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Critiques

Un Batman dans ta tête, David Léon

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 24 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, Espaces 34

Un Batman dans ta tête, 2011, 64 pages, 11,50 € . Ecrivain(s): David Léon Edition: Espaces 34

Les deux derniers mots


Le monologue tient une place particulière dans la longue histoire du théâtre, au point de s’émanciper pour devenir un genre, une œuvre, et ne plus être seulement un moment de la parole comique ou tragique, sans doute parce qu’il peut sonder l’âme humaine avec une acuité, une puissance langagière hors norme. La pièce de David Léon s’inscrit dans cette perspective contemporaine de la parole interdite, déréglée. Faire entendre cette voix-là, c’est justement ce que donne le texte de Un Batman dans sa tête.

Toutefois il faut aller un peu plus loin dans cette approche. En effet, il ne s’agit pas ici de monologue mais d’un « soliloque masculin ». David Léon fait soliloquer le jeune Matthieu, c’est-à-dire, à en croire la définition de ce verbe, le faire parler à soi-même, mais aussi lui faire répondre à une interrogation qu’il se pose à lui-même. L’architecture de la pièce repose sur cette binarité : lancer la machine de la parole sans continuum et trouver enfin le moyen de prononcer les deux derniers mots du texte. Le soliloque est verbe fou ?

Avant le passage, François Emmanuel

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mercredi, 23 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Avant le passage, octobre 2013, 96 pages, 12,80 € . Ecrivain(s): François Emmanuel Edition: Actes Sud

 

Le roman, Avant le passage, de François Emmanuel, nous embarque dans une divagation qui nous emporte et nous déporte. Nous quittons les rives tranquilles de la platitude des jours et nous partons pour un voyage à risques. Avec le narrateur, nous sillonnons des eaux agitées. On ne peut s’empêcher d’avoir devant les yeux l’image de la barque d’Arnold Böcklin qui conduit vers l’Île des morts. Le narrateur nous le confirme en affirmant : « je dérive à nouveau sur le radeau lumière ».

Dans un espace coupé du monde, confiné, nous naviguons sans cesse entre deux eaux. Entre le blanc trop blanc des murs d’une chambre d’hôpital et l’obscurité très noire des pensées du narrateur qui erre aux marges du royaume des morts. Entre quelques rayons de soleil des souvenirs de pays lointains, de moments joyeux, émouvants, rappelés, et la nuit de l’adieu à l’aimée brutalement arrachée à la vie dans un bruit assourdissant de ferraille fracassée. Entre le fleuve des enfers de la réalité et la terre silencieuse de paysages coutumiers. Entre la joie d’une main posée sur un front comme une présence maternelle bienveillante qui réchauffe et la tristesse de l’enfermement dans un corps qui ne répond plus. Entre l’oppression vécue dans une rêverie inquiète et la liberté rêvée, dépliée comme un fil que l’on tire. Entre le temps dilaté et menacé de sombrer dans le gouffre ténébreux de l’oubli et le temps resserré, suspendu, qui défile à toute allure.

De Lénine à Gagarine, Alexandre Sumpf

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 23 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Folio (Gallimard), Histoire

De Lénine à Gagarine, Folio/Histoire, avril 2013, 944 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Alexandre Sumpf Edition: Folio (Gallimard)

 

Une histoire sociale de l’URSS

Il est sans conteste que cette gigantesque étude permet au lecteur de mieux appréhender les vicissitudes de l’histoire de la Russie, de la Révolution Russe de 1917 à la « révolte » de Novotcherkassk en 1962. Dès l’« Avant-propos », l’auteur donne le ton à son étude :

« Début juin 1962, la ville soviétique de Novotcherkassk s’embrase comme jamais dans son histoire. Pendant trois jours, ses habitants vivent dans une atmosphère confuse où se mêlent intense désespoir et espoir démesuré. Des personnes qui ne se connaissaient pas occupent les rues, la foule s’empare des principaux lieux du pouvoir, réclame à voix haute le droit à vivre mieux, dignement, justement ».

S’emparant de cet événement, Alexandre Sumpf remonte dans le temps et étudie ces soubresauts sociaux qui ont été des ondes de choc en Russie depuis la Révolution de 1917. Il s’attarde sur les motivations et les répercussions sociopolitiques sur ce ballet agressif entre les gouvernants et les gouvernés afin de faire émerger les zones de compromis qui ont dû être mises en place pour maintenir en équilibre un pouvoir souvent contesté et très attaqué par la masse des anonymes.

Dernier été à Primerol, Robert Merle

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Editions de Fallois

Dernier été à Primerol, 121 p 8,70 € . Ecrivain(s): Robert Merle Edition: Editions de Fallois

 

Il est ainsi des inédits dont la publication constitue un moment de bonheur. Il faut dire que ce petit livre concentre l’intelligence, l’élégance et la force de Robert Merle.

On est a la veille de la deuxième guerre mondiale. A l’extrême veille. En fait, dans son premier « chapitre » (il n’y a pas vraiment de chapitres mais des fragments) on est déjà dans la guerre. Cette période abrutissante et terrible des camps de transit où on a jeté Robert Merle et ses camarades. La douleur a porte un nom : la faim ! Ces quelque pages ne s’oublient pas, la faim est de toutes les tortures la pire pour l’homme, celle qui peut  changer sa nature même, l’avilir.

« En moins d’un mois, j’avais appris à la considérer, ma faim, comme un état normal. Je l’avais accueillie comme une habitude. J’en souffrais toujours, je ne m’en étonnais plus, j’avais faim comme d’autres sont boiteux. »

Une illusion passagère, Dermot Bolger

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 22 Octobre 2013. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire, Joelle Losfeld

Une illusion passagère (The Fall of Ireland), traduit de l’anglais (Irlande) par Marie-Hélène Dumas, août 2013, 133 pages, 15,90 € . Ecrivain(s): Dermot Bolger Edition: Joelle Losfeld

Quand Martin, haut fonctionnaire irlandais, accompagnant en Chine pour la célébration de la fête de Saint-Patrick le sous-secrétaire d’état au cabinet de qui il est attaché, se retrouve seul dans son hôtel, à Pékin, où l’a laissé son patron pour un jour ou deux, il loue, après avoir longuement tergiversé, les services d’une masseuse.

L’aventure est banalement triviale.

Les hôtels chinois, constate le narrateur, intègrent très naturellement ces prestations, dûment tarifées, dans l’éventail des offices disponibles.

Tout naturellement, Martin s’attend, avec une sourde excitation, à ce que l’officiante lui propose le massage spécial. Et en effet la jeune femme qui le rejoint dans sa chambre lui soumet, après une onctueuse friction qui lui procure un délicieux moment de plaisir, l’offre espérée.

Le récit aurait pu consister en une suite de tableaux érotiques, voire pornographiques, de ce qui se passe ordinairement en ces moments-là.