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Carnets d'un fou - IX

Ecrit par Michel Host , le Mercredi, 11 Mai 2011. , dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Chroniques Ecritures Dossiers

CARNETS D’UN FOU

par Michel HOST

IX.

Le 7 mai 2011

Rétrospectivité / Prospectivité / Objectivité / Subjectivité / Invectivité / Perspectivité / Salubrité

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« Toute idée de norme est devenue plus ou moins honteuse. La langue n’a pas à être normative, d’ailleurs on sait depuis Barthes qu’elle est fasciste, et la « culture bourgeoise » n’est qu’une manière de se distinguer, elle n’a aucun droit à s’imposer. Dès lors, plus de pédagogie, plus d’apprentissage. L’idée même que l’on puisse « s’élever » intellectuellement a quelque chose de suspect. Un professeur n’a plus à apporter à un élève du savoir ou du savoir-faire, mais à faire en sorte qu’il s’exprime. »

Pierre Jourde, Le langage cool, Atelier du roman, n°63, sept.2010

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"Souffles" 2. Ecrire avec les deux mains

Ecrit par Amin Zaoui , le Dimanche, 08 Mai 2011. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, Chroniques régulières, Maghreb


Ecrire de gauche à droite ou de droite à gauche, cela est un jeu extraordinaire. Mais écrire de droite à gauche et de gauche à droite cela est un plaisir. Ecrire avec les deux mains ! Ecrire avec deux langues, plutôt dans deux langues, c’est voler, en toute liberté et en toute énergie et détermination, avec deux grandes ailes dans un vaste ciel qui ne ressemble qu’à lui-même. La première est étendue sur l’orient et l’autre sur l’occident. Ecrire avec deux mains et un cœur comblé de rêves et d’illumination est un jeu d’ombres et de lumières. Ecrire avec deux mains, c’est agiter deux imaginaires, deux mers de folies. Voyages ouverts à toutes les géographies et les musiques. Le génie le plus génial que l’homme a créé, dans toute l’histoire humaine, fut le jeu. Et la littérature est un jeu fabuleux. Lorsqu’une nouvelle langue est née sur le bout de notre plume, les choses prennent la forme d’une danse.
Toutes les choses ! Dès qu’une nouvelle langue pointe sur le bout de notre langue les mots deviennent un chant de liberté, ou un champ de blé. Et la liberté gagne de la géographie, gagne de la lumière.

Arto Paasilinna, l'amour de la vie

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 08 Mai 2011. , dans La Une CED, Les Chroniques, Chroniques Ecritures Dossiers, Chroniques régulières

Arto Paasilinna, l'amour de la vie


Le dernier livre d’Arto Paasilinna, « Sang Chaud, nerfs d’acier » constitue un moment de bonheur pur pour les deux camps de ses lecteurs : ceux qui le découvrent avec cette œuvre magistrale,  et ceux qui attendent, à chaque Paasilinna, tous les ingrédients de leur addiction. Ce roman/saga, qui allie la densité à la brièveté, est une sorte de concentré, de « manifeste » paasilinnien appliqué à un roman. Le vieux renard finlandais nous emmène dans une  épopée picaresque d’un souffle suffocant.  Linnea Lindeman, accoucheuse et « phoquière » à Ykspihlaja, sur la baie de Botnie, exerce aussi les fonctions mystérieuses de « Pythie » de son village. Chamane, devineresse. « Quand une chamane entre en transe sur une mer en furie, le monde est pris de vertige. Les mouettes heurtent les vagues et les sternes sanglotent. » Comme un conte fantastique (on pense à « La Légende de St Julien l’Hospitalier » de Flaubert) cette histoire commence par des signes annonciateurs : le grondement du monde et la prédiction de Linnea : la belle Hanna Kokkoluoto mettra au monde un fils, son sixième enfant, Antti début janvier 1918. « Ce sera un garçon, il aura une belle vie, et il mourra en 1990 ! »

Puissance et tremblé du poème (1)

, le Samedi, 07 Mai 2011. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes, Chroniques Ecritures Dossiers

Rilke : La première page des "Elégies de Duino"

Qui, si je criais, m’entendrait depuis les hiérarchies

des Anges ? Et quand bien même l’un d’eux soudain

me prendrait sur son cœur : je mourrais

du fait de sa trop forte présence. Car le beau n’est

que le commencement du terrible ; à peine nous le supportons-nous

et nous ne l’admirons tant que parce qu’il néglige

de nous détruire. Tout ange est effroyable.

Je me contiens et je refoule le cri d’appel

d’un obscur sanglot.

Entretien avec Pierre Pachet

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans La Une CED, Les Ecrivains, Les Dossiers, Entretiens, Chroniques Ecritures Dossiers, Documents

Entretien mené par Léon-Marc Levy, après la sortie de "Sans Amour" (Denoël)

LML : Vous êtes hanté par le temps, sa fuite irrémédiable. Votre œuvre et votre dernier livre Sans amour en témoignent. Mais souvent vous mesurez le temps, et sa fuite, à l’occasion de grandes douleurs. La mort du père, de la mère, de l’épouse… La scansion du temps est-elle obligatoirement rythmée par les malheurs d’une vie ?


PP : Sans doute, le temps d’une vie, les vies de ceux que j’ai connus, aimés ou simplement approchés, et auxquels j’ai survécu (car c’est cela, être âgé : survivre à ses proches), ce temps compte, il se compte, en années. Mais je ne crois pas en être « hanté ». Je constate simplement. Je suis beaucoup plus sensible au temps intime, celui qui au contraire ne fuit pas, mais stagne : le temps de la solitude, de l’ennui, de l’attente (dans la salle d’attente d’un médecin), du « rien à faire aujourd’hui », ce temps qui pèse autant sur les enfants et  adolescents que sur les vieillards. Ce temps sans repères, qu’il faut parcourir de minute en minute et qui requiert de nous invention, projets, retours sur soi, capacité à se faire exister soi-même par le recours à la « vie intérieure ». Les personnages de Sans amour ont, ou ont tous eu, à faire face à ce temps-là.