Identification

Les Chroniques

La Vache d’entropie, Ivar Ch’Vavar (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Jeudi, 21 Février 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

La Vache d’entropie, Ivar Ch’Vavar, éditions Lurlure, janvier 2019, 136 pages, 16 €

 

Nature et culture

Après le lot de vœux et d’espoir du début de l’année, je reviens sur ma dernière lecture, et je commence seulement aujourd’hui cette chronique qui aurait dû voir le jour il y a plus d’une semaine. Ce qui est profitable dans un sens car je ne garde de cette Vache d’entropie que l’essentiel, et je peux vaquer de cette manière plus librement dans mes notes, prises au fil de ma lecture. Elle n’est d’ailleurs pas si ancienne pour être considérée comme un souvenir, mais assez pour imposer une distance propre à permettre de saisir ce que j’ai le plus distingué. C’est aussi un avantage ici car cette poésie part en étoile, or j’ai eu l’intention de titrer cette chronique de l’épithète : varia. Oui, ces poèmes sont convexes, si je puis dire, et leur foyer est variable, presque profus. Cependant l’essentiel reste quand même le traitement poétique de la nature et de la mort (l’on peut prendre le titre du recueil comme reflétant cette question : vache=nature, entropie=mort, même si c’est en soi trop simple pour venir à bout de ce recueil curieux et varié).

Nouvelles intégrales, tome I, Edgar Allan Poe, chez Phébus (par Matthieu Gosztola)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 20 Février 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Nouvelles intégrales, tome I (1831-1839), Edgar Allan Poe, Phébus, coll. Littérature étrangère, octobre 2018, trad. anglais (USA) Christian Garcin, Thierry Gillybœuf, 432 pages, 27 €

 

 

Christian Garcin et Thierry Gillybœuf citent Valéry Larbaud, dans la préface à leur traduction de l’ensemble des nouvelles de Poe, dont le premier tome, correspondant aux années 1831 à 1839, vient de paraître chez Phébus : « traduire un ouvrage qui nous a plu, c’est pénétrer en lui plus profondément que nous ne pouvons le faire par la simple lecture, c’est le posséder plus complètement, c’est en quelque sorte nous l’approprier ».

Mais comment traduire ? Dès 1946, le même Larbaud notait dans Sous l’invocation de saint Jérôme : « Chaque texte a un son, une couleur, un mouvement, une atmosphère qui lui sont propres. […] [C’]est ce sens là qu’il s’agit de rendre, et c’est en cela que consiste la tâche du traducteur ». Est-ce à dire que cette tâche est, s’avère impossible ?

Là où la nuit / tombe, Stéphane Sangral (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 15 Février 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED

Là où la nuit / tombe, Stéphane Sangral, éditions Galilée, 2018, 120 pages, 12 €

Le titre avec son slash figure formellement que la nuit, déployée au cœur de ce nouveau livre de Stéphane Sangral, va nous transporter dans son tournoiement du temps qui passe, écoulé de 19h00 à 07h70 – plages d’heures déroulées en plusieurs séquences d’écriture. La nuit remue, nous invitant en son lieu solitaire, d’acmé insolite et inédit, Là ou la nuit / tombe. Le décor est tendu par le voile de l’absence, d’entrée : « Sous la forme l’absence s’enfle et vient le soiret l’azur épuisé jusqu’au bout du miroir… », nous prévient-on en exergue. Comme les titres précédents de l’auteur aux mêmes éditions Galilée (Méandres et Néant, 2013 ; Ombre à N dimensions, 2014 ; Fracas du Soi, fracas de l’Autre, 2015 ; Circonvolutions, 2016 ; Des dalles posées sur rien, 2017), le titre de ce recueil nous prévient que nous traverserons par le livre un temps différent de celui chronologique et agité qui secoue nos journées : nous entrons ou rentrons dans l’espace d’un temps décalé, en marge de la mascarade de finitude où se succèdent et se juxtaposent nos existences diurnes vouées à l’immédiateté de l’action contingente. Dans ce dernier livre, Stéphane Sangral fait état d’une expérience de la nuit où le temps se passe à perdre son temps, en un don des mots tout à la réception d’un lieu autre– salvateur ? – de l’autre côté de nos temps qui courent.

La Styx Croisières Cie (10) (par Michel Host)

Ecrit par Michel Host , le Jeudi, 14 Février 2019. , dans Les Chroniques, Chroniques régulières, La Une CED

 

« Récitez-moi : Vous êtes vieux, père William… »,ordonna le Ver à soie. / Alice joignit les mains et articula :

« Vous êtes vieux, père William, dit le jeune homme, / Et vos rares cheveux sont devenus très blancs ; / Sur la tête pourtant vous restez planté comme / Un poirier : est-ce bien raisonnable, vraiment ? // – Étant jeune, répondit William àson fils, / Je craignais que cela ne nuisît au pensoir. Mais désormais, convaincu de n’en point avoir, / Je peux sans nul souci faire un tel exercice ».

Lewis Carroll

Traduction de Henri Parisot

Jules de Montalenvers de Phrysac : noté dans le Livre de mes Mémoires

Dieu n’a jamais voulu ça, Jonathan Sacks (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Jeudi, 14 Février 2019. , dans Les Chroniques, Les Livres, La Une CED, Albin Michel

Dieu n’a jamais voulu ça, Jonathan Sacks, Albin-Michel, mars 2018, trad. anglais Julien Darmon, 366 pages, 20 €

Au mitan du XXesiècle, alors que deux puissances qui détenaient chacune assez d’ogives nucléaires pour faire disparaître toute forme de vie sur terre s’observaient ombrageusement, l’une guettant chez l’autre le moindre geste hostile, rares étaient ceux à imaginer que, si l’humanité échappait à l’anéantissement atomique, elle devrait ensuite affronter une très ancienne croyance. Pour beaucoup, selon un schéma faux, les « grandes religions » (et les petites également) étaient destinées soit à disparaître, soit à subsister à l’état de fossiles. Après un XXesiècle monstrueux, on plaça de grands espoirs dans le XXIesiècle. La « fin de l’histoire » verrait enfin advenir le règne paisible de la paix perpétuelle prédite par les Lumières. Ces espoirs s’effondrèrent en même temps que le World Trade Center. La stupeur fut générale, à l’exception de ceux qui, dès 1979 et la révolution iranienne, avaient compris ce qui était en train de se produire. Le méchant génie sortait à nouveau de la lampe.

Sir Jonathan Sacks n’étudie pas la violence religieuse en général. Il n’évoque pas la cruauté perverse et hystérique des religions amérindiennes d’avant Colomb. Son propos englobe les trois religions faussement dites « du Livre » : le judaïsme, le christianisme et l’islam. L’existence d’une figure commune (Abraham) ne peut masquer des différences cardinales. Certaines pages de Dieu n’a jamais voulu ça sont d’un intérêt prodigieux ; d’autres susciteront la controverse.