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Roman

Fils d’homme, Augusto Roa Bastos (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 09 Décembre 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Amérique Latine, Points

Fils d’homme, Augusto Roa Bastos (1982), trad. espagnol (Paraguay) François Maspéro, 416 pages, 10,30 € Edition: Points

 

Ecrasés par des destins terribles, deux villages perdus dans le Chaco entre Paraguay et Argentine, Itapè et Sapukai – harcelés par l’Enfer de l’Histoire du Paraguay et ses guerres infernales – vont rester, malgré les charniers et les souffrances, des Fils d’Homme, debout avec leurs christs rebelles et leur misère profonde. Quand la folie des hommes déchire les êtres et se dépose sur les âmes – c’est ce que raconte ce roman, avec un acharnement digne de l’Enfer.

Les personnages et les lieux reviennent en tourbillon, comme la scansion d’un chant funèbre. Roa Bastos tresse sa narration d’époques diverses mais proches. On croise ainsi les pères et les fils, les morts et leurs descendants, les fondateurs de légendes et ceux qui les perpétuent, sur un siècle sanglant. C’est ainsi, pas à pas, que se construit l’âme collective d’une population martyrisée, harcelée par le démon des guerres, affligée par le destin. Le chant de Roa Bastos, c’est celui des humiliés et des morts, mais aussi celui des combattants.

Entre fauves, Colin Niel (par Marc Ossorguine)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 09 Décembre 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Rouergue

Entre fauves, septembre 2020, 352 pages, 21 € . Ecrivain(s): Colin Niel Edition: Le Rouergue


Après la Guyane où il nous a emmené plusieurs fois, c’est en Afrique du Sud, plus précisément en Namibie, que Colin Niel nous transporte, avec un ancrage du côté des Pyrénées, au cœur du Parc National et de la Vallée d’Aspe. Au départ une photo qui circule sur les réseaux sociaux, celle d’une jeune chasseresse au regard dur, voire cruel, avec son arc à la main et derrière elle le cadavre de sa victime : un lion parmi les plus rares et les plus protégés. A la brutalité de cette image qui exhibe la mort et la fierté ou le plaisir d’avoir tué, répond une autre violence qui veut pourrir la vie de cette chasseresse au travers des réseaux internet, la livrer à son tour en pâture à un autre type de chasseurs. Mais personne ne sait qui elle est. Personne ne parvient à l’identifier. Mais c’est sans compter sur Martin, le garde expérimenté du Parc National qui va lui aussi se mettre en chasse…

Tous nos hiers, Natalia Ginzburg (par Philippe Leuckx)

Ecrit par Philippe Leuckx , le Vendredi, 04 Décembre 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Italie, Editions Liana Levi

Tous nos hiers, Natalia Ginzburg, trad. italien, Nathalie Bauer, 344 pages, 12 € Edition: Editions Liana Levi

 

Publié initialement en 1952, ce roman d’essence néo-réaliste trace le parcours de deux familles proches – elles habitent l’une en face de l’autre – dans les années mussoliniennes d’avant-guerre et de guerre. Anna, Giustino, Concettina et Ippolito, depuis la mort de leur mère, sont sous la garde de Madame Maria, tandis que le père, réticent au régime, tient un journal de résistance, demandant à son fils Ippolito de le dactylographier. Le père fantasque, vrai antifasciste finit par décéder.

L’autre famille, plus riche, passe parfois son temps dans une résidence secondaire aux Griottes ; Giuma, Emmanuele, Maman chérie, Amalia, occupent une villa dans le nord de l’Italie. Le fascisme fait rage. Anna, enceinte de Giuma, décide de suivre son époux, plus vieux qu’elle, ami de famille, Cenzo Rena, dans son village méridional de San Costanzo. Le début de la guerre voit s’effriter le groupe familial. Certains partent au combat.

Comme un empire dans un empire, Alice Zeniter (par Sylvie Ferrando)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Vendredi, 04 Décembre 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Comme un empire dans un empire, août 2020, 400 pages, 21 € . Ecrivain(s): Alice Zeniter Edition: Flammarion

Le roman d’Alice Zeniter se lit d’abord comme une critique du pouvoir et des élus, à travers leur discours. Alice Zeniter met le doigt sur ce que le langage – à son corps défendant – fait à la politique, ou plutôt comment le politique exploite le langage, à travers deux phénomènes : la distinction sociologique et langagière par laquelle tout être doit exister, se faire remarquer, et l’euphémisation. Ainsi, pour paraître intelligent, créatif, original, le député PS parisien, pour lequel travaille Antoine en tant qu’assistant parlementaire, se gausse des dégradations faites à la statue de Marianne sous l’Arc de Triomphe par les Gilets jaunes en décembre 2018, qualifiant l’épisode de « hugolien », le caractérisant de « très beau vandalisme », le trou béant de l’œil touchant au « sublime ». A cause du langage – et bien malgré lui –, on assiste à un renversement des valeurs, on adoucit l’ignoble, on accepte l’intolérable, ou bien on fustige les vertus républicaines. Le député n’est sans doute pas dupe de cette confusion langagière : ainsi, à propos de « cette putain de laïcité » et des textes associés, dont il pense qu’elle n’a rien résolu et qu’elle a atomisé le PS. De même, plusieurs mois après les premiers affrontements des Gilets jaunes, ceux-ci ont perdu de leur gloriole aux yeux du député, fer de lance d’idées/idéaux/idéologies novatrices, toujours à la pointe du « progrès » et devant porter de nouvelles actions.

Ollivia, Patrick Corneau (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 03 Décembre 2020. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Maurice Nadeau

Ollivia, Patrick Corneau, novembre 2020, 110 pages, 16 € Edition: Editions Maurice Nadeau

 

Un ouvrage en deux parties : le récit d’une liaison, de son entame à son dénouement, suivi d’une série de six portraits féminins.

I-Ollivia (Romance pour décourager les rossignols)

Le narrateur, un professeur d’université, se remémore et rapporte à la première personne, sans ordre linéaire apparent, les épisodes marquants de sa relation amoureuse avec Ollivia, une modeste esthéticienne, depuis l’enchantement de la rencontre (par le truchement d’un journal d’annonces « Rencontres ») et d’une période heureuse d’imbrication réciproque d’atomes crochus jusqu’au dénouement d’un attachement progressivement gangrené par une succession de désillusions. Le jeu narratif consiste à mettre en parallèle, puis en contraste, de façon continue et croissante, la distance socio-culturelle qui existe entre l’intellectuel bourgeois et sa maîtresse.