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Roman

C’est ainsi que cela s’est passé, Natalia Ginzburg (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 10 Janvier 2023. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Denoël, Italie

C’est ainsi que cela s’est passé (È stato cosi, 1945), Natalia Ginzburg, Denoël, 2017, trad. italien, Georges Piroué, 127 pages, 14 € Edition: Denoël

 

 

Qui parle ? Qui est la narratrice de ce roman ? Par profession, il semble que ce soit une femme cultivée et intelligente. Elle est professeur et étudie avec ses élèves les classiques de l’Antiquité, Ovide, Sophocle, Sénèque par exemple. Et pourtant, à suivre son flux de conscience sur ces quelque cent pages, dans la traversée de son histoire dramatique d’amour, on a clairement affaire à une femme simple – entendre simplette. Sa réflexion sur elle-même et les sentiments qui l’animent, sa vision du monde qui l’entoure, la misère morale qui sourd de son propos, tout indique un esprit faible, naïf, soumis, déficient. Le ton même de sa narration, le style du roman, empruntent un vocabulaire élémentaire dans une organisation syntaxique élémentaire. Parfois – rarement – un éclair semble rappeler que nous n’avons pas là une idiote. Et pourtant.

Le Livre de Hirsh. Roman israélien, Tzvi Fishman (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 10 Janvier 2023. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA

Tzvi Fishman, Le Livre de Hirsh. Roman israélien, traduit de l’américain par Ghislain Chaufour Saint-Victor-de-Morestel, Les Provinciales, 2022, 282 pages, 24 €.

 

Steven Hirsh est un personnage représentatif, pour le meilleur comme pour le pire, d’un certain judaïsme américain. Avocat new-yorkais spécialisé dans la défense des célébrités, entre autres lors de leurs coûteuses procédures de divorce ou quand elles commettent des infractions variées, il se considère comme raisonnablement juif, mais prend de très nombreuses libertés avec les 613 mitsvot (commandements) de sa foi ancestrale. À vrai dire, il n’en respecte à peu près aucun et vient de divorcer de sa troisième épouse. Précisément, au moment où commence le roman, l’ex-troisième Madame Hirsh, ancienne championne de tennis, vient de trépasser de singulière façon : elle jouait au golf lorsqu’un éclair a frappé les clubs métalliques qu’elle portrait à l’épaule, lui offrant l’occasion de vérifier très brièvement la validité des observations de Benjamin Franklin. Un esprit même médiocrement religieux aurait été interloqué par cette façon de mourir. Pas Hirsh qui, en homme pratique, s’occupa des formalités diverses, parmi lesquelles répondre aux questions des journalistes.

L’Évidence du vrai, Viviane Cerf (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 06 Janvier 2023. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

L’Évidence du vrai, Viviane Cerf, éditions des femmes-Antoinette Fouque, septembre 2022, 400 pages, 25 € Edition: Editions Des Femmes - Antoinette Fouque

 

Anticipation

Canicule permanente, cadavres jonchant le sol, surpopulation, voici le décor d’épouvante de ce roman. Le continent fantastique est un genre littéraire à part entière, qui a été principalement occupé par des auteurs masculins. Or, depuis la libération féministe, des autrices en revendiquent l’héritage et renouvellent le genre. Des françaises s’emparent de cette expression, à savoir, pour la plus ancienne : Renée Marie Gouraud d’Ablancourt (1853-1941) ; Nathalie Henneberg (1910-1977) dont le chef-d’œuvre est La Plaie, paru en 1964 ; Christine Renard (1929-1979) ; Françoise d’Eaubonne (1920-2005), et pour ce qui nous concerne, Viviane Cerf (née en 1992, à Oyonnax, partie à Paris, où elle suit une classe préparatoire au Lycée Henri IV et obtient l’agrégation de philosophie).

Jardins de poussière, Ken Liu (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Mercredi, 04 Janvier 2023. , dans Roman, Les Livres, Critiques, Science-fiction, La Une Livres, Folio (Gallimard), En Vitrine

Jardins de poussière, Ken Liu, Folio, septembre 2022, trad. anglais (USA) Pierre-Paul Durastanti, 624 pages, 9,90 € Edition: Folio (Gallimard)

Ken Liu est sino-américain : émigré avec sa famille à l’âge de onze ans, fils d’une mère chimiste et d’un père ingénieur, et lui-même devenu ingénieur logiciel pour Microsoft tout en ayant étudié la littérature anglaise, puis le droit. Tout est dit. Ou presque. Disons que si ces données biographiques étaient les termes d’une équation, ils ne pourraient que démontrer l’excellence de Jardins de poussière, le second recueil de nouvelles de Ken Liu publié en français – outre une poignée de romans et une quadrilogie de fantasy toujours en cours de traduction.

En effet, cet auteur emmène le lecteur vers une forme d’étrangeté liée tant aux univers proposés – qui sont souvent « post-humains », ou du moins postérieurs à l’humanité telle que nous la connaissons – qu’à une « touche chinoise » troublante pour le lecteur occidental mais pourtant bienvenue, puisqu’elle semble insuffler une forme de poésie à certaines des vingt-cinq nouvelles ici recueillies. Cette poésie est peut-être ce qui permet à ces nouvelles d’échapper à l’étiquette « hard science » : Ken Liu a un esprit scientifique et refuse de laisser le lecteur dans le flou de notions vagues (on peut même enfin comprendre le pourquoi et le comment des cryptomonnaies au fil de Empathie byzantine, qui évoque aussi avec une relative férocité le « marché » des ONG) – tout semble plausible dans ces récits.

Mourir avant que d’apparaître, Rémi David (par Patrick Abraham)

Ecrit par Patrick Abraham , le Vendredi, 16 Décembre 2022. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Rémi David, Mourir avant que d’apparaître, Gallimard, juin 2022, 166 pages, 18 euros.

 

Est-il possible d’écrire un roman sinon raté, du moins médiocre et parfois ennuyeux malgré sa brièveté (162 pages) sur un sujet magnifique (risqué, bien sûr, mais magnifique) ? Rémi David, né en 1984, nous en fournit la preuve avec Mourir avant que d’apparaître, publié par Gallimard en juin 2022.

Les personnages de Mourir avant que d’apparaître appartiennent à l’histoire littéraire puisque la relation tumultueuse entre Jean Genet et Abdallah Bentaga, dédicataire du Funambule (1958), constitue la trame du récit. Rémi David retrace avec clarté et précision les étapes de cette relation : la rencontre d’Abdallah, âgé de dix-huit ans, avec Genet, grâce à Monique Lange, en 1955 ; le difficile apprentissage du funambulisme ; les premiers succès et les voyages à travers l’Europe pour échapper à la police française et à un ordre de conscription pendant la guerre d’Algérie ; la deuxième chute d’Abdallah, le contraignant à renoncer à sa carrière artistique ; l’éloignement progressif de Genet après l’entrée dans sa vie de Jacky Maglia, qui supplante peu à peu l’acrobate foudroyé ; le suicide d’Abdallah enfin, en février 1964. On croise, de chapitre en chapitre, outre Monique Lange, Olivier Larronde (belle évocation), Juan Goytisolo, Cocteau, Giacometti, Sartre.