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Dagon, Fred Chappell (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Juillet 2024. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Christian Bourgois

Dagon, Fred Chappell, éd. Christian Bourgois, 1968, trad. américain, Maurice-Edgar Coindreau, 282 pages Edition: Christian Bourgois

Les Philistins prirent l’arche de Dieu, et ils la transportèrent d’Ében Ézer à Ashdod. Après s’être emparés de l’arche de Dieu, les Philistins la firent entrer dans la maison de Dagon et la placèrent à côté de Dagon. Le lendemain, les Ashdodiens, qui s’étaient levés de bon matin, trouvèrent Dagon étendu la face contre terre, devant l’arche de l’Éternel. Ils prirent Dagon, et le remirent à sa place. Le lendemain encore, s’étant levés de bon matin, ils trouvèrent Dagon étendu la face contre terre, devant l’arche de l’Éternel ; la tête de Dagon et ses deux mains étaient abattues sur le seuil, et il ne lui restait que le tronc. C’est pourquoi jusqu’à ce jour, les prêtres de Dagon et tous ceux qui entrent dans la maison de Dagon à Ashdod ne marchent point sur le seuil.

La Bible, Premier livre de Samuel, chapitre 5, versets 1 à 5

 

Il arrive qu’un roman fasse peur. Dagon est la peur. De la première à la dernière ligne, ce roman suinte la peur comme une maladie fait la fièvre. Comme la peste fait des bubons. C’est organique, physique.

Les Raisins de la colère, John Steinbeck (Nelle traduction) (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mardi, 25 Juin 2024. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Les Raisins de la colère, John Steinbeck, Folio, mars 2024, nouvelle trad. anglais (Etats-Unis) Charles Recoursé, 672 pages, 11 € . Ecrivain(s): John Steinbeck Edition: Folio (Gallimard)

 

« Le peuple fuit en laissant l’horreur derrière lui ; des choses étranges lui arrivent, certaines cruelles et amères, d’autres si belles qu’elles ravivent à jamais sa foi ». Parmi ces « belles » choses, une en particulier, « ce qu’il faut bombarder » proclame Steinbeck en s’adressant à ceux qui possèdent « les choses dont les autres manquent » : « le commencement : de “je” à “nous” ». Ce pourrait être, proposée à la fin du chapitre XIV des Raisins de la colère, la morale politique d’un roman qui dépiaute le rêve américain comme peu, le montrant tel un épouvantail cauchemardesque en cette fin des années trente où les tracteurs ont chassé les métayers du Midwest vers une Californie fantasmée et vendue en de mensongers prospectus. Un appel à l’altruisme, pas seulement syndicaliste, mais aussi chrétien – dans un roman où pourtant un pasteur, Casy, prétend ne plus être capable de prier ou prêcher, seulement d’écouter désormais.

Agonie d’Agapè (Agapè Agape), William Gaddis (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 20 Juin 2024. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, En Vitrine

Agonie d’Agapè (Agapè Agape), William Gaddis, 2002, Editions Motifs, trad. américain, Claro, 95 pages

 

Il s’agit aussi bien d’agoniser que d’agonir. Agonie d’un homme qui se sent – et veut – quitter ce monde qu’il abhorre tel qu’il le voir devenir et qu’il agonit d’imprécations aussi douloureuses qu’amères. Un flux de conscience poussé à son extrême constitue ce texte – roman nous ne dirons pas, même si le personnage est romanesque à souhait – comme il constitue un chapitre chez Thomas Bernhard dans ses diatribes de Perturbation. Il serait difficile de ne pas évoquer ce dernier et cependant Gaddis a l’amertume plus intime, plus humaine, plus collée à la noblesse de l’âme.

Et puis, page après page, on se laisse porter par quelque chose qui n’est plus le signifié, une prosodie, une mélopée, une aventure stylistique plus proche de l’Ulysse – presque de Finnegan’s Wake – de Joyce. C’est de ce côté que Gaddis regarde, le primat absolu du verbe, le dire plus que le dit. L’allusion à Joyce est même clairement énoncée. Parfois. Par des phrases scandées par des absences, des vides, des suspens.

Réveiller les morts, Ron Rash (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 17 Juin 2024. , dans USA, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED, Poésie

Réveiller les morts, Ron Rash, éditions Corlevour, avril 2024, trad. anglais (Etats-Unis) Gaëlle Fonlupt, 170 pages, 18 €

 

la lumière ne tombait pas mais s’élevait

comme si certaines choses ne pouvaient rester

cachées à jamais mais devaient remonter

à la surface […]

Ron Rash

 

Amérique

Quel bonheur de découvrir un poète américain. On sait la profusion d’auteurs de grande qualité aux USA, et le livre que publient ici les éditions de Corlevour ajoute une pierre angulaire à ce foisonnement poétique.

Vagabondage sur un poème de Mark Strand (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 05 Juin 2024. , dans USA, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

 

Des poèmes sur la poésie, il y en a légion. Des poèmes sur la poésie en tant que nourriture, il y en a aussi mais plus rares – Reality Sandwiches d’Allen Ginsberg, par exemple. Mark Strand en a écrit undans Reasons for Moving (1968) – intitulé Eating Poetry, « manger de la poésie ».

 

Ink runs form the corners of my mouth.

There is no happiness like mine.

I have been eating poetry.

 

The librarian does not believe what she sees.

Her eyes are sad

and she walks with her hands in her dress.