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Les Livres

La parole qui me porte, Paul Valet (par Didier Ayres)

Ecrit par Didier Ayres , le Mardi, 28 Avril 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

La parole qui me porte, Paul Valet, Gallimard, Coll. Poésie, février 2020, préface Sophie Nauleau, 208 pages, 7,50 €

 

Paul Valet : réfléchir/résister

Le 549ème volume de la collection poésie/Gallimard m’a fait découvrir un auteur tout à fait intéressant. Et cela à deux titres. D’abord pour le parcours de vie de ce poète, qui fut résistant et qui pour cela a acquis un nom et un prénom, lesquels d’ailleurs seront gravés sur sa tombe, inscrits à la fois avec son vrai patronyme et celui qu’il s’était choisi comme poète. Cette double appartenance au monde politique, à la guerre de 39/45, et au poème, publications un peu erratiques, où des recueils sont aujourd’hui difficiles d’accès, fait de lui un écrivain en porte-à-faux avec la poésie conçue comme pathétique ou tentée par des images d’Épinal. Car sa poésie s’appuie sur l’activité de la pensée, dirigée vers la profondeur, sans concession envers tout lyrisme, toute enflure poétique. Paul Valet porte un nom de poète qui dit bien le service qu’il rend au langage, avec sobriété, mais visant l’intelligence et la raison.

Cahiers des chemins qui ne mènent pas, Jean-Louis Bernard (par André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Lundi, 27 Avril 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Cahiers des chemins qui ne mènent pas, éditions Alcyone Coll. Surya, 2019, 64 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Bernard

 

 

Le nouveau recueil que nous livre aujourd’hui Jean-Louis Bernard se compose de 54 poèmes qui sont à vrai dire des textes en prose dont certains, au nombre de 10, abritent en leur sein un poème proprement dit. Faisant fi des distinctions traditionnelles pour aller à l’essentiel, là où se nouent énergie et rythme, images et sons, le poète, par ce recours à la prose, loin de diluer la concentration et la puissance de ses mots (telles qu’elles apparaissent dans ses précédents titres, A l’ordre de l’oubli, et Ce lointain de silence, dont on trouvera ici la critique), au contraire les déploie dans un nouvel espace. Car, si l’on y retrouve, comme dans toute œuvre élaborée, ses thèmes récurrents, l’absence, le silence, le paradoxe du langage qui dit et ne dit pas, ils se trouvent cette fois pris dans une perspective plus large qui les propulse, les enrichit, et les consacre.

Aby Warburg, Der Bilderatlas Mnemosyne (The Original), Roberto Ohrt, Axel Heil (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 27 Avril 2020. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Langue allemande

Aby Warburg, Der Bilderatlas Mnemosyne (The Original), Roberto Ohrt, Axel Heil, éd. Hatje Cantz, Berlin, 2020, 184 pages, 200 €

 

Aby Warburg : La Science de l’image

I

Depuis Platon on affirme que l’image est mauvaise. Elle séparerait de l’être. Ne donnerait de lui qu’une apparence et non un apparaître. Or toute image est apparition. Néanmoins beaucoup d’historiens de l’art restent des platoniciens : Jacques Lanzmann en est l’exemple parfait. Il est l’envers du plus grand penseur du XXème siècle de l’image : le nietzschéen Aby Warburg.

Face aux philosophes il a posé les questions essentielles : le vrai témoin est-ce l’image ? L’image est-ce le seul témoin ? Tout le reste est spéculation. Warburg a donc introduit un speculum dans le mental des fornicateurs des icônes. Son atlas – Mnémosine – est la balustrade qui surplombe l’histoire de l’art.

Des Corps, Anatomies, défenses, fantasmes, Victor I. Stoichita (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Lundi, 27 Avril 2020. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Des Corps, Anatomies, défenses, fantasmes, Victor I. Stoichita, Librairie Droz, coll. Titre courant, juillet 2019, 390 pages, 24 €

 

Existe-t-il un produit artistique plus banal qu’un portrait peint ? Les musées en regorgent, jusque dans leurs réserves ; les collections privées et les échoppes d’antiquaires également. Le tableau le plus célèbre du monde, pour des raisons ambiguës, est le portrait d’une jeune Italienne. On a discuté à perte de vue pour savoir qui fut le modèle de certains tableaux peints par Vermeer. Si ordinaire et si répandu soit-il, le portrait pose un nombre considérable de problèmes théoriques, pratiques et parfois théologiques (l’aniconisme et l’iconoclasme sont deux phénomènes religieux précisément décrits, bien que peut-être sous-estimés).

Au plan le plus immédiat, l’ouvrage de Victor I. Stoichita correspond au traditionnel recueil universitaire d’études déjà publiées par ailleurs et réunies en volume. Souvent, ce genre de livre n’est que « marqueterie mal jointe » ou répétitions sans fin.

Saga, Tonino Benacquista (par Sandrine Ferron-Veillard)

Ecrit par Jeanne Ferron-Veillard , le Vendredi, 24 Avril 2020. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Saga, 439 pages, 9,10 € . Ecrivain(s): Tonino Benacquista Edition: Folio (Gallimard)

 

Et vous, que faites-vous en ce moment ?

Les librairies fermées (1) « jusqu’à nouvel ordre », il faut vivre sur ses propres stocks. Hors de question ici de faire appel à ceux qui racolent en voiture (sans le moindre égard pour leurs passagers), vous savez bien, référence aux femmes qui montent à cheval ou à ces guerrières d’Asie mineure ! faites donc l’inventaire de vos bibliothèques, dépoussiérez-les, comptez les livres et sans hiérarchie, classez-les par ordre de taille, par exemple, par couleurs, ou toute autre organisation nécessaire à l’hygiène mentale. Une manipulation sportive salutaire pour la culture. Alors écumez vos bibliothèques sans jamais confiner votre pensée !

Vous conviendrez que certains livres se tiennent en embuscade. Ceux achetés « au cas où » et jamais ouverts faute de, oui avouez-le, d’espace ou de mémoire. Saga, 1997-2020. Il s’agit là de mesurer, en mars 2020, son degré d’excellence, son entière actualité. Défi mortel entre le réel et la fiction, quand l’un masque l’autre. Masque ? Protège ou dissimule, celui-ci était censé à l’origine protéger l’autre, non se protéger soi contre l’autre.