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Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 18 Mai 2026. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Ciel de nuit blessé par balles suivi de Le temps est une mère, Ocean Vuong, trad. Marguerite Capelle et Marc Charron, éd. Poésie/Gallimard, n°599, 2026, 240 p., 8,40€


Barroco

Afin de trouver un mot susceptible de rassembler la grande diversité des propos de la poésie d’Ocean Vuong, je dirais Barroco, du portugais « la perle irrégulière ». Or, qu’y a-t-il derrière le poète ? Un jeune homme perdu dans un monde trop vaste pour lui, et qui image sa tragédie par des poèmes touchant aux rêves, à la langue, avec une expression pleine de scories mesurées et décidées, d’altérations recherchées, de quête dans un espace baroque (une sorte d’opéra néo-moderne), de scènes vivantes dans une Amérique défaite dans le sexe et la drogue.

De ces mouvements de perles irrégulières, s’ajoutent le tâtonnement et la reconnaissance d’une identité queer, d’un passé de fils d’émigrés, d’un présent d’amours nobles et douloureuses. Donc, une poésie du délaissement et qui transcende la condition absurde et difficile d’une jeune personne tiraillée entre ce qu’il est et ce qu’il voudrait être.

American Spirits, Russell Banks (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 07 Mai 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

American Spirits, Russell Banks, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan, Actes Sud, février 2026, 256 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

Il est désagréable de parler de Russell Banks au passé, même si on n’a pas lu son œuvre dans son intégralité : entre autres, il est et restera le président du regretté Parlement des Écrivains, et ce titre lui va comme un gant. A-t-on envie de disserter sur l’œuvre de Russell Banks ? Non. Juste dire qu’au moins trois de ses romans persistent dans l’esprit du lecteur amateur de ces histoires de l’Amérique au niveau des histoires de Springsteen – et c’est un fameux compliment. Allez, pour le plaisir : La Relation de mon emprisonnement, De Beaux lendemains et American Darling. Et on feint d’en oublier quatre ou cinq du même tonneau.

Mais il n’y en aura plus d’autres, donc, et Americain Spirits, recueil de trois nouvelles, est la dernière fois que le nom de Russell Banks apparaît dans le fil de l’actualité littéraire – mais quelle belle queue de comète ! En effet, c’est un peu comme pour l’œuvre de certains auteurs que la Faucheuse n’a pas pris par surprise : l’impression que Banks a ramassé en trois brefs récits aussi puissants qu’un poing volant à toute allure tout ce qui est constitutif de son œuvre, avec au premier plan cette question lancinante que semble poser à l’Amérique une bonne partie de l’œuvre de Banks :

Liberté sous condition, Jim Thompson (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 30 Avril 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, Polars, La Une Livres, Rivages/noir

Liberté sous condition, Jim Thompson, trad. Danièle et Pierre Bondil, préf. François Guérif, couv. Myles Himan, 224 p., mars 2026, éd. Rivages/noir, 8,50€ . Ecrivain(s): Jim Thompson


Le livre intitulé Liberté sous condition de Jim Thompson (1909-1977, auteur d’une trentaine d’ouvrages, l’une des voix majeures du roman noir américain), commence comme un film hollywoodien, au scénario efficace, précis. Le style est net, incisif. Le propre du roman policier est celui de sa capacité à intégrer les éléments du réel d’un moment historique. En effet, le texte de Liberté sous condition est écrit dans l’après-guerre, en 1953, et l’on perçoit les indices disséminés ici et là de cette époque, dont la mode vestimentaire par exemple. L’on fume dans les bureaux et les lieux publics, la cigarette fait signe, tout comme le vêtement - costumes, chapeaux, « vendeurs en redingote », parures de femmes : « Elle mesurait à peu près un mètre cinquante, chignon de cheveux roux décolorés compris, et était vêtue d’un chemisier blanc à col montant, de bottines à lacets et d’une jupe qui ressemblait à un dessous de selle ». La façon dont l’auteur parle des femmes est aussi un indicateur de temps.

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 29 Avril 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallmeister, En Vitrine, Cette semaine

Avalanche (The Snow King, 2026), Lance Weller. Traduit de l’américain par François Happe, Gallmeister, 536 p. 26,90 € . Ecrivain(s): Lance Weller Edition: Gallmeister

 

Lance Weller cette fois ne nous emmène pas sur les champs de bataille de la guerre de Sécession ou des guerres indiennes. De la grande guerre civile américaine, il sera question néanmoins dans ce roman, mais dans un narratif atténué par les années et porté par un vieux colonel nordiste privé de ses deux bras.

L’arc de ce roman, sa linéarité courbe, va de l’Anabase à la Catabase. Xénophon en metteur en scène ! De la montée vers un lieu perdu dans la montagne (c’est le nom même de la bourgade : Forsaken Heights) jusqu’à l’effondrement de ce lieu, comme pour un lever de rideau théâtral avant la chute – brutale - de ce rideau. Catabase, dans les épopées grecques, évoque la descente vers les Enfers. Lance Weller scande son roman comme une tragédie antique : ses quatre parties – la clef du jardin du roi, Anabase, Catabase, Le jardin du roi – sont les actes de sa pièce.

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 06 Avril 2026. , dans USA, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Roman

L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis, Le Bélial’, coll. « Une Heure-Lumière », août 2016, 112 pages, 9,90 €

 

Ken Liu est un auteur spécialisé dans le récit court de science-fiction, mais avec un talent rare pour transformer une brève histoire en une méditation sur l’un ou l’autre sujet, souvent notre rapport à nous ou à l’Autre, ou notre rapport au langage. Ainsi, je tiens la nouvelle Le Jardin de poussière pour l’une des plus belles réflexions qui soient relatives à ce qu’est l’art, à sa raison d’être dans l’Univers. Et le texte en coda de L’Armée de ceux que j’aime est une merveille absolue de prose poétique. Au passage, ajoutons que Ken Liu multiplie les procédés narratifs, comme s’il était à la recherche de l’expression ultime.

Pour L’Homme qui mit fin à l’Histoire, le procédé est celui du documentaire, avec une langue donc plutôt plate mais extrêmement précise, genre oblige ; cette longue nouvelle (ou ce bref roman – une novella, pour reprendre le terme anglo-saxon ?) se présente comme la retranscription fidèle des propos tenus par les participants à un documentaire du même titre que la nouvelle.