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Poésie

Ce n’est rien, Daniel Ziv (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 22 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Z4 éditions

Ce n’est rien, Daniel Ziv, juillet 2019, 197 pages, 14 € Edition: Z4 éditions

 

Un curieux livre, idéal pour les curieux de tous poils, piqués de bons mots, de littérature, de trains que l’on embarque – combien de fois ? – dans la même trame d’une journée… sauf qu’ici, les rails n’assurent rien, ni de l’espace parcouru ou à parcourir, ni du temps que ce voyage nous prendra, ni de la destination. Il se pourrait bien, même, qu’aucune gare ne se dessine ou qu’elle s’efface au fil de notre avancée puisque se poser, « se reposer ne sert à rien » comme « travailler ça ne sert à rien, (…) rien ne sert à rien, le temps ne fait que passer et (…) il n’y aura peut-être plus personne bientôt / plus tard pour le dire »…

Cocasse, loufoque, renversant, ce roman qui n’en n’est pas un de Daniel Ziv décoiffe comme un coup de vent propulsé sur nos erres sans que l’on s’y attende, sans que l’on s’y prépare bien que posté d’entrée – au chapitre 1 (celui qui précède le chapitre zéro…) – sur les « Starting block »… D’ailleurs la citation en exergue d’un extrait de Monsieur de Jean Tardieu ne nous lance pas un clin d’œil « pour rin », dès le départ…

Le veilleur, Salah Al Hamdani (par France Burghelle Rey)

Ecrit par France Burghelle Rey , le Lundi, 21 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions du Cygne

Le veilleur, Salah Al Hamdani, juillet 2019, 62 pages, 10 € Edition: Editions du Cygne

 

Salah Al Hamdani commence à écrire des poèmes en prison politique en Irak vers l’âge de 20 ans. Ancien opposant à Saddam Hussein et nourri de l’œuvre d’Albert Camus dans les cafés de Bagdad, il choisit la France comme terre d’asile en 1975. Il ne reverra sa famille et sa ville qu’après la chute du dictateur en 2004. Dans ses actes et ses écrits, il s’engagera contre la dictature, les guerres et le terrorisme. Dès les premiers poèmes de son dernier recueil, des oppositions traduisent le malaise de l’exilé. La présence en effet de l’obscurité au milieu du jour et celle du sang dans la lumière de l’aube sont notées en même temps que le terrible thème de la distance exprimé dès les deux vers liminaires qui serviront de refrain au recueil :

Comme la lune est loin derrière le verger !

Comme ton visage est loin sous les bombardements !

Visage sans aucun doute de la mère que le poète n’a pu revoir qu’au bout de trente longues années.

Dé-camper, Florentine Rey (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 21 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gros Textes

Dé-camper, Florentine Rey, 50 pages, 9 € . Ecrivain(s): Florentine Rey Edition: Gros Textes

 

Avant que ne meure le temps d’aimer, comme le chante Barbara, avant de repeindre ou de redécorer, elle s’est désencombrée de tout ce qu’elle savait ne pas être elle pour tenter d’aller se trouver ailleurs. Seule.

« Elle se croit sans colère.

Rupture facile, pardon, grandeur d’âme ; elle flaire le mensonge, les bobards de la marchande de chimères, le cœur protégé par des ruses de sioux.

Sa colère c’est à elle qu’elle l’adresse.

Son cerveau cède le contrôle à des forces anciennes.

(…)

Son projet : mettre l’essentiel dans une valise et partir le plus loin de la ville, du béton, du plastique, des corps à la mode ».

Ô pruniers en fleur, Ryôkan (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Jeudi, 17 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Japon

Ô pruniers en fleur, Ryôkan, Folio Sagesses, septembre 2019, trad. japonais Alain-Louis Colas, 112 pages, 3,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Quatre-vingt-dix-sept textes poétiques illustrent à l’envi le grand talent du moine poète Ryôkan, né en 1758 et décédé en 1831.

Le plus souvent développée en quintils saisissants de justesse et d’élégance, la poésie de Ryôkan trace de la nature traversée un portrait tout en nuances où les fragrances, les beautés, ainsi que les réalités les plus triviales, dessinent une relation inspirée à la beauté des paysages, entre les « pluies d’automne » et « les journées où les corbeaux/ du bois sont sans voix ».

Ici, la voix restitue « nuées », « neige », « beaux jours », dans un souci constant de description au plus juste de l’objet. Ici, se perçoit toujours la saison, puisque l’écriture s’arrime elle comme le sang au corps.

C’est si simple un poème, Patricia Castex Menier (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans Poésie, Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

C’est si simple un poème, Patricia Castex Menier, éditions Pippa, mai 2019, Ill. Joël Pampin, 79 pages, 15 €

C’est si simple un poème quand les mots vont et viennent dans les ressacs, dans le creux et le cri des vagues et que, d’une lame de fond, peut remonter des abysses cette voix de la mémoire prête de crier à son retour : « Nous sommes vivants / dans la paume du temps ». La main de l’Écrire se tend – ici : ailleurs – paume ouverte sur la laisse et, même « s’il ne se passe rien », « la fleur éclose du regard » immanquablement embrase les contours des êtres et des choses…

Nous entrons dans ce nouvel opus poétique de Patricia Castex Menier, voyageurs à ses côtés depuis des recueils-lumière, porteurs dans nos bagages de ses Suites et Fugues (2017), de son Bleu Baleine (2016) chez Henry si conteur des légendes qui nous tiennent entre réel et ses franges sensibles vibrantes sur la crête de l’écume et les vibrations invisibles des profondeurs – ce chant de ces mammifères marins inoubliables où « les pierres viennent / de plus loin /que les hommes » (C’est si simple un poème), où « chaque mot pour le poète est un océan » (Bleu Baleine), jusqu’au lieu inouï où la parole nous touche, nous sort la tête de l’eau et nous parle par la voix d’un chant salvateur.