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Les Chroniques

La Styx Croisières Cie - Juin 2020 (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 09 Juillet 2020. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

Ère Vincent Lambert, An II

Humain, citoyen le plus vulnérable, la République française, la médecine, la banque et la magistrature réunies, t’ayant baptisé Légume, te tueront.

« Je déteste les jours qui nous voient réunis : je sais trop bien qu’il n’est rien qui ne traîne après soi sa disparition »

(Les Mille et Une Nuits, 950e nuit)

« Un bruit d’écrasement, un geignement mat : je me retourne, un petit chat s’est cassé les reins sur le trottoir, devant la charcuterie. Comme il est drôlement immobile, le corps tordu, les pattes tendues ! Des ménagères font un cercle d’exclamations tout autour, troublant la circulation. Mais passe un homme, une espèce d’ouvrier à moustaches, qui prend le minet par la queue et l’assomme contre le bord du trottoir ; puis continue comme si de rien n’était. Le chat gémit encore une toute petite fois, déchirant de cette plainte presque irréelle l’espèce d’ouate où la mort l’emmitoufle »

(Philippe Jaccottet, Observations et autres notes anciennes, 1947-1962)

Casanova-Rousseau, Lectures croisées, Dir. Jean-Christophe Igalens, Érik Leborgne (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 08 Juillet 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Casanova-Rousseau, Lectures croisées, Dir. Jean-Christophe Igalens, Érik Leborgne, Presses Sorbonne Nouvelle, 2019, 207 pages, 19,90 €

 

Est-il possible, c’est-à-dire raisonnable, d’accoler les deux noms de Casanova et de Rousseau, dont l’œuvre la plus aboutie demeure Les Rêveries du promeneur solitaire (qu’il faut absolument lire dans l’édition critique établie par Frédéric S. Eigeldinger, chez Honoré Champion, Coll. Champion Classiques Littératures, 2010) ? Cette question ne cesse, avec facétie, d’aller et venir en soi, lorsque l’on prend connaissance, page après page, de ce volume – avec une joie accomplie, tant celui-ci s’avère passionnant.

En effet, tout, absolument tout semble opposer ces deux auteurs.

Divergences quant au vécu. Quant à l’Aventure (la majuscule, ici s’impose) qui peut être part intrinsèquement constitutive de la vie. L’on sait le mouvement qui fut le cœur battant de la vie de Casanova. Certes, Rousseau voyagea, « parfois contre son gré », et son exil le mena « à vivre un moment dans la clandestinité, mais dans des conditions qui n’ont [absolument] rien de comparables avec celles de Casanova ».

Rituaire, Jean Claude Bologne (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 08 Juillet 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Rituaire, Jean Claude Bologne, Éditions Le Taillis Pré, Coll. Les inclassables, mars 2020, 120 pages, 15 €

 

« Il faut s’approprier le rite pour le comprendre, l’écrire à la première personne, car il est participatif. C’est ce que j’ai tenté dans ces courts textes : m’immerger dans un rite ancien ou lointain, sans prétendre à l’authenticité, ni même à une compréhension correcte. C’est sa résonance en moi qui m’intéresse. Le rite doit se vivre, non se dire ».

J. Cl. Bologne

Le regard intérieur

Le rite pourtant se dira.

Rituaire est un livre, un multi-sanctuaire descriptif et verbal. Inviolable, du moins dans le principe. Jean Claude Bologne ne tente pas de violer l’espace des divers rites dont il fait mention et explore les arcanes par la pensée, et surtout par le travail de l’imaginaire qui implique sa personne, lui offrant sans doute l’outil de pénétration le plus efficace.

Poète né, Christophe Esnault (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 07 Juillet 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Poète né, Christophe Esnault, éditions Conspiration, juin 2020, 60 pages, 14 €

 

Quel poète pour quel poème ?

Le dernier recueil de Christophe Esnault cache, sous sa belle couverture bleu métallisé, un ensemble de textes cohérents, variés, dont la lecture est à la fois exigeante, sollicitant les capacités d’ironie des lecteurs, et facile d’accès, car on n’y trouve pas de tentatives lyriques infondées ou faussement motivées. Ce qui frappe le plus, c’est l’ambiguïté, le caractère poreux des parties d’anti-poésie, comme les qualifie l’éditeur, et des passages que l’on aborde comme poème, alternance qui séquence l’ouvrage.

À partir de cette porosité, je crois qu’il faut poursuivre un peu l’analyse. En regardant, par exemple, comment le texte décolle de son propos, pour nous porter auprès d’une révolte, parfois engagée dans une forme de certitude, mais que l’ironie mordante à certains égards vient souligner ou défaire. Je crois que la morale de Diogène de Sinope pourrait très bien être celle du poète.

Poèmes, Edith Södergran (par Luc-André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 06 Juillet 2020. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Poésie

Poèmes, Edith Södergran, éditions Rafael de Surtis, trad. suédois (Finlande) Régis Boyer, 200 pages, 22 €

 

« Nous devons aimer les longues heures de maladie de la vie

et les années contraintes du désir

comme les brefs instants où fleurit le désert »,

Edith Södergran

 

Voici une publication de première importance. D’abord parce que l’auteur, la poète finlandaise d’expression suédoise, Edith Södergran, qui tient une place centrale dans la poésie moderne des pays scandinaves, reste méconnue en France. Ensuite parce que, grâce au travail des éditions Rafael de Surtis, le volume reprend l’ensemble de son œuvre, cinq recueils et deux suites d’aphorismes. Enfin parce que la poésie qui s’y exprime frappe par son originalité, sa puissance d’évocation et, pourrait-on dire, sa grandeur tragique.