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Asie

La Baignoire, Lee Seung-U

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 22 Avril 2016. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Serge Safran éditeur

La Baignoire (Yokjoga Noinbang, 2006), mars 2016, trad. coréen Choi Mikyung, Jean-Noël Juttet, 138 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Lee Seung-U Edition: Serge Safran éditeur

 

On pourrait se demander en se plongeant dans La Baignoire, ce qui fait que nous avons les représentations que nous avons concernant la Corée et la littérature coréenne. Pourquoi ? Parce que nous sommes à peu près sûrs que pour la plupart des lecteurs il y aura plus qu’une surprise : un étonnement. Un étonnement amusé mais un étonnement qui pourrait bien être radical et amener une sérieuse révision des idées toutes faites. Cela rappelle tant les explorations d’un auteur français que nous ne nommerons pas (sinon vous n’aurez plus la surprise) que l’on se sent bien loin de l’orient supposément attendu. Puis, passé les premières pages, la surprise va s’accentuant, le décalage entre la forme ludique et la gravité légère du récit fait basculer la nature du livre que vous tenez entre les mains, vous emportant dans un autre monde, une autre vision. Étonnante et déstabilisante cette baignoire qui se remplit sans que l’on réalise bien comment et dont la phrase finit par nous envelopper et nous emporter, à l’image des personnages.

Madison Square Park, Abha Dawesar

Ecrit par Zoe Tisset , le Jeudi, 21 Avril 2016. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Héloïse D'Ormesson

Madison Square Park, avril 2016, trad. anglais Laurence Videloup, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Abha Dawesar Edition: Héloïse D'Ormesson

 

« Cela fait presque cinq ans que je vis à New York avec un blanc dans une seule pièce et mes parents ne sont pas au courant ; ils espèrent encore me voir épouser un gars du pays qu’ils auront choisi. Je me sens plus éloignée d’eux que je ne le suis de l’Inde. Je frissonne ». Uma est enceinte, elle va être mère, mais s’est-elle dégagée de l’emprise d’un couple de parents, plus que batailleurs ? « Je raccrochai aussi au nez de mon père. Je le revoyais en train de frapper ma mère au visage ; la revoyais, elle, tombant violemment en arrière, obligée d’amortir sa chute en se protégeant de son bras malade, celui qu’il lui avait déjà cassé. Et le lendemain, il agissait comme si tout était normal ». Uma est encore une petite fille en même temps qu’une femme. Deux récits et deux temps s’entremêlent dans ce livre, il y a le présent et ce qui fut l’enfance et l’adolescence d’Uma. L’enfant qui s’annonce oblige celle-ci à choisir les points d’union et de désunion entre ces deux temps. Quoi qu’il en soit, elle ne peut plus scinder sa vie en deux, à l’image de ces deux téléphones qu’elle possède, un pour Thomas et les amis et un autre pour ses parents.

La Huitième Reine, Bina Shah

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 13 Avril 2016. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

La Huitième Reine, février 2016, trad. anglais (Pakistan) Christine Le Bœuf, 347 pages, 23 € . Ecrivain(s): Bina Shah Edition: Actes Sud

 

Triptyque parfaitement équilibré entre l’Histoire – celle du Sindh, cette grande province au sud du Pakistan Oriental – l’Actualité contemporaine ; la fin de l’année 2007, qui, là-bas éclatera avec l’attentat meurtrier contre Benazir Bhutto, la huitième reine des légendes – et le roman, bien ancré dans le réel de la société et des mentalités Pakistanaises, autour du récit d’Ali, le héros, et les siens. Voilà un roman-récit-Histoire, qui aboutit à un voyage dépaysant, informatif, et magnifique de justesse d’écriture. Le lire, aujourd’hui, dans notre Europe menacée, massacrée, prenant encore une autre acuité, en liant davantage le lecteur à sa lecture.

Ali est entre plusieurs mondes, comme beaucoup en des pays semblables ; constant dédoublement, menaçant basculement : Karachi, où il est journaliste-TV officielle ; l’Occident américain, où il voudrait partir étudier (utiles pages vous donnant la procédure et les obstacles de la chose), et son Sindh, ses particularismes y compris sa langue, ses légendes auréolées de Saints Soufis combattant les tyrans, un tissu sociétal venu du plus loin de l’Histoire, arc-bouté sur des féodaux pour lesquels les liens d’homme à homme perdurent ici et maintenant.

Kabuliwallah, Rabindranath Tagore

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 29 Février 2016. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Zulma

Kabuliwallah, février 2016, trad. bengali (Inde), présentées par Bee Formentelli, 400 pages, 22 € . Ecrivain(s): Rabindranath Tagore Edition: Zulma

 

Petites vies, petits chagrins

Petites histoires de malheur,

D’une linéarité, d’une banalité radicales ;

Des milliers de larmes versées chaque jour,

Si peu sauvées de l’oubli […]

À jamais inachevées,

Les innombrables histoires du monde :

Boutons arrachés avant maturité,

Gloire en poussière avant d’avoir été chantée,

L’amour, l’effroi, l’injustice

De milliers de vies obscures.

Une Antigone à Kandahar, Joydeep Roy-Bhattacharya

Ecrit par Mélanie Talcott , le Samedi, 12 Décembre 2015. , dans Asie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Une Antigone à Kandahar, août 2015, trad. anglais (Inde) par Antoine Bargel, 368 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Joydeep Roy-Bhattacharya Edition: Gallimard

 

Nizâm… Un prénom de fille et de garçon qui en persan signifie harmonie.

Une silhouette bleu pastel immobile, un mirage contre le brun grisâtre du sol, une chaleur diurne qui épuise les corps et torréfie les esprits, un froid nocturne polaire qui empêche le sommeil, un ciel pailleté de tant d’étoiles qu’il suffit de se pencher pour les ramasser, l’aube qui naît plombée d’une brume maculée de poussière, le vent qui zèbre la terre à grands coups de fouet, l’air qui sent le soufre, des montagnes imposantes, le désert qui se cache dans les ombres et la poussière, partout. Quelque part en Afghanistan. La mort joue avec les nerfs des hommes, soldats américains contre Talibans. Les corbeaux et les vautours se disputent leurs dépouilles. Le temps se dissout dans une attente hantée par le spectre de la mort. Un poste avancé de l’armée américaine, une guerre qui n’en finit plus, une guerre qui abîme les cerveaux, détruit les cœurs et transforme les hommes en machines à tuer. Et le silence qui renvoie chacun à sa propre solitude et à ses doutes. Dans la nuit afghane, à la musique de Nizâm, juchée sur ses deux moignons, ancrée sur une charrette, ses deux bras comme des rames depuis son village lointain rayé du monde par un bombardement qui a emporté toute sa famille, répond en eux la nostalgie de l’exil et le désespoir de leur inutilité.