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Dark Matter, Blake Crouch (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 01 Octobre 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister, Cette semaine

Dark Matter, Blake Crouch, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patrick Imbert, Gallmeister/Totem, mai 2024, 422 pages, 9,50 € Edition: Gallmeister


Information importante, à ne pas considérer tel un défaut : alors que le présent roman n’est encore pour moitié qu’un brouillon, Sony Pictures met plus d’un million de dollars sur la table pour en acheter les droits ; le bon filon a été flairé, et c’est Apple qui en fait finalement une série, co-signée par Crouch lui-même. Et autant être clair : ce roman a effectivement tout du film hollywoodien, avec ses paragraphes d’une brièveté exemplaire (souvent, une ligne et puis baste !), ses dialogues incisifs et son rythme digne d’une superproduction intelligente, façon Christopher Nolan. Pourquoi mentionner ce réalisateur ? À cause d’Interstellar, ce film qui était parvenu à faire d’un trou noir un personnage aussi essentiel que quasi sexy. Pareil traitement de la science avec Dark Matter, qui parvient à faire de cette « matière noire » qui constitue une bonne part de notre univers et pourrait expliquer la théorie du multivers un personnage à part entière, en rappelant au passage qu’il existe toujours un chat qui est à la fois mort et vivant tant qu’on n’a pas ouvert cette satanée boîte…

La ville de nulle part, Alison Lurie (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 01 Octobre 2026. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Rivages poche, Cette semaine

La ville de nulle part, Alison Lurie, éd. Rivages poche, trad. Élisabeth Gille, 432 p., sept. 2026, 9,50€ Edition: Rivages poche

 

Sous le soleil, le désenchantement

Paul et Katherine Cattleman, deux bostoniens, emménagent à Los Angeles (la ville de nulle part), où « Toutes les maisons étaient en stuc, couleur de crèmes glacées : vanille, citron, framboise, orange ». L’on retrouve cet « amas de crème fouettée » sur la tête des starlettes, dégoulinant comme de la crème Chantilly. Deux styles de vie s’opposent (et se méconnaissent) entre les gens très riches aux habitations aux formes importées de tous les pays, les décors kitchs, sorte de Disneyland à ciel ouvert et, à l’inverse, ceux condamnés à « vivre dans des alignements de boîtes presque identiques, en brique ou en bois, comme autant de caisses de savons à sardines ». Tout est exubérant, démonstratif, dans l’immense métropole, clinquant, « une culture au sein de laquelle n’importe quel livre était l’équivalent de n’importe quel autre ».

Le chardonneret, Donna Tartt (par Sandrine-Jeanne Ferron)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Jeudi, 10 Septembre 2026. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Roman, Cette semaine

Le chardonneret/donna tartt/traduction edith soonckindt/pocket/2015/1104 pages


Aurais-je agi autrement si j’avais eu une personnalité différente ou quelle personnalité aurais-je eu, si ma mère n était pas morte ce jour-là.

J’ai lu Le Chardonneret en version originale (je ne parlerai donc pas de la forme et du style) en trois semaines et ces deux questions sans point d’interrogation sont en français quelque part dans ma tête. Comme un rêve qui s’accroche aux membranes de l’hippocampe parce qu’il a eu le temps de s’en souvenir. L’ambiance spectrale des rues de New-York. À l’intérieur, les personnages et un tableau, Le Chardonneret. Theo dans l’atelier de Hobie, en sous-sol, entre la boutique d’un artisan et le laboratoire d’un alchimiste. Le sanctuaire d’odeurs, la chaleur du poêle au centre et la lumière en pigments. La cuisine glaciale, chez le père, à Las Vegas. La géométrie du vide et de l’absence. Les dates d’entrée associées aux dates de sorties. Le tableau existe.

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison (par Marie-Pierre Fiorentino)

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans USA, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Nouvelles, Cette semaine

Blue moon in Kentucky, Jim Harrison, traduit de l’anglais (États-Unis) par Brice Matthieussent, Héros-Limite, août 2025, 90 pages, 18 euros. . Ecrivain(s): Jim Harrison


La couverture blanche de l’ouvrage, nuages et chevaux à l’encre violette dont les yeux, les naseaux, les crins sont nettement tracés, évoque autant le milieu dans lequel se déroule l’intrigue que le caractère de son héros, Owen, insaisissable par tout autre qu’une personne assez proche pour le rassurer, assez humble pour le laisser déployer librement ses passions.

Tel est Wendell. Admirant son cousin, orphelin à cinq ans et élevé avec lui, dresser une pouliche, Wendell avoue un indéfectible sentiment : « J’ai senti une violente bouffée d’affection et je me suis encore demandé pourquoi cet homme courageux, charmant et amoureux de la vie cravachait aussi dur vers le précipice de la folie. »

La plupart des entreprises d’Owen semblent pourtant réussir, à commencer, dès l’adolescence, auprès des femmes. Wendell, sage et renommé juriste, fidèle à l’ennuyeuse Patricia, en est un peu étourdi : « Cette nature sexuelle des femmes est toujours une énigme pour moi, et j’ai découvert en grandissant qu’Owen la comprenait très bien. »

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 27 Août 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard, En Vitrine, Cette semaine

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke. Traduit de l’américain par Céline Leroy. Gallimard du Monde entier. Août 2026. 314 p. 23 € Edition: Gallimard

 

Laura Kasischke est diabolique. On le sait depuis nombre de ses ouvrages – En un monde parfait et Esprit d’hiver en particulier – et ce dernier roman le confirme. Kasischke est la maîtresse du malaise, de l’inquiétude, d’une sorte d’horreur douce, sinueuse, qui pénètre par tous les pores de la peau et place le lecteur dans un inconfort délicieux.

Richie est un petit garçon de 5 ans et il se noie dans la piscine municipale de sa banlieue cossue, sous les yeux des usagers et de la maître-nageuse.