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Les Chroniques

De la poésie, Entretien avec Reynald André Chalard, Philippe Jaccottet (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 25 Août 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

De la poésie, Entretien avec Reynald André Chalard, Philippe Jaccottet, éditions Arléa, juin 2020, 94 pages, 8 €

Le poète empathique

Comment rédiger quelques propos au sujet de l’entretien accordé par Philippe Jaccottet à Reynald André Chalard, sans trahir la pensée du poète sur la poésie ? J’ai très vite songé à cette question en y répondant en moi-même. J’ai pensé que pour un poète comme lui, qui ne tolère pas la trahison qu’exige sa propre empathie avec le poème, soit avec ses émotions, soit avec la réalité, et sans opter pour un langage poétique de fantaisie, d’artifice, cette vision était par elle-même impossible à dénaturer.

Il est vrai que mon destin est lié lui aussi au difficile travail du poème, sachant que j’aime lire la poésie d’aujourd’hui – et celle d’hier évidemment – et que je le fais toujours avec toute ma personne, risquant de parler de moi-même sous le couvert de faire parler l’auteur. Toujours est-il que je cherche en grande partie où se joue le pouvoir secret de créer. Et puisque je parle longuement de moi (trop ?) je finirai ici en précisant que j’ai aimé l’attention que porte Philippe Jaccottet à la vérité, vérité de la vie, pour lui qui fut traducteur et critique, et donc en quête à travers les textes, de la vie et de la véracité du langage qui l’accompagne.

Sélection du Prix littéraire de la vocation, 2020, Fondation Marcel Bleustein-Blanchet pour la vocation @FdtVocation (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Dimanche, 23 Août 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

 

Tout va me manquer, Juliette Adam, Fayard, juin 2020, 270 pages, 18 €

Qu’est-ce que l’amour à vingt ou vingt-cinq ans ? Telle pourrait être la problématique de ce roman de jeunesse.

Etienne est séduit et tombe amoureux. Chloé le repousse puis s’attache à lui, avec des hauts et des bas. Voilà, en gros, pour l’intrigue. A la plénitude de l’amour : « Plus besoin de regretter une destinée gâchée puisque son idéal était là, à ses côtés, à se trémousser en robe cache-cœur, à balancer sa tête de gauche à droite, agitant ses bras au-dessus de sa tête, Chloé était là, elle était sa solution », succède la désillusion : « Etienne rentra chez lui à toute vitesse, voulant agrandir la distance entre eux, se tenir loin d’elle, de cette fille, cette psychopathe qui le suivait dès le début ».

Conclusion de la série des « Moments forts » (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 21 Août 2020. , dans Les Chroniques, La Une CED

L’on connaît surtout Berthe Morisot grâce à Manet, grâce aux portraits, gorgés d’une force inouïe, qu’il lui a consacrés, entre 1869 et 1874, dans une proximité due au mariage de Berthe avec Eugène, le frère du grand peintre. Émotion, lors de ma visite de l’exposition The impressionists and photography au musée Thyssen (Madrid). Dans la salle 7 intitulée « Portraits »*, soudain d’égale importance, côte à côte, et ce n’est que justice : une toile de Manet et une toile de Morisot.

De la peinture de Morisot sourd une douceur achevée. Mais, me remémorant cette affirmation des Guerilla Girls : « Being reassured that whatever kind of art you make it will be labeled feminine » (The Advantages of Being a Woman Artist, 1988, Londres, Tate Modern), il s’agit pour moi de questionner mon impression première. Morisot, un art féminin ? Féminisation, à n’en pas douter, renforcée par l’éducation raffinée et surtout par la beauté de la peintre au « poétique visage » (lettre de Puvis de Chavannes du 1er août 1873), considérée comme l’« un des plus beaux types de la femme française de la fin XIXe siècle » par Camille Mauclair qui, dans L’Impressionnisme, son histoire, son esthétique, ses maîtres (1903), lui accordera seulement deux pages et deux illustrations, au sein de son chapitre VII consacré aux « artistes secondaires de l’impressionnisme ».

Ébauche d’un Tristan, Jean-Claude Pecker (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 20 Août 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Ébauche d’un Tristan, Jean-Claude Pecker, Z4 Éditions, mars 2020, 262 pages, 18 €


Ce nouveau livre de l’astrophysicien-poète Jean-Claude Pecker donne l’occasion de nous replonger dans « l’un des plus fascinants mythes de la littérature médiévale » au dire de l’auteur : le mythe de Tristan, ce preux chevalier breton au service du roi Mark de Cornouailles, tombé sous le charme d’Yseult la blonde. J.-C. Pecker souligne d’entrée « l’étrange parenté entre l’histoire de Tristan et la (s)ienne » et prévient : « Si les vers qui suivent semblent parfois n’avoir aucun rapport avec l’histoire de Tristan, que l’on sache bien que c’est à mon histoire qu’ils se réfèrent. À mes histoires plutôt… ». Autobiographies donc, déroulées dans le Poème d’une mythologie personnelle – ainsi se présente ce nouvel opus de Jean-Claude Pecker publié par les éditions Z4 de Daniel ZIV.

Le Ghetto intérieur, Santiago H. Amigorena (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mercredi, 19 Août 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Le Ghetto intérieur, Santiago H. Amigorena, P.O.L, 2019, 191 pages, 18 €

 

Humain, très humain

Santiago Amigorena a entrepris depuis longtemps un vaste projet littéraire autobiographique : « Il y a 25 ans, j’ai commencé à écrire un livre pour combattre le silence qui m’étouffe depuis que je suis né ». Une cure par l’écriture. Écrire pour mettre des mots sur le silence de son grand-père, juif polonais, exilé en Argentine avant la Shoah, torturé par « la culpabilité qu’il n’arrivait jamais à effacer tout à fait de son cœur » d’avoir abandonné sa mère dans le ghetto de Lodz. La grande qualité de ce récit, c’est sa profonde empathie : l’auteur se glisse corps et âme dans le personnage du grand-père et écrit une émouvante autobiographie à la 3ème personne. Il mêle harmonieusement fiction, souvenirs, lettres personnelles et références aux journaux de l’époque.