voulu préciser ce qui suit dans un post-scriptum : Cette réimpression des Nouvelles orientales, en dépit de très nombreuses corrections de pur style, les laisse en substance ce qu’elles étaient lorsqu’elles parurent pour la première fois en librairie en 1938. Seule, la conclusion du récit intitulé Kâli décapité a été récrite, afin d’y souligner davantage certaines vues métaphysiques dont cette légende est inséparable, et sans lesquelles, traitée à l’occidentale, elle n’est plus qu’une vague « Inde galante ».

Lève-toi et tue le premier, L’histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël, Ronen Bergman (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 14 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Lève-toi et tue le premier, L’histoire secrète des assassinats ciblés commandités par Israël, Ronen Bergman, Grasset, février 2020, trad. anglais, Johan-Frédérik Hel Guedj, 938 pages, 29 €

 

Une main avec une bague ornée d’un rubis. C’est tout ce qui était resté en ce bas monde – mais ce fut suffisant pour l’identifier – du général iranien Qassem Soleimani, un des individus les plus dangereux de la planète, après que son convoi eut été touché par un missile sur l’aéroport de Bagdad, le 3 janvier 2020. Soleimani n’était pas un ami d’Israël, qui avait failli l’éliminer douze ans plus tôt, en même temps qu’un autre malfaisant, Imad Moughniyeh. Ce ne fut cependant pas un doigt israélien qui poussa le bouton, même si l’État hébreu a sans doute fourni des renseignements (le tir d’un missile depuis un drone est l’aboutissement d’une longue chaîne d’informations et de décisions). L’ordre était venu du président Trump, qui avait fait sienne une des méthodes les plus caractéristiques des services secrets israéliens.

Diogène, L’antisocial, Jean-Manuel Roubineau (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Vendredi, 11 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Diogène, L’antisocial, Jean-Manuel Roubineau, PUF, janvier 2020, 235 pages, 15 €

« Que fait donc Diogène avec une lanterne ?

Se disaient des Dandys à l’élégant maintien.

Messieurs, je cherche un homme, et de mon œil lent terne

Je n’en vois pas, dit-il : ce mot les vexa bien ».

M. de Rambuteau

(Sur une caricature d’Honoré Daumier. Cf. Fig. 6 du livre)

L’homme libre

Être un homme libre, certains pensent y être parvenus, beaucoup le souhaitent qui ne le seront jamais. Démontrer sa liberté personnelle chaque jour à ses concitoyens n’est pas non plus à la portée du premier venu. De nos jours, sous nos latitudes, nous n’avons connu que le président François Hollande monté sur un engin motorisé qui, chaque matin, apportait à sa Dulcinée les croissants de leur petit déjeuner. Le fait fut observé et moqué à souhait, ce qui semble démontrer que cette liberté-là n’a pas bonne presse, sans doute parce que l’habitude de l’exercer est encore peu fréquente et mal considérée.

Réflexions sur l’état et le Diable (suite) (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED

 

Discours d’état et irraison

Il s’agit pour le maître politique de mettre en place sa domination sur l’aire des mots pour imposer son ordre signifiant. Dans les zones du langage sans cesse on côtoie le symbolique et l’émergence des signes de l’inconscient. L’ordre des discours ne peut s’imposer à la raison, surtout dans l’espace des possessions démoniaques. Il suffit de pointer le lieu, étroit et excentrique, d’où s’énonce le dire des possédées comme cri de désir inextinguible, lieu frontière, coupure dans le tissu relationnel entre individu et groupe, pour repérer qu’il interdit au discours d’état de s’adresser à la raison. C’est que la coupure dont il est question, individu/groupe, n’est que le reflet porté de l’autre coupure, constitutive des sujets barrés en ceci qu’ils ne soutiennent de désir qu’au champ de l’Autre. Le corpus de la parole d’état se fait discours de l’Autre et le projet des docteurs en science est d’occuper cette fonction par la magie d’une parole adorable. Ce dont il s’agit dans la grammaire qui régit le rapport du discours médical aux acteurs et spectateurs de la scène des possessions, joue et se nourrit de fils souterrains et nocturnes, constituants ténus d’un texte dont l’adresse se fait non à la raison, mais à la pulsion irrépressible mais manipulable, en résumé à ce qui fonde l’irrationnel dans l’aire des groupes humains.

« Je dis nous » : un choix de proses de Giono dans la Pléiade (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 09 Septembre 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Un roi sans divertissement et autres romans, Jean Giono, Gallimard, Coll. Bibliothèque de la Pléiade, mars 2020 1360 pages

Vous vous souvenez du Hussard sur le toit ? « Avant qu’il crie : “Qu’avez-vous ? Pauline !” elle eut comme un reflet de petit sourire […] charmant et elle tomba, lentement, pliant les genoux, courbant la tête, les bras pendants. Comme il se précipitait à ses côtés elle ouvrit les yeux et fit manifestement effort pour parler, mais elle dégorgea un petit flot de matières blanches et grumeleuses semblables à de la pâtée de riz. Angelo arracha le bât du mulet, étendit son grand manteau sur l’herbe et y plia la jeune femme. Il essaya de lui faire boire du rhum. La nuque était déjà dure comme du bois et cependant tremblante comme des coups énormes frappés dans les profondeurs. Angelo écouta ces appels étranges auxquels tout le corps de la jeune femme répondait. Il était vide d’idées. Il eut seulement conscience que le soir tombait, qu’il était seul. […] Il tira alors le corps de la jeune femme, plus loin de la route, plus avant dans les buissons. […] Il tira les bottes de la jeune femme. Les jambes étaient déjà raides. Les mollets tremblaient. Les muscles tendus faisaient saillie dans la chair. De la bouche qui était restée emplâtrée du dégorgement de riz sortaient de petits gémissements très aigus.