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Le Garçon perdu, Thomas Wolfe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions du chemin de fer

Le Garçon perdu (The Lost Boy), novembre 2017, trad. américain Etienne Dobenesque, 103 pages, 15 € . Ecrivain(s): Thomas Wolfe Edition: Editions du chemin de fer

Préambule : Mais que diable viennent faire ces dessins d’enfant qui gênent la lecture et ne signifient rien ? Quelle idée a donc surgi dans la tête des éditeurs ? Lecteurs, ne vous laissez pas distraire de ce bijou par ces sottises !


Petit livre miraculeux, qui prolonge avec délice la lecture du grand « Look Homeward, Angel », Le Garçon perdu est un objet littéraire peu commun.

Il est probablement possible de lire ce livre sans avoir lu Look Homeward, Angel. L’art de l’histoire courte, chez Wolfe, est d’une telle plénitude, d’une telle virtuosité que ces quelques cent pages suffisent à faire émerger brillamment des personnages magnifiques, un propos saisissant, en bref, un vrai roman. Néanmoins, pour ceux et celles qui ont gravi la « montagne » littéraire que constitue Look Homeward, le bonheur est total. C’est comme si, de manière très inattendue, on leur offrait un excipit de cent pages, un retour sur les lieux, avec les personnages auxquels on s’est tant attaché.

Voyage à Ravicka, Renée Gladman (par Laurent LD Bonnet)

Ecrit par Laurent LD Bonnet , le Vendredi, 04 Octobre 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Cambourakis

Voyage à Ravicka (Event factory), août 2019, trad. anglais (USA) Céline Leroy, 112 pages, 16 € . Ecrivain(s): Renée Gladman Edition: Cambourakis

 

Voyage à Ravicka est un très court « roman » de Renée Gladman, les quatre-vingts premières pages d’une tétralogie annoncée par l’éditeur Cambourakis. L’austérité, les émois, les peines que suppose le travail d’écriture, mènent parfois à produire une sorte d’énigme. Voyage à Ravicka en est une. Totale et insondable.

Des premiers mots : Depuis les airs il n’y avait aucun signe de Ravicka, jusqu’aux derniers : je réussis à gagner l’avion, tout ce qui fait qu’une fiction est avant tout une histoire : narration, personnages, lieux, ressorts dramatiques, valeurs induites ou proposées, en somme ce qui nous porte à lire pour comprendre ou rêver le monde est proposé à la déstructuration par Renée Gladman qui se mue là en extra-terrestre de la narration. Même Boris Vian avec L’Écume des jours n’est pas allé aussi loin dans la démarche surréaliste. Estimant sans doute qu’à trop briser les codes, il courrait le risque d’une anarchie, dont le lecteur, même féru de nouvelles dimensions créatives, aurait peiné à se remettre. Le temps lui a donné raison.

L’invention de la solitude, Paul Auster (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 03 Octobre 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

L’invention de la solitude (The Invention of Solitude), Traduit de l’américain par Christine Le Bœuf. 295 p. 8,50 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Babel (Actes Sud)

La virtuosité de Paul Auster à pied d’œuvre nous mène sur les traces de deux romans en un. En UN, c’est-à-dire qu’il y a unité étroite entre les deux, mieux encore que la fusion doit s’accomplir pour entendre vraiment cette œuvre de méditation sur les trois grandes affaires d’Auster en littérature : la mort, la mémoire et le hasard.

La première partie du livre est entièrement consacrée à la mort du père. Dès l’annonce du décès, le narrateur-Auster se donne une obligation absolue d’écrire sur le père. « Avant même d’avoir préparé nos bagages et entrepris les trois heures de route vers le New Jersey, je savais qu’il me faudrait écrire à propos de mon père. Je n’avais pas de projet, aucune idée précise de ce que cela représentait. Je ne me souviens même pas d’en avoir pris la décision. C’était là, simplement, une certitude, une obligation qui s’était imposée à moi dès l’instant où j’avais appris la nouvelle. Je pensais : mon père est parti. Si je ne fais pas quelque chose, vite, sa vie entière va disparaître avec lui ». Ce « vite » entre virgules pose la question centrale du statut de ce travail de l’auteur-narrateur sur la mort du père. « Vite » – sinon je vais oublier moi-même. « Vite » parce que je risque de n’y même plus penser dans quelque temps si je tarde.

Le goût sucré des pommes sauvages, Wallace Stegner (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 30 Septembre 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Gallmeister

Le goût sucré des pommes sauvages, août 2019, trad. américain, Éric Chédaille, 251 pages, 8,90 € . Ecrivain(s): Wallace Stegner Edition: Gallmeister

Les Editions Gallmeister publient à nouveau ces cinq nouvelles du chantre de la nature nord-américaine, Wallace Stegner. Elles furent à l’origine publiées de 1948 à 1959. C’est donc là une occasion de (re)découvrir cet auteur dont l’amour de la nature et des hommes ne se dément pas tout au long de ces pages. Si la chronologie est respectée dans ce recueil, chronologie des dates de publication d’origine s’entend, l’auteur lui-même précise que les nouvelles ne sont en rien la trace d’une progression, d’un cheminement, mais plutôt la preuve des différents intérêts qui ont jalonné sa vie.

L’amour de la nature tout d’abord. Le titre du recueil, qui est aussi celui de la première nouvelle, illustre le souci de l’auteur d’être au plus près d’un environnement dont l’importance se révèle par touches successives qu’il dissémine dans ses textes. On assiste ainsi comme à l’élaboration d’un tableau, les contours d’abord indistincts, posés comme négligemment sur la toile, se précisent au fur et à mesure de juxtapositions où chaque élément va renforcer la présence des autres. La linéarité, quasi absente des textes, sauf pour le dernier, aide à cette importance accordée au contexte qui devient le sujet, la nature comme élément central.

L’Histoire d’un roman, Thomas Wolfe (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 19 Septembre 2019. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions Sillage

L’Histoire d’un roman, trad. américain Matthieu Gouet, 65 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Thomas Wolfe Edition: Editions Sillage

 

Ce petit livre est une incroyable fournaise, celle qui brûle le cerveau, le corps, l’âme d’un écrivain enfoncé jusqu’au fond de l’Enfer dans sa création. La phrase que vous venez de lire n’est pas seulement une métaphore ; les feux de l’écriture ont réellement consumé Thomas Wolfe, mort à 38 ans de « tuberculose méningée », après 8 années d’une production folle de plusieurs millions de lignes d’écriture, dont ses deux éditeurs successifs, Maxwell Perkins et Edward Aswell, tirèrent 4 romans somptueux et quelques nouvelles.

Wolfe raconte l’incroyable aventure de son destin d’écrivain, à travers une sorte de « making of » de son premier roman* qui nous emmène dans le tourbillon de sa folie d’écriture. Car nous sommes au-delà de l’artisan/écrivain, celui dont se réclament bon nombre d’auteurs, y compris les plus prestigieux, comme Faulkner ou Flaubert. Non, nous touchons là à une forme délirante de scriptomanie. Tout – corps et âme – cesse d’être pour ne laisser place qu’à un déferlement, une cataracte impétueuse que rien – seule la mort – ne peut arrêter ou modérer. Toute vie, tout appétit, tout sommeil, sont suspendus à la création écrite.